La création comme scène de la spiritualité (communication pascale XIII)

bare trees near body of water during sunset

La création offre la scène de la spiritualité – ce que j’appelle communication pascale. Jean Calvin en parlait comme du “théâtre de la gloire de Dieu”. La création est un acte d’amour de Dieu, elle est un espace de relations, elle est un état de paix et elle est bonne.

La création est un acte d’amour de Dieu

La phrase “Dieu est amour” est expression fondamentale de la spiritualité chrétienne et l’être de Dieu et indissociable de ses actes. La création est l’acte d’amour de Dieu dans son unité et sa totalité. Dieu fait de la place en lui, pour autre que lui-même. En créant, conservant et accomplissant ce qu’il crée en Jésus-Christ – et donc en “Pâques” –, Dieu manifeste qu’il est Père, Fils et Saint-Esprit.

Un ensemble de relations

Elle est un espace de relations et d’interdépendance. Toutes choses y sont en liens et en interactions les unes avec les autres. Le commandement d’amour met en lumière cette interdépendance de toutes choses, de toutes choses à Dieu et du lien que Dieu assume avec toutes choses en les créant. Dans la création de Dieu, l’être humain est appelé à jouir de toute chose, mais aussi à prendre soin de toutes choses.

La création est en paix

Lorsque un ensemble de relations est en paix, cela veut dire qu’il est arrivé à son état de complétion : Shalom ! Il n’y a plus de brisure dans les relations, il n’y a plus de conflits. La relation entre Dieu et sa création, entre les créatures elles-mêmes, est dans un état de plénitude – on pourrait aussi dire d’harmonie.

Bible Project – Etudes sur le mot “paix”

La création est bonne

Il s’agit là d’une affirmation axiologique fondatrice pour sa compréhension. Dans cet état accompli, la création est belle et désirable. Le mal, la souffrance, l’injustice, le mensonge, la mort, etc. en sont exclus. Rien de ce qui contredit la bonté de la création de Dieu n’a de place en son sein.

La scène d’un drame

Telle que nous la connaissons, la création est la scène d’un drame. Il s’agit du drame provoqué par ce qui la contredit : le péché. C’est le refus de la création comme acte d’amour de Dieu et le refus de l’amour de Dieu dans sa création. En se détournant de Dieu, l’être humain brise la paix, refuse la bonté de son acte.

Nous ne connaissons pas comme telle la création dans sa forme accomplie, telle que je viens d’en donner les contours. Nous ne la connaissons que comme la scène d’un drame. Ce drame trouve son dénouement dans la vie, l’histoire et la personne de Jésus-Christ.

C’est sur cette scène que nous sommes appelés à vivre la vie des enfants de Dieu. Elle le cadre de la spiritualité.

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“Le temps presse”. Echo à un plaidoyer pour une Eglise multitudiniste.

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Je crois l’Eglise… Mais je ne peux pas dire en quoi elle serait essentielle, quels seraient par essence les projets pour lesquels elle devrait s’engager ou ce qu’elle devrait faire pour gagner en pertinence. La seule chose que je peux dire, avec crainte et tremblement, c’est qu’elle doit sans cesse se retourner vers son Seigneur, l’écouter, lui obéir et recevoir le prochain pas qu’il lui sera donné de faire. C’est aussi le cas pour une Eglise de type multitudiniste.

*

Il y a quelques temps, j’ai eu une discussion sympathique avec Virgile Rochat (pasteur retraité de l’EERV) au sujet de l’article (In)certitudes. À la suite de cette discussion, il m’a proposé de lire son ouvrage paru en 2012 chez Labor et Fides Le temps presse. Réflexions pour sortir les Eglises de la crise. On trouvera un résumé du livre dans une recension effectuée par Elisabeth Parmentier pour la Revue d’Histoire et de Philosophie Religieuse.

Je comprends ce livre comme un plaidoyer pratique en faveur d’une Eglise de type multitudiniste. C’est également sous cet angle que j’entends la pertinence des différents contrepoints que je propose dans cet article, à la suite des différents chapitres de ce livre.

Au sujet de l’Eglise multitudiniste, on peut consulter les articles suivants :

  • Un article de Conviction de la main de l’ingénieur et théologien Henri Persoz, publié dans Evangile et Liberté (2016).
  • Un article sur le sujet dans la Revue des Etudes Théologiques et Religieuses, de la main du professeur émérite de théologie pratique Bernard Reymond (2016).
  • Un contribution de la main du pasteur et docteur en théologie Jean-Denis Kraege, sur le site du groupe Pertinence (2016).
  • Un article plus ancien de Marc Lienhard dans la Revue d’histoire et de philosophie religieuse, mais qui réfléchit à ces enjeux depuis le contexte allemand. (1988)

Diagnostics

Le récit présenté par V. Rochat montre une Eglise qui est présentée comme étant “essentielle”. Par son office religieux l’Eglise multitudiniste était le ciment de la stabilité sociétale, représentative de la norme autorisée – “force de cohésion et de conservation” (p. 42). Après Mai 68, dans un monde pluraliste et individualiste, elle doit reformuler sa pertinence pour tenir son rôle d’être une “interface entre tous” (p. 65) – cette interface devant d’ailleurs déjouer le piège des radicalismes et des terrorismes religieux.

Mon premier contrepoint. Je ne crois pas qu’une Eglise avancera dans une compréhension de la “crise” en soulignant son caractère “essentiel”. Argumenter à partir de et en fonction du caractère “essentiel” d’une forme d’Eglise ne peut que déboucher sur un échec en foi chrétienne. L’Eglise se reçoit elle-même comme une grâce : la posture de surplomb qui lui permettrait de dire en quoi elle serait essentielle (à l’être humain, à la société, au monde, à Dieu) ne lui appartient pas.

Cela ne veut pas dire qu’elle n’aurait pas des responsabilités, des engagements ou même une mission et des mandats précis – en tant qu’Eglise (multitudiniste), elle en a. Seulement elle ne pourra les justifier à partir d’une posture où elle sait en quoi elle-même serait essentielle – elle sera tout de suite détrônée de cette posture par cela même qui la constitue et l’envoi dans le monde. La seule chose qu’elle peut dire être essentiel, la concernant, c’est le chemin sur lequel elle se trouve et Dieu, qui l’envoie sur ce chemin, auquel elle remet son existence.

