Communication pascale (VII) – L’approche

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Dans cet article j’essaie de rendre compte de mon approche de la “spiritualité”.

Il s’agit d’une approche doctrinale qui s’articule autour de trois moments : (i) une analyse des manières de parler de la “spiritualité” ; (ii) l’établissement de points de repérer pour pouvoir parler théologiquement de la “spiritualité” ; (iii) développer un discours sur la “spiritualité”. J’essaie d’être en dialogue avec d’autres approches de la spiritualité, que je différencie en trois types : (i) approches empiriques ; (ii) approches historique-phénoménologique ; (iii) approches praxiques.

Définition de la “science”

Pour situer ma propre approche scientifique de la spiritualité il vaut la peine que je présente ma compréhension de ce qu’est la science.

L’activité scientifique vise deux choses à mon sens : (i) orienter l’être-humain par rapport à une réalité donnée ou un problème ; (ii) nous ouvrir à la beauté et à la richesse foisonnante de la réalité. Je veux garder ces deux dimensions ensembles : celle d’une fonction pratique de la science, mais aussi l’émerveillement qui accompagne son activité.

Cette définition me suffit pour l’instant pour pouvoir donner des contours à ma propre approche scientifique de la “spiritualité”.

Trois types d’approches de la “spiritualité”

Je choisis de distinguer entre trois types d’approches de la “spiritualité” : (i) des approches empiriques ; (ii) des approches historiques-phénoménologiques ; (iii) des approches praxiques.

Il ne faudrait pas isoler trop strictement ces approches les unes des autres. Ce sont des portes d’entrées possibles pour rendre compte de la persistance et du sens d’un même terme.

Approches empiriques

Ici l’on tente de saisir la “spiritualité” à partir d’un domaine ou d’une catégorie scientifique définie. On peut penser ici aux approches en sociologie et psychologie de la religion, en sciences de la santé et des soins, ou encore aux approches par les neuro-sciences, etc.

Ces approches mettent en lumière la “spiritualité” à partir d’un cadre scientifique bien déterminé. La “spiritualité” est interprétée à l’aune des dimensions objectives qui composent l’existence humaine telle que le discours scientifique les reconstruit. Les régularités reconnues par la recherche sont particulièrement importantes ici.

Approches historiques-phénoménologiques

Ici je me tente à dire qu’on essaie de laisser parle la “spiritualité” pour elle-même. Que ce soit en étudiant une figure historique, des textes, des courants dits de “spiritualité”, des vécus ou des pratiques, l’enjeu est de se laisser guider par le phénomène lui-même dans la description ou le récit qu’on en donne.

Ce genre d’approche tant à introduire des décalages. Là où il y a une vision un peu convenue, la réalité prend une autre couleur. Le travail historique et phénoménologique met en évidence des alternatives, des failles dans le récit ou des cohérences. Là où nous semblions avoir pied le sol s’ouvre et présente un monde nouveau.

Approches praxiques

À cet endroit on se situe au niveau d’une pratique de la “spiritualité”. On pourrait se dire qu’ici le discours scientifique cesse. Mais ce serait ignorer trop rapidement le fait que la “spiritualité” produit sa propre science. Elle même s’oriente dans un rapport critique à elle-même.

Développer un regard critique et constructif sur sa propre “spiritualité”, en étant informé par sa propre expérience et celle des autres, voilà l’un des enjeux des approches praxiques de la “spiritualité”. La “spiritualité” évolue, résiste, s’adapte, se recentre et se décentre, pose ses propres critères d’actions et de discernement.

Mon approche

Pour ma part j’essaie, en théologie systématique, d’arriver à une meilleure connaissance de l’usage du mot “spiritualité” afin d’en orienter l’usage contemporain. En ce sens, je me situe dans le champ de ce qu’on appelle la doctrine et plus du côté des approches praxiques de la “spiritualité”.

Mon type de travail est peut-être un peu plus abstrait que des études qui essaient d’approcher la “spiritualité” comme phénomène concret. La “spiritualité” ou le “spirituel” est en soi une catégorie qui nous aide à nous orienter dans la réalité. J’essai d’affiner l’usage de cette catégorie et la compréhension que l’on peut en avoir au moment où on l’utilise en théologie et dans la vie de foi chrétienne.

Cependant, pour pouvoir faire cela il me faut passer par trois questions ou étapes que je pourrais transcrire de la manière suivante :

De quoi parle-t-on ?

Pour pouvoir parler de “spiritualité”, faut-il déjà savoir ce que ce mot recouvre. Il me faut donc passer par une étude descriptive de l’usage du terme en théologie et plus largement dans la société – par l’étude de son usage dans les institutions contemporaines.

Ici je considère la “spiritualité” dans sa dimension “objective”, ou du moins j’essaie d’objectifier l’usage du terme. Cette objectification me dira comment certaines personnes et milieux en parlent, mais pas encore comment il faudra en parler.

Comment en parler :

Remarquez que je ne mets pas de point d’interrogation ici. Celui-ci est sous-tendu, mais n’est pas la visée principal de cet aspect du travail. Il s’agit moins de questionner que de poser des éléments objectifs qui permettent en théologie de structurer un discours constructif et critique sur la “spiritualité”.

Ce qui se dégagera ici ce sont les traits principaux de la “spiritualité” comme d’un construit scientifique particulier.

“En parler”

Le but n’est pas de rester sur le pas de la porte, repoussant à plus loin le moment où l’on parle de “spiritualité” en théologie. En définitive il s’agira bien de parler de “spiritualité” et d’en parler d’une manière qui permette d’orienter l’usage de ce terme et sa compréhension pour la foi chrétienne.

Cependant, il faut souligner la difficulté suivante : “Parler de spiritualité”, c’est déjà faire de la “spiritualité”. C’est pour cela que les deux autres étapes sont nécessaires, comme des moments d’écoutes et de discernement qui me permettent déjà à moi même, de ne pas rester fermé sur des préjugés et un usage inconscient / automatisé du terme “spiritualité”.

*

Ces trois étapes non plus ne doivent pas être trop dissociées les unes des autres. À mon sens, la distinction et l’articulation de ces étapes identifie mon approche de la spiritualité.

En présentant les choses ainsi, il me semble que j’essaie de tenir compte de la recherche contemporaine sur la “spiritualité”, en stimulant un regard interdisciplinaire sur cet objet et la réalité que ce mot appelle.

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Communication pascale (VI) – Le cheminement

Dans mon dernier article sur la communication pascale, je présentais ce que j’identifiais comme le “problème” d’une compréhension théologique de la “spiritualité” :

le défi est donc de formuler une compréhension “dogmatique” de la “spiritualité” qui prennent en charge la double exigence d’une indétermination sémantique, sur le plan de la fonction pragmatique du terme, et de sa détermination théologique.

Communication pascale (v) – le problème

Dans cet article je présente le cheminement que j’ai emprunté pour travailler ce problème, et tenter d’en faire avancer l’intelligence.

Dans ma thèse ce cheminement prend forme en trois temps : (i) une analyse de l’usage du terme “spiritualité” ; (ii) des études dogmatiques sur des thématiques ciblées par rapport au thème ; (iii) le développement d’une proposition constructive.

L’usage du terme “Spiritualité”

Comme je le signalais dans un précédent article le terme “Spiritualité” opère comme un lieu commun.

Si je cherche à répondre théologiquement de ce lieu commun, il me faut d’abord me plonger de manière plus approfondie dans son usage contemporain. Dans ma recherche je me concentre sur deux domaines dans lequel on utilise ce terme : (i) le domaine “institutionnel” ; (ii) la théologie. J’essaie de dégager les traits principaux de l’usage du terme “spiritualité” dans chacun de ces champs et ensuite de les comparer.

Ce qui est significatif dans cette comparaison, c’est que ce sont des champs qui ne se croisent pas forcément. Les textes de théologie qui prennent pour thème la “spiritualité” sont rarement préoccupés par des problématiques de type institutionnel. Inversement, les institutions qui intègrent la “spiritualité” et les réflexions qui accompagnent cette intégration ont souvent de la peine à s’articuler avec des réflexions qui opèrent des définitions “théologiques” de la spiritualité.

Or, si les pratiques et les discours encadrés par les institutions reflètent souvent une tendance consensuelle dans une société donnée, en même temps elles contribuent fortement à former les perceptions et les compréhensions de ses membres. De plus, les institutions produisent de la littérature scientifique à leur propre sujet, qui permet d’approfondir l’intelligence de leur développement.

L’usage institutionnel de la “spiritualité” offre donc un vis-à-vis intéressant à un discours théologique car il présente une certaine résistance “pratique” : le développement des pratiques et des discours de l’Etat, du monde des soins ou encore de la formation professionnelle des ministres de l’Eglise, se fait dans des sphères autonomes par rapport à celles de la littérature théologique.

Parlant et réfléchissant depuis la théologie académique, cette résistance est intéressante pour moi. Je pense qu’elle l’est dans l’autre sens aussi.

Une série d’étude dogmatique

Avec ma thèse, j’essaie de me situer du côté du langage de la foi chrétienne. C’est à ce niveau que j’essaie d’avancer dans l’intelligence de l’usage du terme “spiritualité”.

Dans la “grammaire” de la foi chrétienne, telle qu’elle s’est construite au fil des siècles, le thème de la “spiritualité” entre en résonance forte avec un certain nombre de thématique importantes de la dogmatique.