Perspectives

À la suite du récit qui doit permettre de comprendre la situation de crise, V. Rochat propose quelques perspectives. Celles-ci s’articulent autours de l’énonciation d’une identité “solide”, un changement de posture, d’accentuations théologiques et de spiritualité. Je retiens quelques mots clefs qui s’articulent autour du motif de la kénose (Ph 2,6-7) : lâcher prise, faire avec au lieu de faire pour, cheminer et gestion du sacré.

6 [le Christ] possédait depuis toujours la condition divine, mais il n’a pas voulu demeurer à l’égal de Dieu. 7 Au contraire, il a de lui-même renoncé à tout ce qu’il avait et il a pris la condition de serviteur. Il est devenu un être humain parmi les êtres humains, il a été reconnu comme un homme.

Epître aux Philippines chapitre 2, versets 6-7.

Sur le plan doctrinal cela implique quelques affirmations qui touchent à l’image de Dieu, de la création, de la Bible, de l’Esprit, etc. Ces affirmations visent à rendre l’Eglise plus accueillante et plus inclusive. Leur corollaire est une théorie de la religion qui prend pour base l’affirmation d’un “sacré endémique”. Les Eglises multitudinistes ont notamment pour tâche de gérer ce sacré endémique pour toute la société (cf. pp. 108-111).

Mon second contrepoint. Si l’on prend la piste de la kénose elle doit être radicalisée. Si l’on dit que l’Eglise doit agir et exister à l’image du Seigneur qui s’est fait Serviteur, alors elle doit également renoncer à la détermination et à l’identification souveraine de son propre “projet”. La voie de la désappropriation ouvre bien sur un chemin de “spiritualité”. Mais cette désappropriation est la conséquence d’un recentrage total et exclusif sur Dieu et non sur autre chose.

Je prends ici pour exemple l’humanisme chrétien que V. Rochat lie au motif de l’incarnation (pp. 88-90). Du fait d’une théologie qui affirme l’incarnation du Fils, l’Eglise est encouragée à se joindre aux projets d’humanisation de la société et du monde. “[Il s’agit là] d’un défi susceptible de fournir des projets mobilisateurs et de toucher ainsi les jeunes générations”. (p. 89) Dans cette affirmation, la désappropriation identifiée avec le mouvement de la kénose ne va pas jusqu’au bout. Dans la voie du Christ, la contribution de l’Eglise à “l’humanisation du monde” ne peut qu’être une conséquence indirecte, qui ne peut être formulée d’emblée comme une visée, ou un projet qu’elle peut formuler. L’humanisation du monde n’est pas son projet ou un projet auquel elle participerait, afin de regagner en pertinence.

L’Eglise s’engage dans l’humanisation du monde parce que c’est le chemin sur lequel le Christ l’envoie. Si elle s’engage dans l’humanisation du monde, c’est parce qu’il s’agit du projet de Dieu et non du sien. Si elle s’engage dans une voie parce qu’il s’agirait de son projet ou parce qu’elle voit de la pertinence dans le projet d’un autre (mais qui n’est pas Dieu), alors elle n’a pas engagé la désappropriation qui lui est commandée.

La solidité de l’identité de l’Eglise se trouve dans ce qu’elle reçoit, et dans le fait de s’y rapporter encore et toujours, dans chacune de ses pensées, paroles et gestes, et non dans ce qu’elle affirme d’elle-même par elle-même.

Concrétisations

En dernière partie, V. Rochat propose une série d’exemples de changements pour une concrétisation dans la ligne des perspectives qu’il propose. C’est un panel large de suggestions qui portent tant sur la gouvernance d’Eglise (à alléger), le positionnement des acteurs (à personnaliser) et sur les offres (rites, cultes, etc.) proposées (dans lesquels il s’agit de faire de la place). On pourrait discuter en détail des différentes propositions – qui à mon avis restent d’ordre trop générale et mériteraient d’être étayées par des descriptions plus précises. Mais ce n’est pas cela qui m’interroge le plus dans cette partie.

Mon troisième contrepoint. “Si [les Eglises] renouvellent leur vision et adaptent leurs pratiques, elles sont tout à fait en mesure d’entrer dans une mue susceptible de leur permettre d’aborder la suite de leurs parcours et d’assumer leur mission.” (p. 163) Alors même que l’auteur se réclame d’un ancrage dans l’Evangile – résumé à l’annonce d’un Dieu qui aime inconditionnellement et radicalement – cette phrase met en scène une forme de volontarisme. Je reformule ce que j’entends : “Si l’Eglise change et fait ce qu’il faut pour, alors elle sera à nouveau pertinente et opérationnelle”.

J’y vois une forme de volontarisme. À mon sens, ce genre de discours et la posture qu’il informe, biaise la fécondité des propositions (tant pratiques que théoriques) qui sont émises par ailleurs – et avec une générosité que je souhaite souligner!

Là aussi, la désappropriation doit porter sur la capacité à dire les changements qu’il faudrait faire. Devant Dieu, nous ne pouvons pas dire de nous-mêmes ce que nous devons faire, nous pouvons seulement le recevoir encore et toujours à neuf. Le seul changement que l’Eglise peut suivre est celui qui l’amène à se tourner encore et toujours vers son Seigneur – à se convertir et à faire de cette conversion l’exercice principal de son propre cheminement.

Plutôt donc que de produire un discours qui identifie des pistes de changement, il me semble que la posture à habiter serait celle du partage d’expérience dans une perspective de témoignage mutuel. Le corollaire est une posture d’autorité qui bénit et encourage. Des choses peuvent être dîtes, des pratiques présentées, mais on ne sait pas par avance qu’est-ce qui sera pertinent où et pour qui. Engager ce genre de pratique, aménager du temps pour elles, est une forme de concrétisation, mais dont la seule recette est celle qui mène à constamment se retourner en direction du seul qui sait en définitive quel doit être le prochain pas de son Eglise.

Penser l’Eglise multitudiniste

J’ai donc surtout des contrepoints à formuler. Je veux cependant souligner en conclusion en quoi la lecture de ce livre m’a été profitable. L’intérêt du livre de V. Rochat est qu’il propose un plaidoyer en faveur d’une Eglise de type multitudiniste. Ceci l’amène à formuler des propositions théologiques, analytiques et pratiques qui s’inscrivent dans un contexte ecclésial qui assume une tâche spécifique.

Il me semble que la discussion sur le développement ecclésial aujourd’hui, que ce soit au niveau international, national, cantonal, régional ou paroissial nécessite une position claire à ce niveau. Ce que le livre de V. Rochat propose ainsi est une amorce de discussion sur l’identité et l’action des Eglises multitudinistes aujourd’hui et pour cela je suis reconnaissant de la lecture de ce livre. 9 ans après son édition, les discussions actuelle sur la “vision d’Eglise” et l’appel à une discussion sur l’ecclésiologie dans l’Eglise Evangélique Réformée du canton de Vaud confirment, il me semble, le besoin de cette discussion.

En même temps, je suis sceptique sur notre capacité à mener cette discussion de manière féconde. Le changement que Dieu attend de nous pour cette vie, pour aujourd’hui, ne passera pas par des discours de “surplomb”. Or, savons-nous faire autre chose que des discours de surplomb ? Les débats que certains demandent vivement seront-ils autre chose que la juxtaposition de discours de surplomb, dont le moteur n’est que brillance et force de persuasion ? Et pour convaincre qui, à quel prix et pour quoi ? À cette dernière question, si la réponse est autre chose que “pour la gloire de Dieu”, l’effort sera vain.

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La vie des enfants de Dieu (communication pascale XII)

two children running at the beach shore during sunset

Dans cet article je souhaite brosser dans les grandes lignes la dimension “pratique” ou “éthique” de ce concept. En somme, j’essaie de prendre en considération ici la “spiritualité” comme “pratique”. Je le fais en partant de l’idée que la communication pascale constitue les personnes comme enfants de Dieu.

Je reste principalement sur le plan doctrinal et je ne développe pas plus pour l’instant les différents points.

Le peuple des enfants de Dieu

Dans la communication pascale je me découvre “enfant de Dieu“. C’est une identité que je reçois et que j’approfondis au-travers dans mon propre engagement dans cette communication.

En tant qu’enfant de Dieu, je reçois une certaine dignité et une certaine responsabilité. Le respect qui m’est dû et le respect que je dois aux autres (être humain, vivants, créatures), correspond à celui qui est dû à Dieu lui-même et celui que Dieu lui-même manifeste pour son vis-à-vis, au sein de “Pâques”.

Lorsque je me découvre enfant de Dieu dans la communication pascale, je découvre aussi que je suis membre d’un peuple. Autrement dit, “être enfant de Dieu”, c’est toujours être en compagnie d’autres enfants.

En définitive, c’est constater qu’en Pâques, Dieu promet cette filiation à chaque être humain et que c’est en fonction de cette promesse que ma propre responsabilité doit se déployer.

Le contexte d’action des enfants de Dieu

Les enfants de Dieu participent de la communication pascale. Cette participation ne se fait pas dans le vide, mais présente quelques aspects déterminés.

La scène de l’action des enfants de Dieu est la création. Il s’agit de l’acte d’amour de Dieu dans son unité et sa totalité. Elle est l’espace-temps où se déploient les relations voulues par Dieu et où Dieu lui-même est “tout en tous” (1 Co 15,28). Celle-ci est déclarée bonne et elle attend son accomplissement dans la paix du Royaume. En “Pâques” Dieu reconfirme sa décision quand à sa Création.

Le mouvement auquel les enfants de Dieu participent est celui de la mission. Il s’agit du mouvement de Dieu dans son engagement au sein du drame qui traverse le monde. C’est un mouvement de lutte contre ce qui s’oppose à la volonté créatrice de Dieu et donc d’un mouvement d’amour. Dans ce mouvement, les enfants de Dieu se rassemblent comme églises et font signes vers le corps du Christ dans lequel Dieu a accomplit sa mission : l’unité de tous les enfants de Dieu au sein d’une création en paix, le royaume annoncé par Jésus-Christ, accomplit à Pâques.

Dans le contexte donné par la création de Dieu et la mission de Dieu, les enfants de Dieu doivent discerner les normes de leur propre action dans la communication pascale, à l’écoute de la lutte de Dieu en faveur de la bonté de la création. Ces normes ne se tiennent pas à disposition : les formuler et les assumer toujours à neuf fait partie de la vie des enfants de Dieu dans la lumière de Pâques.

La théologie accompagne et fait écho à ce processus de discernement en assumant une improvisation qui pour la communication pascale implique toujours les deux dimensions de la Loi et de l’Evangile. Elle est le jeu avec la sagesse de Dieu dans le monde.

Cheminer en tant qu’enfant de Dieu

On peut représenter l’engagement des enfants de Dieu dans la communication pascale par une différenciation de ses formes de concrétisation et par la mise-en-relation de ces formes. J’en propose trois.

Dans l’ascétique, l’individu ou le collectif s’expose à la transformation du soi portée par la communication pascale. Cette exposition peut prendre une forme régulée comme exercices spirituels ou dans le culte. Il s’agit peut-être là de ce qu’on entend habituellement par “spiritualité”.

Le droit ecclésial est la mise par écrit des normes provisoires que les enfants de Dieu reconnaissent pour leur propre engagement dans la communication pascale. Ce domaine ne se limite pas à être le champ de connaissance d’une norme écrite, mais est un exercice d’écriture et de réception de cette écriture constamment répété.

La gouvernance, ou la direction désigne l’épreuve de la responsabilité et de la dignité des enfants de Dieu au sein de la communication pascale. Elle comprend le moment de l’action décidée et la manière d’encadrer et de donner forme au processus décisionnel et à l’action qui en découle.

Ce sont trois concrétisations différentes de la communication pascale. En revanche on ne saurait les isoler les uns des autres. En somme, chacune de ces formes recouvre théoriquement l’ensemble de la communication pascale – mais elles perdent la force de concrétisation qui leur est spécifique lorsqu’on tente de les saisir dans leur recouvrement maximal.

Je veux au final indiquer un risque important de ce genre de recouvrement. Réduire la “spiritualité” (communication pascale) à la dimension ascétique risque d’amputer l’existence des enfants de Dieu du travail sur les normes et de l’exercice global de la responsabilité – dimensions indissociables de la “communication pascale”, dans la mesure où celle-ci révèle la bonté de la création et la manière dont Dieu s’engage dans sa mission en faveur de cette création.

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Cet article fait partie de la série Communication pascale où je traite de ma thèse de doctorat en théologie protestante. 

Tous·tes Théologiens·nnes !

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Je publie ici le texte d’une initiative qu’Etienne Guilloud – pasteur dans la paroisse réformée de la Dôle (Vaud) – et moi-même avons adressé au bureau du Synode de l’Eglise Evangélique Réformée du canton de Vaud en décembre 2020.