Dans ma recherche, je cherche ainsi à approfondir l’intelligence de certains de ces thèmes, dans la mesure où c’est sur l’arrière-fond qu’ils dessinent que ma propre proposition systématique / dogmatique prend forme.

Les thèmes sur lesquels j’ai choisi de concentrer mes études sont : (i) la résurrection de Jésus ; (ii) l’Esprit-Saint ; (iii) La prédication.

Le thème de la “résurrection de Jésus” indique le point de départ de la “spiritualité” chrétienne. Le mystère pascal et le récit qu’il produit est un élément fondamental de la foi chrétienne, et ce à différents niveaux. L’Esprit-Saint, c’est Dieu tel qu’il se rend présent auprès de l’être-humain aujourd’hui. À partir de Pâques, toute action humaine est appelée à se dérouler dans la sphère d’action de l’Esprit-Saint. La “prédication” est pour la théologie protestante l’un des symbole principal pour l’action humaine dans la présence de Dieu. En même temps il s’agit d’une action tout à fait concrète au sein de l’Eglise et de la vie chrétienne.

Ces trois thèmes sont en relation serrées les uns avec les autres. Un thème que je n’approche pas dans ma recherche, mais qui rentre également en résonance avec le terme “spiritualité”, c’est celui de l’imago dei. On l’approche de manière latérale en traitant de l’action de l’Esprit-Saint.

J’ai choisi de structurer mes études dogmatiques sur ces thèmes autour de la comparaison de leur traitement chez Barth et Schleiermacher. Ce faisant, je cherche à travailler une tension interne à la théologie réformée, entre la certitude donnée dans la foi et le développement de l’intelligence humaine de cette foi. Il y a différentes manières de pondérer cette tension et la comparaison entre ces deux auteurs est particulièrement fructueuse sur ce point.

Une proposition constructive

Dans cette dernière partie, je cherche à répondre directement au défi tel que je l’ai rappelé en début de cet article. Cette réflexion est informée tant par les tensions repérées tant dans l’usage du terme “spiritualité” entre la théologie et le domaine institutionnel, que dans la dogmatique protestante, au niveau des thèmes qui rentrent en résonance avec la “spiritualité”.

Ma propre proposition est donc de comprendre la “spiritualité” comme “communication pascale.” Le but de cette dernière partie est développer plus avant cette notion et de montrer comment elle vient éclairer, à partir du langage de la chrétienne, la “spiritualité”.

Il s’agit donc d’une part de développer le rapport entre l’événement pascal et la communication qui s’y rapporte : la vie chrétienne. En qualifiant la vie chrétienne comme “communication” qui se réfère à un événement qui lui même se communique, parce que c’est Dieu – et non l’être-humain – qui y a l’initiative, je tente de répondre au défi de l’indétermination pragmatique et de la détermination théologique du terme “spiritualité”.

Après avoir développé ce que je dis de manière trop serrée dans ce paragraphe, il me faudra encore développer deux autres aspects qui touchent au fait que cette communication s’inscrit également dans une forme institutionnelle. La “spiritualité” n’est pas que l’affaire des individus qui s’y adonnent, mais également des institutions que ces individus habitent ensemble – formant ainsi communauté et société.

En conséquence, il s’agira d’une part de faire une reprise constructive de la dialectique entre “Loi et Evangile”. La communication pascale n’est pas une abolition de la Loi, mais au contraire son plein accomplissement, dans l’Evangile. Mais ceci ne se laisse penser pour nous que de manière dialectique.

Y est lié la réflexion sur la réalisation de l’Eglise comme institution – dans le domaine de ce qu’on appelle le droit ecclésiastique ou la discipline ecclésiastique. Les formes institutionnalisées de la vie chrétienne ne sont en effet pas une contradiction de la communication pascale, mais au contraire l’une de ses conséquences. Le processus qu’est le droit ecclésiastique doit lui-même être réfléchit à l’aune de la dialectique de la “Loi et de l’Evangile”, comme partie de la communication pascale.

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Communication pascale (V) – Le problème

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Un travail de recherche se structure autour d’un problème. Le but de la recherche est de nous faire avancer dans l’intelligence de ce problème – pas nécessairement vers sa résolution.

Dans ce qui suit je veux brièvement présenter le “problème” que j’essaie de travailler dans ma propre recherche.

Lorsque je travaille avec le mot “spiritualité”, je me retrouve confronté à deux paramètres.

Indétermination sémantique

Premièrement, la justification scientifique donnée à l’usage de ce terme en contexte institutionnel se concentre sur le point suivant : il ouvre un espace de jeu sémantique dans lequel la personne peut exprimer et explorer son propre rapport à la transcendance.

Un élément crucial de la fonction de ce terme est son caractère indéterminé. “Spiritualité” est un mot qui provoque quelque chose comme une ouverture de la clôture “religieuse”. Sans rentrer dans les détails, ce qui justifie alors la place accordée à cette dimension dans une institution (un service d’accompagnement spirituel dans le cadre de l’hôpital par exemple) c’est précisément l’usage stratégique de l’indétermination.

L’usage de cet terme ouvre un espace qui déjoue l’emprise des systèmes que génère l’institution et qui permet aux personnes d’être, de s’exprimer et de développer leur soi en décalage de celui qui est imposé par l’institution.

Ce point a été développé particulièrement dans la littérature théologique entourant le spiritual care. Cf. par exemple Traugott ROSER, Spiritual care. Der Beitrage von Seelsorge zum Gesundheitswesen, Stuttgart, 2017, pp. 399-412 (le chapitre “Unschärfe des Begriffs Spiritualité im Gesundheitswesen als Chance”). Ce même constat apparaît dans la thèse d’Etienne Rochat, Modèle d’évaluation de la détresse spirituelle. Une appréciation théologique, Lausanne-Laval, 2017, ainsi que dans le rapport écrit par Armin Kressmann sur la spiritualité dans les institutions vaudoises. La discussion dans les deux volumes Spiritual care (Montpellier, 2018) le met également en avant.

Détermination dogmatique

Deuxièmement, dans la discussion théologique chrétienne sur la “spiritualité”, l’un des points centraux est que c’est “Dieu” qui agit le premier et de manière déterminante. Cela renvoie à l’une des grandes questions de la théologie moderne: comment doit-on penser le rapport entre l’action de Dieu et l’action humaine?

Si la condition humaine et son salut est donnée gratuitement par Dieu à l’être-humain, en conséquence l’action humaine ne peut pas viser à équivaloir à cette action première de Dieu. De plus, l’action humaine ne peut pas être pensée de manière à ce qu’elle efface la différence entre “Dieu” et l’être humain. Cela ne veut cependant pas dire que l’être humaine ne ferait pas usage de liberté ou qu’il n’aurait pas à développer sa propre sphère d’action, mais il le fait dans les limites donnée par sa relation à Dieu.

L’une des manières d’articuler cette exigence prend forme dans les figures théologiques que sont “Jésus-Christ”, le “Saint-Esprit”, et l'”imago dei“. Le “Saint-Esprit” est la force de vie donnée par “Dieu” et par “Dieu” uniquement. “Jésus-Christ” est l’image de l’humanité restaurée. Il est l’humanité pleinement alignée dans sa relation à Dieu. En ce sens “Jésus-Christ” est la pleine manifestation de “Dieu” en l’être-humain, accomplissant ainsi la destinée de l’humanité : être image de Dieu (imago dei). Le “Saint-Esprit” est la force qui réalise “Jésus-Christ” en chaque personne.

Ces figures ne sont pas uniquement des symboles abstraits, mais désignent des réalités concrètes et personnelles avec lesquels la personne humaine rentre en interaction dans sa vie quotidienne.

La “Spiritualité” c’est alors la vie humaine vécue dans la force de l’Esprit-Saint. Cette vie fait signe en direction de la restauration de l’existence humaine, telle qu’elle a eu lieu, a lieu et aura lieu Jésus-Christ. En ce sens, elle est une vie vécue dans la foi.

Le problème

On se retrouve ainsi avec deux approches de la notion de “spiritualité” qui sont passablement différentes, voire antithétique. L’une est pragmatique, elle aménage et indique un espace d’expression. L’autre est dogmatique, elle exprime avec l’aide de symboles une réalisation ultime.

Ces deux conceptions de la “spiritualité” pourraient être juxtaposée et cela ne poserait pas tant de problèmes : on pourrait toujours dire qu’elles renvoient à des ordres de réalités différents.

Le problème apparaît au moment où le terme “spiritualité” est investi comme un “lieu commun” autour duquel des partenariats concrets se tissent – c’est le cas pour les services d’aumôneries, ou encore pour la reconnaissance des communautés religieuses dans le canton de Vaud. Il y aurait sans doute d’autres situations dans lesquelles cette ambigüité serait à penser.

L’indéterminité sémantique du terme “spiritualité” rentre en clash avec sa détermination dogmatique. La fonction pragmatique du terme ne semble pas être conciliable avec sa relecture théologique.

Le défi

Mon hypothèse est que les deux ne sont en fait pas incompatibles. Au contraire, l’usage stratégique de l’indétermination sémantique du terme “spiritualité” dans le contexte institutionnel met en lumière le sens de la détermination théologique propre à la dogmatique chrétienne, fondée dans la communication de l’Evangile.

La dogmatique chrétienne réfléchit l’annonce d’une humanité nouvelle dans l’Evangile de Jésus-Christ, Crucifié et Ressuscité. L’utilisation des mots dans la dogmatique et leur effet de “clôture” ne sont pas une fin en soi, mais vise toujours à rappeler et indiquer l’espace où cette humanité nouvelle se manifeste. C’est pour cela notamment que son travail est constamment à refaire à neuf, parce que les affirmations de la dogmatique auront toujours un caractère provisoire, comparé à l’action de Dieu et à l’action de l’être humain en Jésus-Christ.