J’adjoins quelques commentaires en fin d’article.

Le texte peut être téléchargé en .pdf ici : Tous-tes Théologiens-nes !


Tous·tes théologiens·nnes ! – Discernement théologique dans l’EERV

Ce texte est adressé au synode de l’EERV de la part de Mrs. Etienne Guilloudi et Elio Jailletii.

Dans les notes de ce texte vous trouverez deux « définitions de travail » : une pour « théologie » et l’autre pour « identité théologique ». Une définition de travail ne vise aucunement à être définitive ou exhaustive. Elle est une proposition initiale qui permet de guider la compréhension du texte. Elle est soumise à une révision constante. Notre conviction est que chaque lieu de travail théologique est invité à formuler sa propre définition de travail du terme « théologie ». 

Préambules

D’après l’article 18 du Règlement Général d’Organisation de l’EERV, le synode assume la « responsabilité théologique » dans l’EERV. Le reste de l’appareil réglementaire de l’EERV ne donnant pas d’autres précisions à ce sujet, il faut considérer que chaque membre du synode a une part égale de cette responsabilité.

Les décisions prises au synode sont la conséquence des décisions individuelles. Chaque décision synodale comporte une dimension théologiqueiii et participe du « témoignage de l’Évangile en paroles et en actes » (Principes Constitutifs, pt. 5). Chacune de ces décisions trouve en Jésus-Christ « Sauveur et Seigneur » (Principes Constitutifs, p. 1) sa seule mesure et doit être un acte d’obéissance rendu à Jésus-Christ. La vérité quant à la justesse de l’obéissance ecclésiale est suspendue au jugement de Jésus-Christ. 

Cela a pour conséquence qu’il doit être garanti à chaque membre du synode de recevoir l’occasion de discerner sa propre position théologique sur un sujet discuté au synode, ainsi que les implications théologiques dudit sujet, afin de pouvoir assumer la responsabilité qui est la sienne et pour laquelle il·elle a été élu·e.

Problématique

L’EERV a adopté une structure décisionnelle analogue à celle des instances politiques démocratiques de la Confédération, avec un système de représentativité. Contrairement au synode de l’Église réformée du canton de Berne, il a renoncé à s’organiser sous formes de « fractions »iv. Ce choix organisationnel ne doit pas masquer la dimension politique des discussions qui ont lieu au synode.

Or, il nous semble que l’espace de la discussion politique ne suffit pas à offrir de bonnes conditions pour la constitution d’une position théologique personnelle, seule garantie de la responsabilité théologique de chaque membre du synode – d’autant plus que le synode est d’une composition mixte entre licencié·e et non-licencié·e en théologie et induit d’office un déséquilibre symbolique par rapport à la thématique théologique. Un corollaire de cette situation est la valorisation d’une forme de loi de la jungle où ce sont les voix les plus fortes, souvent dotées d’un bagage théologique académique, qui règnent sur l’argumentation théologique au sein des débats, renforçant l’idée que la référence à la théologie serait un privilège plutôt qu’un devoir.

Deux mots pour une structure

En tant que membres engagés dans l’existence de l’EERV, notre vœu est que le synode soit un lieu « coriace » et « compétent ». En son temps, juste après le désastre d’Apollo 1, Eugene F. Kranz, responsable du suivi de vol au sein de la Nasa avait choisi ces deux mots pour guider son département. Il les définit de la manière suivante : coriace (tough) veut dire que « nous sommes en permanence redevables pour ce que nous avons fait ou que nous avons failli à faire », tandis que compétent (competent) signifie que « nous ne prendrons jamais quoi que ce soit pour acquis ». Ces mots permettent de baliser un travail théologique sur le plan synodal qui se sait en permanence à l’écoute non seulement de son travail mais de l’impact de son travail, et qui exerce une réformation permanente.

Suggestion

Dans l’espérance que les décisions synodales soient prises avec le concours de l’Esprit-Saint doublé d’une « conscience captive de la Parole de Dieu » (Martin Luther) et non par la seule prestance oratoire, nous proposons :

  1. que les « séances préparatoires » du synode soient investies comme lieu de discernement théologique.
  2. que le synode travaille explicitement son identité théologique.

Discernement théologique

Pour une décision synodale donnée, chaque membre du synode doit pouvoir discerner les contours de sa propre position théologique et éventuellement ce qui peut la distinguer d’autres positions. Les « séances préparatoires » au synode offrent un cadre à ce travail.

Le discernement théologique est accompagné par un·e théologien·ne qui n’est pas membre du synode. Sa tâche est de permettre à chaque membre de discerner sa propre position par rapport à un sujet discuté au synode. Lors de la « séance préparatoire », sa structure d’animation doit être centrée sur les personnes individuelles et le développement de leur responsabilité théologique. 

Ces théologien·nes sont nommés·es au sein de chaque région ou service cantonal, et forment une équipe qui soutient, en partenariat avec le bureau du synode, l’explicitation des enjeux théologiques des sujets abordés en synode.v

Identité théologiquevi

L’EERV assume un pluralisme théologique de fait. Ce pluralisme trouve ses limites dans le cadre donné par les principes constitutifs. Cela concerne aussi le synode. En revanche, en choisissant de ne pas se structurer en partis théologiques, le synode de l’EERV doit travailler avec régularité son identité théologique. En régime de pluralisme théologique, l’identité théologique n’est pas une identité close, mais une identité ouverte en constante définition.

L’identité théologique du synode peut être travaillée par le biais de lectures communes. Celles-ci devraient permettre à chaque membre du synode d’approfondir : (1) sa réception des principes constitutifs ; (2) sa compréhension du pluralisme théologique en Église ; (3) son appropriation d’une théologie non-cléricale.

Ayant la responsabilité de la « vie spirituelle » de l’Église (Règlement d’Organisation, art. 19) il est de la responsabilité du conseil synodal de discerner les lectures communes du synode pour un temps donné.vii

Engagement

Les soussignés s’engagent à accompagner qui le souhaite dans la mise en œuvre de ces suggestions.   

Elio Jaillet

Etienne Guilloud


Commentaire

Je veux juste brièvement faire un écho personnel à la suite de ce texte. Il n’engage que moi.

Traditionnellement en protestantisme moderne, la théologie a pour fonction de former les futurs leader de l’Eglise. L’autorité des théologiens (essentiellement masculin à ce moment) découle de leur savoir. Je pense que ce temps est révolu.

La théologie n’appartient pas à des experts. Dieu se saisit de toute personne pour faire résonner sa parole là où il l’entend. En christianisme, toute personne ayant reçu le baptême de l’Esprit-Saint peut être porteuse de la parole de Dieu et la reconnaître là où elle ne pouvait en soupçonner la présence. Dorénavant, la théologie sera inévitablement plurielle.

L’autorité théologique ne sera donc plus celle de la personne “qui sait”, mais de la personne apte à faire accéder autrui à sa propre parole – et cela elle le fera peut-être en prenant la parole elle-même, lorsqu’on l’attend d’elle. Disposer d’un bagage de connaissances, maîtriser certaines compétences techniques peut aider. Mais ces éléments ne seront jamais une fin, ou même une nécessité, pour la posture théologienne.

En définitive, l’enjeu du discernement théologique dans l’EERV, c’est qu’en tant qu’Eglise, elle puisse prendre la parole pour le monde, afin que celui-ci cesse d’être muet, mais accède à sa propre parole, dans la Parole de Dieu.

L’autorité théologique du synode peut alors être comprise en ce sens : c’est le lieu où la parole de cette Eglise – celle qu’elle adresse au monde, qui est aussi celle qu’elle adresse à Dieu – prend forme, par les décisions qui y sont prises et donc aussi par la manière de les prendre. L’habitation de ce lieu reflète ce qu’il en est de la parole de cette Eglise et de la posture théologienne qu’elle incarne – que ce soit pour le service et la louange qu’elle est appelée à donner, ou pour son propre jugement et sa propre condamnation.

Je ne sais pas ce que le travail que nous allons faire va donner. Mais je me réjouis de me mettre en route – avec l’aide de Dieu.


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Pour quelques compréhensions alternatives de la théologie :

Pitiés ! Si vous avez des liens de théologiennes qui donnent leur compréhension de la théologie sur internet, indiquez les moi !

Notes de bas de page de l'article
  1. Pasteur dans l’EERV dans la paroisse de La Dole, membre du comité de la société vaudoise de théologie. Je cosigne ce texte suite à mes lectures des PVs et Live Tweets du synode où il me semble que les références à la théologie peinent à s’articuler de manière pertinente et déterminante dans la discussion synodale[]
  2. Membre actif de l’EERV, membre du comité de la société vaudoise de théologie et doctorant en théologie à l’université de Genève.  Je cosigne ce texte suite aux interpellations qui m’ont été adressées en tant que président de la SVTh, concernant la place de la théologie au sein du fonctionnement synodal et de la valeur accordée aux arguments dits « théologiques » lors des processus décisionnels dont le synode a la responsabilité. []
  3. À titre de définition de travail de la « théologie » pour le synode de l’EERV nous proposons : « tout discours, ou pratique qui par sa performance engage ‘Dieu’ ». De par sa mission et son fondement, tels que l’explicitent les Principes constitutifs, l’existence de l’Église dans la société vaudoise implique per se de la « théologie ». Il en va de même des actes et des paroles posées par son instance décisionnelle reconnue.[]
  4. Chaque « fraction » du synode bernois – exceptée la fraction « jurassienne » – représente une certaine position théologique au sein de l’Église[]
  5. Pour sa propre formation, cette équipe peut faire appel aux ressources théologiques à disposition en Suisse Romande: théologiens, théologiennes, facultés de théologie (Lausanne, Genève, Fribourg, Berne), instituts de formations théologiques (Cèdres Formation, Institut œcuménique de Bossey, Haute école de théologie, Centre foi & société, etc.), sociétés de théologie (atelier œcuménique de théologie, société vaudoise de théologie, Club des Cèdres, etc.), personnes de bonnes volontés et expertes dans les domaines concernés.[]
  6. Ce que l’on doit entendre par « identité théologique » est du ressort du synode plutôt que du nôtre. Toutefois nous estimons que la définition de travail suivante peut être utile : l’identité théologique du synode est l’ensemble des propositions dogmatiques qui nourrissent la réflexion synodal conjuguées à l’écoute permanente de leur vitalité dans nos lieux d’Église.[]
  7. Une lecture accessible et pertinente afin d’initier ce dispositif pourrait être : Picon Raphaël, Tous théologiens, Paris, Van Dieren, 2001. []

Sources de spiritualité

Carte des sources de spiritualité

Récemment le théologien Gilles Bourquin a publié un article La vie chrétienne et les autres sources de spiritualité. Je saisi l’occasion de cet article, publié sur son blog personnel, mais aussi chez Réformés, pour initier un bout de reprise et de dialogue autour de sa réflexion sur la spiritualité.

Un essai de compréhension

En écho de sa réponse

Les autres religions et sources de spiritualité peuvent-elles être une ressource positive pour la foi chrétienne? C’est ainsi que je reformulerais la question directrice de Gilles Bourquin dans cet article.

Je tente aussi une reformulation de sa réponse à cette question. Oui, dans la vie menée à la suite de l’appel du Christ, notre pèlerinage peut nous mener auprès d’autres pratiques et de formes de spiritualité (Lc 5,27 ; Mt 7,21 ; Mc 9,40). Sur l’arrière-plan d’un mouvement de sagesse inhérent à l’humanité, l’appel du Christ suscite une conversion constante à la vie de Dieu qui se manifeste dans lui et par lui. La radicalité du recentrement christologique de la foi chrétienne se fait au bénéfice d’un mouvement d’excentricité tout aussi radical.

Dans son rapport aux autres formes de spiritualité la foi chrétienne est donc dans une situation de discernement.

“Examinez toutes choses : retenez ce qui est bon ! “

1 Thessaloniciens 5,21

Ma réponse en écho

Pour ma part, je spécifierais encore plus loin. Dans la vie chrétienne, je suis appelé à discerner la pertinence de toutes pratiques, de toutes formes et de toutes sources de spiritualité, ou de religion.

“‘Tout m’est permis’ mais je ne me laisserai pas asservir par quoi que ce soit”

1 Corinthiens 6,12

Le recentrement christologique et la confiance en Dieu qui l’accompagne ouvre un chemin de liberté et de libération où toute forme d’aliénation est à dénoncer et à combattre. Le pèlerinage qu’est la vie chrétienne n’est ni contre, ni pour une tradition – même la sienne. Elle est pour le royaume de Dieu qui est annoncé dans la vie et la personne de Jésus-Christ.