Pour l’usage institutionnelle de la “spiritualité”, le geste de la dogmatique est décisif : il lui rappelle que l’indétermination sémantique du terme “spiritualité” ne signifie pas que ce que cet usage vise est arbitraire ou se réduit aux intérêts de l’institution. Bien au contraire. Ce qui est visé par l’inscription de la “spiritualité” au sein d’une institution donnée est la réalisation de la “personne”, en dehors de l’emprise totalisante de l’institution. Si une institution reconnaît de la “spiritualité” – de la “religion” – en son sein, c’est à l’encontre de sa propre tendance à subordonner les personnes qui la traversent à ses propres besoins et à son propre fonctionnement.

Dans l’autre sens, l’indétermination sémantique du terme “spiritualité” rappelle au langage dogmatique son propre caractère “religieux”. La dogmatique n’est pas un ensemble d’assertions qui vaudraient pour elles-mêmes, mais renvoie à la vie humaine concrète. Elles ont notamment pour but de mettre en lumière la réalité vécue, en introduisant un décalage en son sein. Dans le cadre de la foi chrétienne, ce décalage trouve sa mesure dans la révélation de Dieu en Jésus-Christ et dans l’expérience inépuisable que cet événement suscite.

En ce qui me concerne, le défi est donc de formuler une compréhension “dogmatique” de la “spiritualité” qui prennent en charge la double exigence d’une indétermination sémantique, sur le plan de la fonction pragmatique du terme, et de sa détermination théologique.

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Communication pascale (IV) – La “spiritualité” comme lieu commun

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Dans cet article, j’essaie de présenter l’intérêt théologique du terme “spiritualité” si on le comprend comme “lieu commun”. Ceci permet de mettre en lien différents champ de signification, qui se rassemble autour de ce terme.

Le “lieu commun”

En rhétorique, un “lieu commun” est une idée sur laquelle un grand nombre de personne sont d’accords. Il permet de rapidement gagner un auditoire, car il fonde sur assentiment général préalable.

Le mot “spiritualité” n’est pas un “lieu commun” en ce sens restreint. L’idée que la “spiritualité” s’oppose à la “religion” pourrait en revanche être considéré comme un “lieu commun”. 

En revanche, dans le discours, il est en général un formidable générateur d’assentiment. Pragmatiquement, il a une fonction analogue à celle du “lieu commun”. Je reprends ici l’un des résultats de l’étude de Heinz Streib et Barbara Keller.

Pour les personnes religieuses qui souhaiteraient parler de leur propre expérience, pour celles et ceux qui ne s’identifient que partiellement, voire pas du tout, à la “religion”, mais qui aimeraient s’exprimer au sujet d’expériences “particulières”, la plus-value de la “spiritualité” se trouve dans le fait qu’elle ouvre un espace de jeu pour l’articulation et l’exploration de la transcendance, expérimentée personnellement.

H. Streib & B. Keller, Was bedeutet Spiritualität?, Göttingen, 2015, pp. 245-6 (ma traduction)

Je fais le pari que pour la théologie, il est possible d’offrir une interprétation du terme “spiritualité” qui permette de conserver son caractère “lieu commun”, tout en respectant le caractère “déterminé” de la “spiritualité” pour la foi chrétienne. Celle-ci n’est en effet pas le fruit de l’arbitraire humain, mais s’inscrit à la suite de l’action souveraine de Dieu, prétend y faire signe et contribuer à son rayonnement.

Comme “lieu commun”, la notion de “spiritualité” met en résonance un ensemble de champ de signification, dont les titres peuvent être identifiés comme tant de synonymes du terme “spiritualité”. Il s’agit des termes suivants :

  • Religiosité
  • Vie chrétienne
  • Foi vécue
  • Développement personnel

Religiosité, Religion

Une catégorie analytique

“Religion” est avant tout une catégorie analytique. C’est un terme du discours scientifique qui vise à donner sens d’un certain nombre de phénomènes et de réalités de la vie humaine, surtout en ce qui concerne son rapport à l’ultime, à la transcendance (dans les différentes manières de l’exprimer).

J’émet ici l’hypothèse que pendant tout un temps, le terme de “religion” était lui-même utilisé comme une forme de “lieu commun” – surtout dans le contexte des querelles confessionnelles. Le terme avait dans l’antiquité un sens plus spécifique que ce qu’il a maintenant. Du sein de ces querelles s’est progressivement imposer l’idée de développer une approche scientifique de la “religion”, ce qui dans ses développements récents mène à en souligner le caractère de construit.

La “religion” est une réalité qui est à définir, sans quoi elle ne se “donne” pas de manière évidente. L’intérêt de ce terme est qu’il nous permet de faire sens et de mettre en lien un ensemble de discours et de pratiques qui mettent en évidence le rapport à l’ultime dans la culture humaine, indépendamment de toute réduction historique ou biologique.

Dans son ouvrage Qu’est-ce que la religion? (Genève, 2019) Nicolas Meylan offre un panel instructif de définitions scientifiques de la “religion”. L’enjeu n’est pas de trouver “la” définition universel, mais de consentir au jeu de la définition heuristique, au sein d’un projet de recherche méthodologiquement balisé.

La “spiritualité” comme phénomène religieux

En conséquence, sur le plan de l’enquête empirique la notion de “spiritualité” n’apporte rien de plus que celle de “religion”, si ce n’est de la confusion. En revanche, en tant que son usage fait partie du champ religieux elle est une catégorie religieuse intéressante à investiguer, la théologie elle-même participant à la formation de cette catégorie.

C’est sous ces conditions qu’il peut être intéressant théologiquement de distinguer “religion” et “spiritualité”, même s’ il faudra dire que l’on a affaire à du “religieux”.

Le défis de l’usage de cette catégorie analytique, c’est précisément qu’elle doit rendre compte de la distinction entre “religion” et “spiritualité”, en tant qu’elle a un impact sur des dispositifs institutionnels et juridiques (comme c’est le cas, par exemple, dans le développement du spiritual care).

Vie chrétienne, vivre en disciple

Théologiquement, la notion de “vie chrétienne” désigne sans doute de manière la plus compréhensible l’extension du terme “spiritualité” pour le christianisme. Exprimer et pratiquer sa “spiritualité”, c’est vivre à la suite du Christ dans la puissance de l’Esprit-Saint.

Cette conception est intéressante, parce qu’elle permet justement d’intégrer la “critique de la religion”, que l’on peut observer dans les récits sur la vie de Jésus, comme on l’observe dans les discours du christianisme antique.

Dans l’antiquité, le christianisme pouvait se comprendre lui-même comme une “philosophie”, un art de vivre. La notion de “vie chrétienne” met en évidence la concrétude d’une vie personnelle intégrée, au sein d’une même communauté.

S’intéresser théologiquement à la “spiritualité”, ce ne sera s’intéresser à rien d’autre qu’à la vie chrétienne, dans la mesure où cette vie est issue de la révélation de Dieu qui a eu lieu en Jésus-Christ.

En ce sens, elle est une vie clairement orientée par Dieu, ce qui invite à formuler certaines “règles de vie” (tout en pouvant assumer la contingence et la relativité de ces règles).

La limite de ce terme, c’est qu’il semble fermer ce qui précisément a pour vocation d’être ouvert.

Théologiquement, le problème ici c’est que la “vie chrétienne” ne prétend pas être autre chose que la “vie humaine”, pleinement humaine, en dehors de toute appartenance circonscrite, si ce n’est l’appartenance de l’être-humain à Dieu.

L’enfermement du mouvement des disciples de Jésus sous l’étiquette “christianisme” est une tendance que l’usage “chrétien” du terme “spiritualité” voudrait essayer de contrer.

Vie de foi, vécu de foi

C’est l’expression privilégiée dans la théologie des Eglises protestantes de langue allemande pour parler de la “spiritualité”, ou de la “vie chrétienne”.

La vie de foi, ce n’est rien d’autre que vivre sa vie, en tant qu’elle est fondamentalement fondée dans la relation à Dieu et sur la primauté de l’action de Dieu. La possibilité de vivre cette vie s’offre à nous dans l’humanité de Jésus-Christ. Mais il s’agit bien de quelque chose qui s’offre à tout être humain. La “foi” est à comprendre comme une dimension fondamentale de l’être-humain comme tel, une dimension dont on peut faire l’expérience et où la liberté humaine prend ses contours.

L’Eglise est la communauté concrète formée par celles et ceux qui ont été appelée à vivre dans la foi, à vivre dans la confiance fondamentale à l’égard “Dieu” – qui n’est autre que ce “Père” que Jésus priait.

Le problème ici c’est que le terme de “foi” apparaît trop vite comme un principe abstrait, un peu hermétique. Il recouvre et met en lien un ensemble de termes comme “confiance”, “certitude”, “connaissance”, “relation”. La foi tend souvent à être réduit à l’idée de certitude.

Il faudrait pouvoir parler de la “spiritualité” comme du “vécu de la foi”, sans que par là on puisse parler de la foi comme d’une possession. Là foi n’est pas quelque chose que l’être humain possède, mais qui lui est donné à vivre, pour qu’il puisse vivre.

Là où j’ai bon espoir, c’est que le discours sur la “spiritualité” mène précisément à redéfinir le discours sur la “foi”.