Le mouvement dont atteste la foi chrétienne met en évidence l’oeuvre de la sagesse dans le monde (Pr 8,12-31 ; Jn 1,1-18), tout comme elle la soumet à jugement (1 Corinthiens 2,6-16). Elle interroge la perception que nous en avons et la manière que nous avons de la mettre en oeuvre..

Complément

Un prolongement que j’entrevois à l’article de Bourquin porte sur les critères du discernement. Lui-même met en avant l’articulation entre engagement dans la réalité quotidienne et renvoi à l’excès de la transcendance au sein de cette réalité.

Ce schéma offre un point de départ intéressant : il pointe en direction d’une dynamique. À mon sens il reste encore un peu abstrait. Qu’est-ce qui, dans la suivance de Christ, me met sur le chemin de liberté qu’il manifeste ? Comment est-ce que je fais pour ne pas transformer les différentes indications pratique qu’offre le témoignage rendu à de Jésus-Christ en une nova lex qui vient se substituer à la liberté ainsi provoquée ?

Je l’affinerais en ajoutant les points suivants : (i) l’espace dans lequel je peux discerner la fécondité des ressources offertes par d’autres traditions religieuses, ou spirituelles, est balisé par l’histoire de la personne qu’est le Crucifié Ressuscité : “Pâques” ; (ii) ma propre vie est l’espace dans lequel se rejoue et se redit “Pâques”.

C’est en exposant toute réalité à la communication pascale que le chrétien, la chrétienne, discerne la voie qu’ielle est appelée à prendre. C’est là pour moi une manière privilégiée de re-dire ce qu’est la spiritualité pour la foi chrétienne, afin que celle-ci continue à répondre de l’appel qui l’a suscité. Rien n’est à craindre en soi et par soi, mais tout est à soumettre à une même lumière, à une même histoire.

Questions

Si je devais prolonger la réflexion sur les autres traditions religieuse et de spiritualité pour la vie chrétienne, je poserai les questions suivantes :

La terminologie

Pourquoi, dans le discernement de la vie chrétienne, devrait-on faire usage des catégories de “religion” et de “spiritualité” ? Sont-elles nécessaires? Si non, pourquoi et si oui à quel titre ?

Cette question se pose, à mon sens à cause de deux phénomènes : (i) la production d’un discours sur les autres spiritualités ou religion pour situer le chemin sur lequel soit-même on se situe ; (ii) l’énonciation de typologies qui assignent une place spécifique à la propre position au sein d’un spectre de possibilités.

Qui ou Quoi la classification de certaines formes de vie et de certaines traditions à partir des catégories de la “religion” et de la “spiritualité” sert-elle ?

La définition

Quelle définition de la “spiritualité” sur l’arrière-plan d’une affirmation de l’universalité de la quête de sagesse ? Plus spécifiquement par rapport aux travaux antérieures de Gilles Bourquin, comment l’idée de “sagesse” s’articule-t-elle aux éléments de définitions qu’il a proposé dans sa thèse doctorale à partir d’une posture vitaliste ?

La spiritualité désigne […] la façon dont la vie personnelle s’assume à l’aide de repères culturo-religieux, ces derniers devant répondre de la vie et la porter, l’illuminer, la délivrer, lui conférer un statut corrélé à ses plus hautes aspirations.

G. Bourquin, Théologie de la spiritualité, 2011, p. 92

À cette proposition articulée sous forme de théorie de la religion, on peut ajouter la suivante, plus centrée sur l’expression doctrinale traditionnelle.

Dans le cadre du christianisme, le concept vitaliste de spiritualité désigne le déploiement temporel de la foi chrétienne et rejoint le concept traditionnel de vie chrétienne. Etant donné que le salut extrinsèque, obtenu par la seule grâce divine, ne soustrait pas le croyant à la vie temporelle, celui-ci développe nécessairement un modus vivendi qui intègre la foi dans le temps. C’est le vécu effectif de la foi qui désigne le concept de spiritualité chrétienne, lequel, ainsi défini, ne devrait souffrir d’aucun caractère optionnel ou annexe, mais constitue une question nécessaire et centrale pour la théologie chrétienne.

G. Bourquin, Théologie de la spiritualité, 2011, p. 265

Ce qui est au centre

Si le texte biblique demeure un élément fondamental pour le pèlerinage qu’est la vie chrétienne, à quel titre l’est-il ? L’est-il uniquement par tradition, ou l’est-il par foi ? Quel(s) rapport(s) entre ce texte et mon vécu (de foi) tel qu’il demande à être explicité et interprété jour après jour ? Par rapport à la réflexion sur les sources de spiritualité, quel rôle joue-t-il?

On peut trouver quelques réflexions personnelles que j’ai déjà mise par écrit par rapport à ce sujet dans deux articles, l’un sur les Ecritures en général et l’autre sur la Bible pour moi.


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Communication pascale (XI) – Identité narrative

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Spiritualité et identité

C’est dans la “spiritualité” que l’identité trouve son accomplissement et sa constitution et c’est par la “spiritualité” que l’identité est transformée.

L’identité c’est en somme la définition de ce que je suis dans les variations de mon corps et de mon esprit dans le temps. L’identité de “Elio”, c’est ce qui me définit entre mon plus jeune et mon plus vieil âge.

L’identité est composée d’éléments biologiques (l’ADN léguée par mes parents et la sphère écologique dont ils participent), sociaux et culturels (le contexte et les conditions sous lesquelles j’évolue).

Mais aucun de ces aspects ne peut définir définitivement mon identité. Cela vaut aussi pour les identités collectives. Il y a un moment de spontanéité et de liberté propre à mon existence et à celle d’autrui qui fait que “je” ne peux être réduit à une quelconque forme de détermination causale.

C’est dans la “spiritualité” qu’a lieu cette articulation entre les déterminations objectives de mon identité et la liberté qui se manifeste en et par moi. Pour la foi chrétienne, cela signifie que c’est l’Esprit de Dieu qui me détermine dans mon identité.

Identité et narration

De nombreux travaux en philosophie, en psychologie, en sociologie et en sciences sociales ont souligné l’importance du récit dans la constitution de l’identité.

D’une part, on peut dire à un premier niveau que par notre participation au milieu culturel ambiant, nous participons aussi aux récits qui le traverse. Par exemple, aujourd’hui la crise environnementale forme l’un de ces récits et en génère d’autres – par exemple des récits de fin du monde. Ce récit rentre en friction avec ceux qui sont liés au progrès de l’humanité – soit celui du capitalisme industriel et numérique, soit celui du trans-humanisme.

Sous cet angle, notre identité est en partie déterminée par des récits. Mais plus loin, c’est aussi par notre interactions avec des récits – mais aussi avec des symboles, des métaphores – que nous constituons notre identité, que l’individu ou le collectif donne forme à son “Soi”, formant “son” monde de vie.

Le récit offre des potentialités qui viendront informer l’agir de la personne. Les possibilités qui s’offrent au lecteur ou à l’auditeur dans le récit sont tant de possibilité pour ses propres actions. Ses actions et le récit qu’il y lie rendront témoignage de la personne que lui-même est.

L’identité narrative implique donc la liberté du soi. Le récit n’est pas simplement un schéma auquel se plie l’individu : il offre une ouverture et une réouverture constante pour la configuration de l’identité, dans laquelle se forge le soi, à l’épreuve de la liberté.

L’identité par Pâques

La notion d’identité narrative permet de penser la dimension dynamique de l’identité. C’est particulièrement précieux pour la foi chrétienne, qui affirme précisément l’identité comme étant déterminée par l’Esprit de Dieu : la formulation objective que l’on peut donner de l’identité n’épuisera jamais ce que l’Esprit peut faire d’une personne.

La thèse que je défends, c’est que c’est la communication pascale par laquelle l’Esprit constitue la personne dans son identité. Avec la notion d’identité narrative et la compréhension de “Pâques” comme récit, il devient possible d’expliciter le rapport entre activité et passivité dans cette communication.

Pâques est un récit que la foi chrétienne reçoit : par les Ecritures Saintes, par sa liturgie, par sa tradition. Ce récit lui-même est le fruit du témoignage que Jésus-Christ rend de lui-même et que Dieu lui rend en le ressuscitant et en donnant son Esprit aux apôtres.

Ce récit est un récit qui invite la personne qui l’entend à la recevoir. Mais cette réception ne peut se faire indépendamment de l’implication de la personne elle-même, au-travers de son action, de ce qu’elle en dit et de ce qui la fonde. “Pâques” est structuré autour d’une ouverture qui ne peut pas ne pas impliquer celui à qui se récit est adressé – que cela se manifeste dans le “oui” de la foi, ou le “non” de l’incrédulité.

Le “oui” donné à ce récit prend forme dans la vie de la personne et ne sera confirmé qu’avec sa propre mort, dans l’espérance de sa résurrection. De cette manière, l’exposition constante à Pâques est l’ouverture constante sur la configuration de l’identité personnelle dans l’action de l’Esprit-Saint.

Cette action ne se passe pas sans moi, mais elle me précède dans le récit, tout en m’amenant à porter ce récit ailleurs que là où je l’ai reçu et peut-être selon une autre forme, que celle dans laquelle je l’ai reçu.

Ma propre vie devient le récit pascal, dans un autre lieux et dans un autre temps, mais liant tout temps et tout lieux à Jésus-Christ, à son histoire et à sa vie. C’est de cette manière qu’en Pâques Dieu constitue et reforme l’humanité comme son vis-à-vis.

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Cet article fait partie de la série Communication pascale où je traite de ma thèse de doctorat en théologie protestante. 

(In)certitudes

forest trees marked with question marks

Des questions

Cette semaine je me suis senti interpellé par plusieurs situations.

Récemment, le pasteur retraité Pierre Farron a réagit au projet de législature du Conseil Synodale de l’Eglise Evangélique Réformée du canton de Vaud. Cette intervention s’inscrit dans un contexte de polémique à l’égard de ce projet. Le groupe Pertinence a également pris positions à l’égard de ce projet. Suite à cela, quelques-uns de mes proches et amis se sont fait interpellés par le pasteur résident de Crêt-Bérard, Alain Monnard. Quelle est la voix de la jeune génération dans cette discussion?

Sur Facebook, j’ai aperçu un post de la pasteure Nathalie Capo, relayé par le pasteur retraité Armin Kressmann. Ce post dit : “Les ‘jeunesses protestantes’ ont fondé Crêt-Bérard et Vaumarcus. Est-ce qu’il y a une relève?”

Ces deux questions font échos à d’autres situations.

Dans les facultés de théologie que je fréquente, on s’inquiète du manque d’inscrits en début d’études. Dans les lieux de directions et de gouvernances que je fréquente on se réjouirait de voir des jeunes.

Pourquoi répondre ?

D’abord, est-ce que j’ai même à me sentir concerné ?

Je vais vers ma trentaine. Je rentre dans le no-man’s land entre la vie de jeune adulte et la retraite. Suis-je la jeune génération ?

Mais quelque chose d’autre encore me gêne profondément dans la nature des questions et des interpellations. C’est très difficile de mettre des mots dessus.

  • impression de rentrer dans un piège si je réponds.
  • impression que d’emblée je n’aurais pas de légitimité dans ce que je peux dire.
  • impression que ceux qui interpellent ne savent pas ce qu’ils demandent.
  • Du vent

Eclatement

Je veux prendre ce qui se présente à moi au sérieux – ce qui implique que je ne dois pas le faire.

Là où il y a des affirmations, je vois et je sens de la dispersion, un fond qui se dérobe.

Là où il y a des interpellations, des demandes, des questions, je vois de l’arbitraire, des réflexes de survie.

Que quelqu’un pose quelque chose et il sera tout de suite renversé, à grand coup de légitimité.

Alors autant s’évader, profiter, faire autre chose, rêver un moment parce que le reste est déjà assez stupide comme ça.

Je ne veux pas être cynique. Je ne peux pas ne pas l’être. C’est ce que je porte avec ce que j’ai vécu.

L’écologie peut être unifie à nouveau. Mais là aussi, on ne doit pas être naïf : tout repose sur toi. Et tu seras jugé coupable, sans concessions.

Que Dieu convertisse mon coeur !

Désirs

Est-ce que ça veut dire que je n’ai pas de rêves, ou que ma génération n’aspire à rien? Sommes-nous nihilistes ?

Je ne crois pas.

De l’équité, de la véridicité, de la justice, de la cohérence et de la conséquence. Je tiens à ces termes. Comme je tiens avant tout au respect de la personne et plus loin au respect des réalités qui me sont mises entre les mains.