Développement personnel, personnalité intégrée

Si l’on voulait parler de la “spiritualité” en des termes non-religieux, ce serait sans doute avec ce langage. Cela concerne aussi la théologie chrétienne.

Ce qui se passe dans la “spiritualité”, ce n’est rien d’autre que l’advenue de la personne à elle-même. Il me semble que c’est bien ce que vise tout le discours sur le développement personnel, mais aussi ce qu’on appelle les approches “centrées sur la personne”. Celle-ci est inspirée de la méthodologie développée par Carl Rogers.

La pratique et le développement de la “spiritualité” fait cheminer la personne vers l’intégration des différentes parties de son existence. Dans ce processus se dit l’identité d’une personne. Le “développement personnel” a son assise dans une pensée humaniste. Ceci fait que la notion de “personne” pourrait être l’équivalent de celle d'”être-humain”, mais en laissant ouvert ce que ce terme recouvre exactement.

Cette compréhension de la “spiritualité” a l’avantage de consoner avec un système juridique où la “personne” (sujet porteur de droits et de devoirs) est un élément clef.

Théologiquement, il me semble que cette intégration est précisément ce qui a lieu en Jésus-Christ et qui est promis dans l’Evangile. Dieu crée l’être-humain à son image, comme son propre vis-à-vis, suivant l’existence relationnelle qui est la sienne. “Dieu est amour” ou “Dieu est trine”, désigne l’existence de Dieu comme personne, c’est-à-dire comme existence particulière et irréductible dans un ensemble infini de relations.

Le risque ici, c’est de voiler l’aspect religieux du “développement personnel”, ce qui laisse la porte ouverte à toute une série de dérives possibles, si elle n’est pas réfléchie critiquement à ce niveau.

Penser la “spiritualité”

Penser théologiquement la “spiritualité”, en tant qu’il s’agit d’un “lieu commun”, c’est essayer de rendre compte du réseau formé par les différents champs de signification que je viens d’exposer.

L’intérêt du terme, tel qu’il est utilisé en ce moment, est qu’il invite à penser les relations entre ces différents champs de signification (religion, vie chrétienne, foi vécue, développement personnel).

Le défi est de ne pas produire une vision totalisante, ce qui empêcherait à la “spiritualité” d’opérer comme “lieu commun”. Pour moi, il s’agirait théologiquement à approfondir le sens de ces relations à l’aune de la foi chrétienne, mais de maintenir l’ouverture qui caractérise l’usage du terme “spiritualité”. C’est ce que j’essaie de faire avec l’idée de “communication pascale“.

Et pour toi, quel est le champ de signification principal du mot “spiritualité”?

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Spiritualité protestante – 5 ressources pour s’orienter

Le mot spiritualité est à succès dans le monde protestant en ce moment. Dans le cadre de ma thèse je travaille notamment sur la compréhension dogmatique de ce terme.

Dans ce qui suit je propose une liste de cinq ressources pour s’orienter de manière constructive dans cette thématique aujourd’hui, ainsi qu’un article que je recommande chaudement.

Une autre liste proposera peut-être quelques ouvrages marquants qui nourrissent le travail théologique sur la “spiritualité” en théologie protestante contemporaine.

Base

1. La Bible

Mettre la Bible en première place peut paraître surfait.

Pourtant elle reste la source principale à laquelle s’abreuvent les membres de la tradition chrétiennes.

Son contenu forme et modèle le vécu, le langage, la compréhension de soi, l’expression culturelle et religieuse des membres de la famille chrétienne.

L’interaction avec ces textes est une partie centrale de la spiritualité chrétienne. Pour la tradition protestante, elle en est la toile de fond.

Le contenu biblique n’est pas toujours facile d’accès. Je recommande de suivre le travail par l’équipe du Bibleproject. Leurs vidéos, outre d’être belles, s’inscrivent dans une perspective théologique qui met en relief le sens du texte pour la constitution et l’habitation de la spiritualité chrétienne.

2. Les travaux du Conseil Oecuménique des Eglises

Depuis l’assemblée générale de Nairobi (1975), le terme “spiritualité” fait partie du langage du Conseil Oecuménique des Eglises. À cette époque, le terme est fortement lié avec les remous qui secouaient l’Amérique latine. “Jésus Christ libère et unit”, tel était le thème de la conférence. C’est aussi l’expérience qui se trouve à la source de la confession de foi chrétienne.

Les textes issus de ces assemblées générales font sentir le pouls des croyants au-travers du monde, et ouvrent une fenêtre sur les préoccupations des chrétiens hors du monde réformé francophone occidental. Ils élargissent l’horizon de l’expérience chrétienne et la sensibilité spirituelle des expressions locales de la foi chrétienne.

Cet horizon plus large est essentiel au développement d’une spiritualité chrétienne : fondamentalement orientée sur l’autre, dans son altérité irréductible. D’une certaine manière, on pourrait placer les conciles et les confessions de foi traditionnelle, ainsi que celles du 20e siècle, aussi dans ce domaine. Mais elles ne thématisent pas directement la “spiritualité”, alors que le C.O.E. le fait.

Sites

3. Ethikos – Armin Kressmann

La spiritualité était pendant longtemps le domaine de recherche du pasteur Armin Kressmann. Il aurait pu le développer plus loin dans une thèse en bioéthique. Heureusement pour nous, il l’a fait sur son blog Ethikos. (voir tout particulièrement la section “spiritualité” dans l’onglet “dossier”).

Son travail d’aumônier en institution spécialisée, sa rencontre avec les personnes à handicap l’ont mené à travailler en profondeur ce qui fait la spiritualité pour tout être-humain, la spiritualité comprise comme une dimension de toute personne – comme le dit la constitution vaudoise.

Les développements sur son blog son parfois un peu déroutant, tant la forme change du discours policé et usuel du théologien, de la théologienne. Mais c’est une mine qu’il faut aller creuser. La démarche est résolument non-fondationaliste.

Armin Kressmann

Le blog d’Armin Kressmann est particulièrement intéressant pour la spiritualité protestante, du fait qu’il prend au sérieux la composante institutionnelle. Une institution a une spiritualité qu’elle est appelée à expliciter.

Il me semble ici qu’on touche au coeur de ce qui fait le projet de la tradition réformée. L’Esprit transforme non seulement le coeur de l’individu, mais tout le corps humain – donc aussi son corps social, et aujourd’hui on est aussi conscient qu’il transforme son interaction avec sa maison (écospiritualité).

Depuis quelques temps, l’expression de sa propre spiritualité est passée du discours à la peinture. On peut observer son travail dans l’Atelier 302 de la Bottolière (Vevey).

5. Glaube und Gesellschaft

Ce projet abrité par la faculté de théologie de l’université de Fribourg, est issu de membres de la communauté ecclésiale Jahu (Eglise réformée bernoise), avec le docteur en théologie Walter Dürr à sa direction. Cette communauté présente plutôt une sensibilité évangélique dans le paysage réformé.

Le centre d’étude pour la foi et la société est un projet pour le moins dangereux ! Avec une ouverture oecuménique et internationale, il cherche à encourager une théologie qui nourrisse les trois pôles que sont l’université, la société et l’Eglise. Une des convictions fondamentales pour l’activité de ce centre, c’est la nécessité d’une alliance forte entre une théologie publique et une théologie ancrée dans le vécu de la spiritualité.

La force de cette alliance, telle qu’elle se réalise là ne devrait pas être minimisée. Le sérieux intellectuel, l’ouverture et la profondeur de l’engagement des membres de ce centre porte des fruits féconds pour toute réflexion théologique de sur la spiritualité, et particulièrement en milieu protestant. Ils provoquent le quasi-miracle de faire se rencontrer des horizons théologiques du milieu protestant qui habituellement se méprisent joyeusement les uns les autres. Toutes les vidéos du cycle “Veillez et priez” sont accessibles en ligne (allemand et anglais).

En 2020 plutôt que d’annuler leurs journées d’études annuelles face à la crise du Coronavirus, ils ont décidé de les continuer et de tout passer en ligne, en adaptant complètement le format. C’est un témoignage certain de la conviction qui anime cette petite équipe et de la valeur qu’ils accordent à leurs activités.

Manuel

3. Handbuch Evangelische Spiritualität

Il s’agit là d’une oeuvre monumentale et fondamentale que l’on doit à l’engagement du théologien luthérien Peter Zimmerling.

Ce manuel est constitué en trois épais volumes qui présentent :

  1. L’histoire de la spiritualité protestante (ses grands courants et ses grandes figures) / Vol. 1
  2. La doctrine et les thématiques théologiques propres à la spiritualité protestantes / Vol. 2
  3. Les pratiques propres à la spiritualité protestante / Vol. 3

On ne dispose tout simplement d’aucun autre manuel d’une telle ampleur au sujet de la spiritualité protestante. Il offre une présentation générale et transversale que je dois moi-même encore digérer et explorer.

L’existence de ce manuel montre à quel point la théologie protestante germanophone est beaucoup plus avancée que la théologie protestante francophone dans le développement d’un discours théologique autour de la “spiritualité”. C’est lié notamment à l’attention portée aux courants piétistes, mais aussi au étude approfondie en théologie pratique sur le développement pratique de la foi.

En théologie anglophone on trouvera aussi d’importants travaux, mais plutôt du côté de la théologie catholique.

BONUS

Cartographie des formes de spiritualités chrétiennes – Olivier Keshavjee

Olivier Keshavjee est pasteur dans l’EERV. Sa passion de la foi s’allie à une passion geek qui s’est exprimée pendant longtemps sur son blog théologeek.

L’article auquel je renvoie ici me semble particulièrement intéressant pour le protestantisme francophone. Il est une tentative de présenter la pluralité des expressions spirituelles propres au protestantisme contemporain, dans leur unité en Christ.

Ce qui est très intéressant dans cet article, c’est le carré sémiotique qu’il offre et l’usage qu’il en fait. Non pas des cases pour isoler les personnes, mais une carte pour cheminer et se situer dans son propre cheminement. En ce sens il est proche d’un autre projet que je trouve tout aussi intéressant : le site contactgps, entretenu depuis des années par Michel Kocher. Les types qui se dégagent du carré sémiotique favorisent une meilleure conscience de soi et la rencontre d’autrui dans son altérité.

Ce qui me semble particulièrement profitable dans cet article, c’est la dynamique qu’il promeut : en route, Christ au centre, la célébration comme milieu, une attitude de curiosité et d’humilité.

Je vous laisse avec cette citation à laquelle je consonne fortement.

Je rêve donc d’une paroisse qui soit à l’aise pour explorer différentes formes de spiritualités chrétiennes.

Qui n’ai pas besoin de descendre les pratiques spirituelles des autres pour élever les siennes.

Qui cherche à vivre des choses avant d’en parler.

Qui critique d’abord la poutre dans son œil avant la brindille dans l’œil du voisin (les dangers et limites de sa propre pratique).

Olivier Keshavjee

https://www.theologeek.ch/2019/01/26/cartographie-des-formes-de-spiritualites-chretiennes/


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Communication pascale (I) – La thèse

Dans ma recherche de thèse je m’attèle à une compréhension théologique de la “spiritualité”. J’explore ce que l’on pourrait dire quand on parle de “spiritualité” en protestantisme. Ceci m’amène à me confronter à ce que différents acteurs (institutionnels et théologiques) disent quand ils parlent de “spiritualité”. Je me suis aussi frotté à des parties de la tradition dogmatique protestante. Ces deux geste se complètent afin de construire une compréhension systématique de ce terme.

Ma proposition est la suivante : en théologie chrétienne protestante, “spiritualité” pourrait vouloir dire, “communication pascale”. Le corrélât est que “spiritualité” veut dire “Evangile”.

Ma proposition contient une dimension normative. Je propose une manière de comprendre ce dont on parle en milieu protestant quand on parle de “spiritualité”. Je le fais dans la perspective d’encourager un usage théologiquement plus responsable de ce terme, tout en sachant que l’exercice n’a de sens que dans la confrontation des points de vue.

C’est le début du chemin

Dans ce qui suit je vais me contenter de mettre en évidence les différents éléments de la thèse, ainsi que son caractère théologique.

Les éléments de la thèse

En tant que protestant, quand je parle de spiritualité, je parle de communication pascale, ce qui veut dire que je participe de l’Evangile.

Spiritualité

Spiritualité est un terme que je considère dans une perspective émique. Il ne s’agit pas d’une catégorie analytique, mais d’un terme utilisé par les acteurs d’un milieu circonscrit. Le terme “spiritualité” plonge ses racines dans la tradition chrétienne. Il a également profité d’un regain d’intérêt à partir des années 60 du siècle passé, surtout en milieu anglo-saxon. C’est au niveau de l’investissement et de la construction de cet usage en milieu chrétien que mon propre travail se situe.

Je tiens à remercier Yann Fanti, étudiant en sciences des religion à la FTSR (UniL) grâce à qui j’ai découvert les travaux de la sociologue Nancy Ammerman. Je recommande la lecture de son article “Spiritual but not religious? Beyond binard choices in the study of Religion”, Journal for the scientific study of religion, 52 (2), 2013, pp. 258-278. Voir ici le DOI.

Effectivement qu’en tant que catégorie analytique “spiritualité” n’est pas opérant, au sens où il y aurait matière à distinguer objectivement entre “religion” et “spiritualité comme deux domaines séparés. Elle doit être considéré premièrement comme une catégorie propre à un champ religieux spécifique et à ses interactions avec d’autres systèmes culturels – comme dans le cadre du spiritual care par exemple.

Evangile

Evangile est un terme grec tiré du langage biblique et de la tradition chrétienne. Il est utilisé tant dans les épîtres pauliniennes, que dans les évangiles. On le trouve aussi utilisés à certains endroits dans l’Ancien Testament, par exemple comme substantif en 2 Sam 4,10 LXX, ou comme verbe en Joël 3,5 LXX. On le traduit volontiers par Bonne Nouvelle.

Une étude de Maximilian Paynter présente ce terme comme un élément central de la rhétorique paulinienne. Voir son ouvrage Das Evangelium bel Paulus als Kommunikationskonzeption, Tübingen, Narr Francke Attempto, 2017.

C’est bien en tant qu’élément de la communication paulinienne que ce terme peut, par la suite, devenir un élément central de la “religion” chrétienne et de la théologie qui l’accompagne. Cela se concrétise dans la constitution du genre littéraire “évangile” (cf. Mc 1,1).

Communication pascale

Communication pascale est un concept. Ce syntagme désigne dans ma recherche la compréhension systématique du terme “spiritualité” en fonction de son usage. Quand on parle en théologie protestante de “spiritualité” – que l’on désigne par ce biais un ensemble de discours et des pratiques ou un aspect de l’existence humaine et/ou non-humaine – on parle de la réalisation de la communication pascale, c’est-à-dire, de la réalité concrète de l’Evangile.

Communication désigne un certaine phénomène d’interaction. Pascale est un adjectif, qui lie la notion de communication à un ensemble de récits et de pratiques transversal à différentes traditions religieuses. Cet ensemble est central pour la constitution de la tradition chrétienne en général.

Ma construction de ce concept est fortement influencée par la lecture de l’ouvrage du jésuite François Durand, vicaire général du diocèse de Mende, Le témoignage du ressuscité. Contribution à une théologie fondamentale de l’expérience pascale, Namur, Lessius, 2016.

Il s’est profilé lors de mes différentes études comparées de la théologie de Karl Barth (1886-1968) et de Friedrich Schleiermacher (1768-1834).

Le caractère théologique de la thèse

Le discours chrétien sur la “spiritualité” organise la réalité d’une certaine manière. Au sein du champ religieux, il vise à regrouper et à délimiter un certain nombre d’éléments avec une intention spécifique. Dans et par ces éléments, a lieu un accomplissement. Celui de l’existence humaine, mais aussi celui du cosmos compris comme création.

Cet accomplissement n’est pas un accomplissement à tous prix. C’est un accomplissement qui trouve ses traits spécifiques par l’expérience de “Dieu” donnée dans la figure de Jésus-Christ. Cette figure se donne elle-même dans et par l’Evangile.

La “spiritualité” est la forme de vie de cet accomplissement déterminé. L’accomplissement est à la fois advenu, présent et encore à venir. Parler de “spiritualité” c’est participer de cet accomplissement. C’est dire le chemin que l’on parcourt et ainsi le faire apparaître, pour pouvoir encore le parcourir.

Le discours théologique “sur” la spiritualité participe lui-même de cet accomplissement. En mettant en avant la notion de communication pascale, il présente réflexivement la dynamique dont il participe. De cette manière, il contribue au mouvement de l’Evangile.

Dans cette perspective, “théologie”, “religion”, “spiritualité” et “Evangile” sont fortement articulés, mais ne sont pas à confondre.


Cet article fait partie d’une série d’articles intitulée “Communication pascale”. Il est susceptible d’être modifié en fonction de l’évolution de la série.

Pour lire plus loin :

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Civisme, religion et spiritualité

La cité idéale

Quand tu te déclares d’une certaine foi – dans mon cas de la foi chrétienne – de quelle cité es-tu le citoyen ?

Avec l’irruption à échelle internationale du Covid-19, on entend ressortir beaucoup l’appel au “civisme” – c’est en tout cas ce que l’on souligne fortement en Suisse.

Mais de quoi parle-t-on ? Qu’est-ce que le civisme aujourd’hui, à l’heure du pluralisme, de l’inter-culturalité, de la culture consommation, d’internet, etc. ?

A) Être citoyen

D’un civisme à l’autre

Le Centre National des Ressources Textuelles et Lexicales (CNRTL – FR) définit le “civisme” de la façon suivante :

Ensemble des qualités propres au bon citoyen; zèle, dévouement pour le bien commun de la nation.

CNRTL

Voilà ce qu’on est appelé à être face au Covid-19 : de bons citoyens, dévoués au bien commun.

Dans l’Antiquité, on était citoyen lorsqu’on jouissait d’un “droit de cité”, c’est-à-dire qu’on pouvait participer à la vie politique et religieuse d’une cité donnée. Maintenant il s’agit plutôt de l’appartenance à un Etat – généralement en Occident, un Etat démocratique.

En Suisse, on est donc renvoyé à notre appartenance cantonale et par extension à l’appartenance fédérale. L’appartenance à un certain régime politique, une certaine administration, la localisation dans un certain espace, l’obtention de certains droits et de certains devoirs – respect des lois, impôts, service militaire ou civil, etc.

Mais dans tout cela, rien n’est encore dit de ce qui fait le “bon” citoyen. Doit-on parler de valeurs communes ? De principes éthiques et moraux fondamentaux ? De respect mutuel et de responsabilité ?

Les principes abstraits et dominants ne sont pas voie d’avenir… mais toujours est-il : qu’est-ce qui fonde mon civisme ici et maintenant ?

Un civisme attendumais pas donné !

Aujourd’hui, qu’est-ce que ça veut dire que d’être citoyen du canton de Vaud et membre de la confédération helvétique ? Quel est le civisme qui y correspond ?

Actuellement, ce que je comprends du civisme, c’est que je ne fais pas preuve de civisme lorsque je ne suis pas les règles d’hygiènes et de comportement édictés par l’OFSP – et que l’on mérite mépris et insulte si l’on ne respecte pas ces règles. Parce c’est une question de vie et de mort !

Et pourtant, je ne sais toujours pas ce qui fait mon civisme. On semble attendre de moi une certaine responsabilité. Est-ce que je l’ai naturellement ? Qu’est-ce qui me permet de comprendre de manière intégrée ce que ça veut dire pour moi d’être citoyen ?

La connaissance de mes droits et de mes devoirs est-elle suffisante pour éduquer ma responsabilité ? L’éducation générale est-elle suffisante pour que chacun soit responsable ?

Apparemment pas… peut-être ? Je ne sais pas…

Ce que je sais cependant, c’est que les seuls fois où j’ai été explicitement engagé dans un développement de mon propre civisme, c’est à l’école secondaire (en 8e année ancien système je crois…) et à la protection civile – et encore, si on fait preuve de bonne volonté. Est-ce que c’est suffisant ?

Des éléments éparses

Par le passé, c’était peut-être l’unité des valeurs communes, le fait que chacun avait une éducation religieuse, que chacun participait du même rythme de vie, qui constituait le civisme des personnes. Je ne sais pas si c’est vrais, je ne sais pas si cette époque a existé – je ne sais pas si j’aurais voulu la vivre. Le fait est que je n’ai pas vécu ça.

Personnellement, mon civisme commence avec la reconnaissance de la valeur inestimable de la personne humaine.

Mas cela, est-ce que je le sais par les droits ? Oui. En partie je pense. Est-ce que je le sais par mon éducation personnelle ? Certainement. Est-ce que je met ça en lien avec mon statut de citoyen, de membre d’un même corps social et politique ? Je ne suis pas certain… depuis mon engagement à la protection civile, oui… depuis que je m’intéresse aux votations peut-être.

Il se trouve cependant que je suis aussi chrétien et pas seulement un vaudois générique. C’est sans doute là que cette reconnaissance trouve, en tout cas pour moi, son ancrage et sa concrétisation la plus forte.

Mais alors, ce n’est pas au nom de la même cité que celle qui me réclame du “civisme”.

B) Être membre du peuple de Dieu

Conflit de citoyenneté ?

En entendant les impératifs de la cité, le chrétien fait face à une contradiction : au bout du compte, il n’est pas premièrement citoyen de tel ou tel Etat. Il est membre du peuple de Dieu : l’Humanité réconciliée avec Celui qui lui fait face. Israël et le reste des nations : un seul peuple.

Ceci relativise toute appartenance citoyenne. Le témoins de Jésus-Christ sur terre appartient bien à une cité. Mais il ne peut s’agir de l’Etat politique sous le régime duquel il vit, ou même de la communauté religieuse dans sa forme visible, locale, contingente, située. Il y a une “autre” cité dont il est le citoyen.

Une cité qui doit encore “venir”, une cité vers laquelle on se rend, qui n’est pas encore là, mais que l’on attend, que l’on espère, que l’on vit déjà maintenant dans l’amour – si on le vit, ce qui n’est pas de notre propre force.

Être citoyen de cette cité implique que l’on a un modèle à suivre qui doit prendre forme dans chaque vie. Jésus-Christ lui-même est la mesure du civisme propre à cette citoyenneté.

Citoyen des cieux et Cité à venir

C’est dans les épîtres que l’on trouve notamment cette idée de l’appartenance à une “autre” cité.

Philippiens 3,20

17 Frères et sœurs, imitez-moi tous et regardez les personnes qui prennent modèle sur nous. 18 Je vous l’ai déjà dit souvent et je vous le répète maintenant en pleurant : il y en a beaucoup qui se conduisent en ennemis de la croix du Christ. 19 Ils courent à leur perte, car leur dieu c’est leur ventre ; ils tirent gloire de ce qui devrait leur faire honte et ils n’ont en tête que les choses de ce monde. 20 Mais nous, nous sommes citoyens des cieux, d’où nous attendons que vienne notre sauveur, le Seigneur Jésus Christ. 21 Il transformera notre misérable corps mortel pour le rendre semblable à son corps glorieux, grâce à la puissance qui lui permet de soumettre toutes choses à son autorité.

Epître aux Philippiens 3,17-21 (NFC)

Hébreux 13,14

10 Les prêtres qui officient dans la tente de la rencontre n’ont pas le droit de manger de ce qui est offert sur notre autel. 11 Le grand-prêtre apporte le sang des animaux dans le lieu très saint, afin de l’offrir comme sacrifice pour le pardon des péchés ; mais les corps de ces animaux sont brûlés en dehors du camp. 12 C’est pourquoi Jésus aussi est mort en dehors de la ville, afin que par son propre sang, il rétablisse le peuple dans sa relation à Dieu. 13 Allons donc à lui en dehors du camp, en supportant le même mépris que lui. 14 Car nous n’avons pas ici-bas de cité qui dure toujours ; nous recherchons celle qui est à venir. 15 Par Jésus, présentons sans cesse à Dieu notre louange comme sacrifice, c’est-à-dire l’offrande des paroles de nos lèvres qui célèbrent son nom. 16 N’oubliez pas de faire le bien et de vous entraider fraternellement, car ce sont de tels sacrifices qui plaisent à Dieu.

Epître aux Hébreux 13,10-16 (NFC)

Il y aurait beaucoup à dire et à commenter sur ces versets tirés des épîtres – et c’est sans doute trop téméraire de les présenter juste comme ça. – Philippe Golaz, pasteur de l’église réformée à Meyrin, a d’ailleurs travaillé le texte de l’épître aux Philippiens dans son travail de mémoire, accessible ici.

Un civisme contre ce qui n’en est pas un

Ce que je retiens, c’est que dans les deux cas, le fait d’avoir cette citoyenneté spécifique change quelque chose dans les manières de faire et de vivre. Dans l’épître aux Philippiens, une attitude auto-centrée est opposée à une attitude d’engagement envers un Autre. Dans l’épître aux Hébreux, une attitude religieuse est opposée à une attitude d’entraide et de solidarité. Le sens du “sacrifice” en est modifié : ce n’est plus seulement un devoir religieux duquel on doit s’acquitter à part du reste. Au contraire, le sacrifice prend place au milieux de nos actions et interactions les plus quotidiennes.

Un civisme (ré)formé

Ici mon “civisme” trouve une certaine forme, ou du moins une orientation, une espèce de détermination.

La citoyenneté en Jésus-Christ, la participation à cette identité différente de celle conférée par tout autre citoyenneté, forme un certain agir, un certain ethos, une certaine déontologie.

La foi chrétienne n’est certainement pas une foi désengagée où l’on pourrait croiser les bras face à ce qui se passe en attendant la fin des temps. Il y a à agir.

En effet, de même que le corps sans le souffle de vie est mort, de même la foi sans les actes est morte.

Epître de Jacques 2,26 (NFC)

Jésus appelle cette forme d’action “Royaume” – cela même que lui rend présent et manifeste dans le monde (cf. Mc 1,15). Dans les épîtres de Jean et chez Paul, c’est l’amour (αγάπη) qui est cette forme d’action – une forme d’action que l’on n’a pas sans la foi et l’espérance. Car c’est Dieu lui-même qui est cette forme d’action(cf. 1 Jn).

Concrètement : une seule citoyenneté

Est-ce que cette citoyenneté s’oppose à ma citoyenneté vaudoise ? Est-ce que l’on aurait affaire à deux sortes de civismes différents ?

Je ne crois pas – surtout dans la mesure où je ne sais pas vraiment ce qui fait mon civisme vaudois (hormis de payer mes impôts, éventuellement de voter et de me faire reprendre lorsque je ne fais pas ce que l’on semble attendre de moi).

Je crois au contraire que l’appartenance à cet autre cité implique de rendre très concret le civisme attendu dans les moments de crise – et cela quel que soit l’Etat dans lequel on se trouve, quelque soit la culture, la langue dominante, la religion majoritaire, etc.

Ce que l’on peut dire à partir du civisme dans la perspective religieuse s’incarne dans un chemin de spiritualité.

C) Discerner l’action responsable

Marcher concrètement

Le civisme ne se décrète pas par en haut. Il se discerne, il s’éprouve, il se vit concrètement.

Être citoyen du peuple de Dieu implique de discerner jour après jour la forme concrète que va prendre mon action civique là où je me trouve, dans le contexte qu’il m’est donné d’habiter.

L’action responsable au sein d’un monde en plainte, en crainte, en panique, se discerne avec l’aide de l’Esprit-Saint, en écoutant le Christ, en le regardant, en s’arrêtant auprès de lui, en se laissant toucher par lui – entre les lignes des caractères numériques ou imprimés, dans le visage de celui qui me voit, et que je vois.

Lire les Ecritures, écouter la Parole, prendre au sérieux les gémissements du monde, porter la prière à Dieu : prendre Dieu encore plus au sérieux.

Dépossédé, mais avec les autres

Je ne possède pas la bonne action. Je ne sais pas ce qui fait de moi un bon citoyen – Dieu le sait, il me le redit chaque jour en Christ. La seule chose que je peux faire c’est de quotidiennement me mettre à l’écoute et de servir, suivant ce qu’il me sera demandé de faire.

Ici et maintenant : ne pas faire le con. Mais ne pas crier au con non plus. Accompagner le mouvement, participer d’un effort commun de discernement, avec sérieux et bienveillance, esprit critique et empathie.

La spiritualité n’est pas qu’une affaire individuelle: ce qui se passe à l’échelle nationale et internationale est une mise en jeu de la spiritualité des Etats et de leurs membres.

Discernement : le mot clef pour chaque chemin de spiritualité. S’ils ne sont pas soumis à l’épreuve du chemin, les points de repères – religieux, cultures, légaux ou administratifs – ne servent à rien .

Des veuves et des veufs

En ce moment de nombreuses personnes courent, pleurent, attendent – la guérison ou la mort. Ce sont des membres de la cité, des membres du peuple.

Voilà ton chemin citoyen.

1 Hélas ! la voilà seule, à l’écart, la ville autrefois si peuplée ! Elle est comme une veuve, elle autrefois si renommée parmi les autres peuples. Hier princesse dominant les provinces, à présent réduite aux travaux forcés !

Lamentations 1,1 (NFC)

En tant que citoyen, tu n’en es pas détaché. Tu en es solidaire, d’une manière ou d’une autre. En Christ, face à Dieu, dans l’Esprit-Saint, je ne peux me dérober à ma responsabilité : que vas-tu faire?

Voilà ton civisme.


Pour lire plus loin :

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La compétence spirituelle

Poterie

Être compétent spirituellement. Voilà quelque chose que l’on entendra peut-être de plus en plus souvent. Une compétence spirituelle est attendue de la part des ministres dans les Eglises protestantes. Elle l’est aussi dans la formation des jeunes.

JACK B : une formation

En courant de semaine je suis tombé sur cette vidéo du Service Formation et Accompagnement de l’EERV. Tu peux jeter un oeil dessus, elle est sympa !

A priori la vidéo s’adresse à un public précis : celui qui serait JACK A – ou à quelqu’un qui ne serait pas encore JACK ?

Qu’est-ce que JACK ?

Pour ceux qui ne connaissent pas, être JACK est une manière pour un-e jeune de s’engager dans l’Eglise après ou pendant son catéchisme – la formation est commune aux Eglises réformée et catholique dans le canton de Vaud. Dans le contexte de l’Eglise réformée, à côté des groupes de jeunes locaux, c’est un peu promu comme la voie royale post-catéchisme.

Par rapport à l’historique autour des JACK je t’invite à lire l’article d’Armin Kressmann, paru dans Inter Pares novembre 2019. Il l’a partagé sur son blog.

Un pôle en développement

Les JACKs forment un groupe grandissant, qui a mené notamment à la création spontanée d’une instance cantonale : AGORA (ou “Le synode des jeunes”). S’ils ne sont pas représentatifs nécessairement de l’ensemble de la jeunesse de l’Eglise réformée dans le canton de Vaud, ils en sont une expression importante. Côté catholique, on saluera tout ce qui se fait autour de PASAJ.

L’une des grande force du projet JACK est de lier la croissance personnelle dans l’Eglise à des engagements concrets – dans des camps et d’autres activités liées au catéchisme la plupart du temps, mais pas que.

“Compétence spirituelle”

Si cette vidéo a retenu mon attention, c’est en partie parce qu’elle illustre quelque chose que j’ai rencontré dans le cadre de ma thèse. En milieu protestant on voit se développer l’attente d’une “compétence spirituelle”. Si en Allemagne on a pu parler de “compétence théologique” comme un attendu pour les ministres de l’Eglise protestante, l’attente d’une “compétence spirituelle” est plus récente ! Et comme on le voit dans cette vidéo (dès 02:55), elle est aussi une partie de cette formation.

Sabine Hermisson et Spirituelle Kompetenz

Sabine Hermisson – Wuppertal

C’est à la théologienne protestante germanophone Sabine Hermisson, que l’on doit une excellente étude sur cette notion. Voir son ouvrage :

  • Hermisson Sabine, Spirituelle Kompetenz. Eine qualitativ-empirische Studie zur Spiritualität in der Ausbildung zum Pfarrberuf, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 2016 (Arbeiten zur Religionspädagogik 60).

Il s’agit d’une étude qui cherche sur la base d’une enquête de terrain à arriver à une construction théorique. C’est une méthode de grounded theory, ou théorie ancrée. L’approche est inductive plus que déductive. Dans cette étude, Hermisson a récolté quantité d’informations sur les cursus de formation au ministère pastoral dans des églises protestantes de langue allemande (Allemagne, Autriche, Suisse).

Trois aspects

Je vais sans doute revenir sur d’autres éléments de sa publication dans des articles ultérieurs. Ici je veux juste mentionner les trois aspects principaux de la “compétence spirituelle”, telle que son étude l’a élaborée.

  1. La spiritualité personnelle : « – la capacité à la clarification, au déploiement, au développement et au soin de sa propre spiritualité ; – l’expérience de sa propre spiritualité comme une partie constitutive de sa propre existence théologique et pastorale » (p. 139)
  2. Les connaissances au sujet de la spiritualité (Sachkenntnisse) : « – des connaissances quant aux méthodes et formes de spiritualité ; – des connaissances quant à différents courants spirituels ; – des connaissances quant à l’histoire de la spiritualité » (p. 139-140)
  3. La communication de la spiritualité : « – la capacité de présenter et de réfléchir son propre cheminement spirituel ; – la capacité à donner des informations au sujet de sa propre spiritualité ; – la capacité à une perception valorisante de différentes formes de piété ; – la capacité à accompagner des personnes dans un cheminement spirituel » (p. 140)

Les cursus de formations que Hermisson a investigué présente, plus ou moins exhaustivement, ces différentes attentes.

Rassemblement des compétences

La compétence spirituelle du JACK B?

La communication de la spiritualité

Dans le cadre de la vidéo qui introduit cet article, la “compétence spirituelle” du JACK B est formulée sous différents titres :

  • Se positionner par rapport à sa propre spiritualité
  • Accompagner autrui dans son cheminement et favoriser son cheminement
  • Comprendre et transmettre des thématiques bibliques

Avec ces éléments on remplirait en tout cas les conditions pour ce qui concerne la “communication de la spiritualité”. Les deux autres aspects sont moins mis en avant par la vidéo.

Cette manière de théoriser la place de la “spiritualité” en terme de compétence est franchement neuve ! Il y aura sans doute encore des évolutions à l’avenir.

Un encouragement à la croissance ?

Ce qui est particulièrement intéressant c’est que la notion de “compétence spirituelle” engage la personne dans un processus de croissance personnelle tout en lui donnant une place dans une mission plus englobante. Le développement personnel prend place au sein d’une histoire plus large, sans que cette histoire noie l’individu.

Tout cela participe dans tous les cas, il me semble, d’une institutionnalisation de la dimension “spirituelle”. Et je crois que ce phénomène doit être pensé comme faisant partie de la “spiritualité” pour le christianisme protestant, et non pas comme lui étant contraire.

Reste encore à penser, à dire et à discerner comment ces expressions de la “spiritualité” protestante (réformée) participent de l’annonce de la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ.

Je conclue avec les derniers mots de la seconde épître de Pierre

“Continuez à progresser dans la grâce et dans la connaissance de notre Seigneur et sauveur Jésus Christ. À lui soit la gloire, maintenant et pour toujours ! Amen.”

2 Pierre 3,18 – NFC


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La reconnaissance étatique du spirituel

Constitution cantonale vaudoise

Le “spirituel” n’est pas seulement une affaire privée, mais une composante fondamentale de la personne ! C’est le cas tout du moins pour deux cantons en Suisse romande. Les constitutions vaudoise et neuchâteloise présentent une reconnaissance du spirituel.

Des articles novateurs ?

Le 24 septembre 2000, le canton de Neuchâtel adopte l’article suivant dans la refonte de sa constitution :

“L’État tient compte de la dimension spirituelle de la personne humaine et de sa valeur pour la vie sociale.”

Constitution de la République et Canton de Neuchâtel – Art. 97, al. 1.

Le 14 avril 2003, le canton de Vaud, s’inspirant de la constitution neuchâteloise adopte un article avec une formulation quasi identique :

“L’État tient compte de la dimension spirituelle de la personne humaine”

Constitution du canton de Vaud – Art. 169, al. 1.

Cette formulation est relativement originale. À titre personnel, je ne connais pas d’autres constitutions étatiques qui posent une telle affirmation sur le “spirituel”.

Un flou artistique

Cependant, à la lecture des procès-verbaux des sessions des constituantes respectives, l’adoption de cet article peut laisser songeur :

  1. À aucun moment n’est posé de manière commune ce que l’on entend par “spirituel” ou “spiritualité” – Armin Kressmann le soulignait déjà vers la fin des années 00′.
  2. L’adoption de ces articles ne suscite aucun débat.
  3. Les conséquences pour les relations entre Eglise et Etat ne sont pas les mêmes : Neuchâtel connait une séparation entre les communautés religieuses et l’Etat. Vaud reconnaît une mission à certaine communauté religieuse dans le canton.

Le cas vaudois est particulièrement intéressant, car à partir du terme “spirituel” on peut dire tout à fait une chose et son contraire. C’est particulièrement frappant lors des débats de la Constituante vaudoise du 08 juin 2001 sur les articles qui découlent de l’art. 169 – ceux qui portent sur la reconnaissance des communautés religieuses (art. 170-172).

On peut défendre une séparation de l’Eglise et de l’Etat sur la base de la séparation entre le temporel et le spirituel (cf. les interventions de Mr. M. Buhler), ou au contraire la mise en place de “missions” spécifiques pour permettre la prise en charge de la dimension spirituelle des personnes (cf. les prises de position de Mr. G. Buhlmann).

Avec l’adoption de cet article, le canton de Vaud met en place la “Loi sur la reconnaissance des communautés religieuses et sur les relations entre l’Etat et les communautés religieuses reconnues d’intérêt public” (LRCR). Cette introduction signe à la fois la fin du régime d’Eglise d’Etat dans le canton de Vaud mais maintient une relation entre communauté religieuse et institution politique. Elle le fait sous le chapeau d’une reconnaissance de la dimension spirituelle de la personne.

Quelles conséquences ?

Le terme “spirituel” ou “spiritualité” semble être un fantastique facilitateur de communication. Si on se fâche autour de la “religion”, on se retrouve autour de la “spiritualité”. On le voit dans ce qu’en dit le professeur honoraire de psychiatrie Jacques Besson dans l’émission “Faut pas Croire” du 15.02.2020 – autour de 18:08. La religion ce ne serait pas de la spiritualité : la religion serait conditionnée culturellement, la spiritualité serait quête de sens universelle.

On peut se réjouir d’une part que le domaine publique reconnaisse l’importance du “spirituel”. Mais que se passe-t-il avec notre usage du terme “spirituel” au moment où cette reconnaissance publique a lieu ?

La spiritualité comprise comme soif de sens et de lien peut motiver une reconnaissance du spirituel

D’une étape de foisonnement créatif et illimité dès les années 70′, on passe à partir des années 00′ à une étape de régulation politique et institutionnelle. De l’invention de la spiritualité on passe à la reconnaissance du spirituel et aux conséquences légales qui en découlent. Parmi les membres des constituantes il y a une certaine crainte manifeste liées aux phénomènes sectaires, notamment suite aux différents massacres liés à l’Ordre du Temple Solaire. Face à cela les membres des constituantes veulent une régulation.

Mais le “spirituel” ou la “spiritualité” n’est-ce pas là la réalité qui contredit toute forme de régulation et d’institution ? “L’Esprit, comme le vent, souffle où il veut…” (cf. Jn 3,8, NFC) – c’est évidemment trop simple, et pourtant c’est sans doute le point de départ le plus rapidement admis en milieu occidental.

Que se passe-t-il avec cette idée de la “spiritualité” comme d’une quête de sens universelle, si elle devient une composante de la personne reconnue sur le plan étatique ? Si elle devient une composante de ce qu’est le citoyen d’une communauté politique donnée ? On peut en voir des développements dans la santé, dans l’attention portée par différents domaines scientifiques à la “spiritualité laïque”. Mais qu’est-ce que la théologie peut faire avec ça ? Les connexions que l’on établit entre domaine de la santé et traditions de spiritualités semblent heureuses – les théologiens-nnes se réjouissent : on va à nouveau s’intéresser à eux.

Une reconnaissance du spirituel ouvre sur une régulation du spirituel

Mais ne risque-t-on pas alors de confondre théologiquement ce qui ne peut qu’être provisoire avec ce qui est de Dieu ? La séparation entre le temporel et le spirituel avait justement pour vocation d’assurer l’indépendance d’une dimension par rapport à l’autre. Si le temporel reconnait le “spirituel” et met en place des dispositifs pour le réguler n’intervient-il pas sur un plan où il ne devrait pas avoir de pouvoir de juridiction ?

Ou bien est-on à côté de la plaque lorsque l’on décrit les choses ainsi ? Je pense pour ma part que l’on n’a pas encore saisi toute la mesure de ces décisions, surtout sur le plan théologique et ecclésial.

Question générale

Je travaille cette situation dans mes propres recherches et votre avis m’intéresse ! Deux décennies après l’adoption de ces termes, la situation a passablement évolué. On peut même dire que la constituante a anticipé sur la popularité qu’allait acquérir la “spiritualité” par la suite.

La notion de “spiritualité” fait maintenant partie du langage courant. Elle dépasse la religion, a du succès au sein des communautés religieuses et à l’extérieure de celle-ci. Elle est utilisée notamment dans le domaine médical, mais également dans le monde du management. Est-ce une bonne chose que sa reconnaissance aille jusque dans le domaine politique ? D’où que vous soyez votre avis m’intéresse. N’hésitez pas à commenter ou juste à répondre au sondage !

Est-ce une bonne chose que l'Etat reconnaisse la dimension spirituelle de la personne ?
16 votes

Pour aller plus loin

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C’est quoi comme mot “spiritualité” ?

“Spiritualité” n’est pas “Spiritualité”.

Le mot “spiritualité” est déjà compliqué au niveau de sa définition. Elle est souple, semble toucher à plein de dimension différentes. C’est un peu ce qu’on appelle un “mot-valise”. Armin Kressmann a inventorié tout une série de manière de définir la “spiritualité” sur son blog. Vas voir pour te dépayser !

Mais il peut y avoir confusion à un niveau encore plus basique que la définition. Elle a à voir avec la forme du mot lui-même en français – et on va en rester au français pour l’instant !

Cela fait bientôt trois ans que je travaille sur une compréhension protestante de la “spiritualité”, et c’est seulement maintenant que je prends conscience de ça ! Mieux vaux tard que jamais.

Don't Panic

Un mot en -ité.

Wikitionnaire nous aide sur ce point: “-ité” est donc un suffixe (une particule qui se rajoute à la fin d’un radical, la base d’un mot).

Sert à former un nom indiquant une caractéristique, à partir d’un adjectif.

https://fr.wiktionary.org/wiki/-it%C3%A9

Normalement, “spiritualité” fonctionne donc comme un dérivé de l’adjectif “spirituel”. La “spiritualité” c’est ce qui aurait la caractéristique d’être “spirituel”. Donc il est proche de mots comme animalité, méchanceté, immortalité, volubilité, débilité, etc.

Un mot dérivé de “spirituel”

L’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert offre un exemple de l’usage du mot “spiritualité” dans le sens que je viens de décrire.

On dit la spiritualité de l’ame, pour désigner cette qualité qui nous est inconnue, & qui la distingue essentiellement de la matiere.

http://enccre.academie-sciences.fr/encyclopedie/article/v15-1563-0/

Comme dérivé de l’adjectif “spirituel”, la “spiritualité” désigne donc ce qui s’oppose à la “matérialité”. Cette manière d’utiliser le terme “spiritualité” pourrait aussi se retrouver dans une opposition avec “corporalité” ou encore “temporalité”.

Globalement, on peut trouver cette manière d’utiliser “spiritualité” dans le domaine de la philosophie. Il permet d’organiser la réalité selon des principes opposés, notamment dans l’opposition entre matière et esprit. Ce langage est investi assez volontiers aussi en théologie.

La “spiritualité” désigne une forme de vie

L’autre manière de parler de la “spiritualité” peut aussi être illustrée par l’Encyclopédie.

Le même mot se prend aussi pour une dévotion honnête, recherchée, qui s’occupe de la méditation​ de ce qu’il y a de plus subtil & de plus délié dans la religion.

http://enccre.academie-sciences.fr/encyclopedie/article/v15-1563-0/

Ici le terme spiritualité ne fonctionne plus comme dérivé d’un adjectif. Il en vient à désigner une manière de faire, une manière de vivre, une manière d’investir quelque chose. Il se rapproche alors de termes comme “sexualité” ou “piété”. “Spiritualité” désigne quelque chose qui se manifeste dans des comportements, ou dans des pratiques.

Or, c’est plutôt dans ce second sens qu’on utilise le terme “spiritualité” aujourd’hui. On parle en effet de “spiritualité chrétienne”, de “spiritualité suffi”, de “spiritualité athée”, de “spiritualité du quotidien”, etc.

Les enjeux

En soi, il n’y a pas de problème à cette ambiguïté. Seulement, il faut être attentif quand on lit des textes de la tradition théologique et philosophique qui utilisent ce mot. Jusque dans les années 60 on peut voir des textes qui utilisent encore le mot “spiritualité” comme un dérivé de “spirituel”.

Il me semble que l’on va progressivement perdre le premier fonctionnement du mot pour aller en direction de la “spiritualité” comme manière de vivre. L’accent mis sur la dimension holistique quand on parle de “spiritualité” invite à ne pas opposer “spirituel” à “matériel” ou “corporel”. À titre personnel, l’idée d’une “spiritualité de l’âme” me parle à peu près tout autant que l’idée d’une “matérialité franciscaine” : donc très peu! Il y aura peut-être encore quelques esthètes pour parler de la “spiritualité” d’une oeuvre d’art.

Je regrette cependant que le CNRTL distingue entre une entrée “philosophique” et une entrée “théologique” pour distinguer les deux usages. La séparation n’est pas aussi claire dans l’histoire de l’usage du mot “spiritualité”. Les frontières sont poreuses entre théologie, religion et philosophie sur ce point.

Ce qui est intéressant par contre, c’est le moment où on intègre la dimension du “spirituel” dans des textes institutionnels. On peut prendre exemple sur l’art. 169 de la constitution vaudoise. L’hésitation sur la compréhension de “spiritualité” est patente lors des débats de la Constituante.

Mais ça, ce sera le topic d’un autre article !


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