Je tiens à la collaboration et à ce que les personnes puissent s’épanouir et croitre dans leur personnalité et dans leur vie.

Je ne veux pas non plus être naïf. Je sais que la réalité est exigeante, qu’elle est le lieu d’une lutte. Je sais qu’elle est traversée de drames. Et c’est aussi pour cela que je me tiens où je me tiens – et je sais aussi que c’est insuffisant, que c’est partiel, que d’une manière ou d’une autre, c’est à côté de la plaque.

C’est pour ça que je tiens aussi au mot “sagesse” : qui ne renonce pas à rêver et à créer, à agir et à approfondir, même si tout lui dit de ne pas le faire.

Exigences

Alors,

je refuse le silence porté sur les inconséquence. Les réflexions, les actes et les paroles qui ne vont pas jusqu’au bout de la réalité qu’ils engagent m’insupportent au plus haut point.

je refuse ce qui entretient le flou. Les règles non-dîtes, les implicites et les assurances manipulatrices. Ce qui n’est pas dit écrase et étouffe les personnes qui veulent servir. J’abhorre la culture de l’implicite.

je refuse l’humiliation. Je l’ai trop subie. Je veux prendre le temps de comprendre, sans rabaisser. Je veux que la personne qui prend la parole soit respectée et préservée dans sa dignité. Je ne veux pas mettre les personnes face à des échecs programmés. Je hais celles et ceux qui font de l’humiliation un outil pour leurs propres intérêts.

je refuse la loi de la jungle. Nous n’y sommes pas contraints, nous n’avons pas à nous plier à cela et nous n’avons pas à la subir de la part de celles et ceux qui s’y sont soumis-es. Nous pouvons collaborer, nous pouvons construire, nous pouvons et devons expliciter, sans renoncer à réviser !

Qui est nous ? moi en tout cas, et je suis prêt à le croire pour les autres. Je vais me battre contre et pour tout ceux qui tournent la loi de la jungle à leur bénéfice quotidien – et que ce soit le combat de Dieu et non le mien, que j’aime mes ennemis et non que je les haïsse.

Et souvent j’échoue à refuser.

Pardonnes-moi mes offenses, comme je pardonne aussi à celleux qui m’ont offensé.

Des réponses

Pour l’instant je ne peux que répondre cela. Plus je n’en serai sans doute pas capable. Moins non plus.

Trop de pathos, trop d’égo, pas d’arguments. Tout ce que tu veux…

D’autres pourront parler je l’espère, librement. Et répondre sans répondre.

Et ailleurs, faire ce qui est à faire.


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Premier jeûne

Jeûne en marche

Presque au terme de ma première expérience de jeûne, je veux témoigner de ce vécu, sous ses différents aspects.

Contexte

Du 5 au 20 mars, j’ai fait un jeûne alimentaire. L’absence d’alimentation solide a commencé le 8 au soir et s’est terminé le 16 au matin. Je l’ai fait dans le cadre d’un projet oecuménique, Détox’ la Terre. J’ai donc pu vivre ce jeûne avec un groupe, avec des personnes de mon âge et un peu plus âgé.

Mon menu journalier était : 2.5dl de jus de fruit le matin, 2.5dl de bouillon fait maison à midi, de l’eau et des tisanes.

Motivation

Cela fait déjà quelques années que je me posais la question de vivre un jeûne alimentaire. Ce projet m’en a donné l’occasion.

Dans ma réflexion sur la “spiritualité” je mets en avant l’implication du vécu corporel. La “spiritualité” n’est pas qu’une affaire du mental, mais aussi du corps et des émotions.

Ce jeûne me donne donc l’occasion d’approfondir personnellement cette dimension.

Je m’interroge et m’inquiète aussi de nos modes de consommation.

La consommation fait partie de la relation à Dieu – la Cène est un moment de consommation. Mais il ne s’agit pas de n’importe quelle consommation : c’est une consommation qui me fait vivre pour glorifier Dieu et le servir.

Au regard de l’impact de mon mode de vie sur l’environnement, ce jeûne me donne aussi l’occasion de me recentrer et de discerner mes prochains pas par rapport à cet enjeu : une consommation pour vivre et non pour moi.

Petit bonus : il me donne l’occasion de ralentir un peu dans mon rythme quotidien – ce qui ne veut pas forcément dire que je fais moins, mais que j’écoute plus mon corps dans ce que je fais.

Vécu corporel

Je n’ai jamais fait de jeûne, mais j’étais serein et confiant au moment d’y entrer. Le premier jour était facile : j’avais la pêche, j’ai pu faire du sport. Les deuxième et troisième jours étaient un peu plus difficiles : des crampes à l’estomac et quelques vertiges. La suite s’est déroulé comme sur des roulettes.

Tous les jours j’ai pu faire une activité physique (marche ou sport) et me suis levé systématiquement à 7h30 et couché entre 22h et 00h. Les jours les plus “difficiles” n’étaient de loin pas insurmontable : il m’a juste fallu m’adapter à ce que mon corps vivait. Marcher plus lentement, prendre un peu de temps avec une bouillotte.

Physiquement je me sens mieux. Je souffre habituellement de reflux gastriques assez gênant, ou de lourdeurs à l’estomac. Tout cela était diminué dans cette période.

J’ai pu travailler normalement.

Vécu psycho-relationnel

On dit que le jeûne fait de la place à l’esprit. L’estomac travaillant moins, l’énergie du corps peut être plus investie ailleurs. Dans mon cas, je pense que c’est assez vrai. Les idées fusent, mais aussi la perception des choses.

C’est du coup aussi une tentation de faire plus de choses – mais si je vais trop vite dans des activités cérébrales, alors mon corps me rappelle à un moment donné à l’ordre. Je l’écoute et je me calme.

Sur le plan des émotions j’étais serein. Globalement, de la joie et de la paix, parfois un peu de tristesse et de mélancolie.

Relationnellement j’ai vécu de belles choses durant ce jeûne, notamment avec mon épouse. Je trouve que la qualité de l’attention que je peux porter à autrui est augmentée. Moins d’impatience, moins d’amertume – par contre j’ai aussi eu plus de peine à être focus.

Vécu spirituel

Je dirais que je prends conscience à quel point Dieu est déjà présent avec moi dans mon quotidien – cela confirme une certaine perception de ma conscience de cette relation.

Chez moi il ne s’agit pas de quelque chose de très expressif. Je ne pense pas qu’on va “voir” cette relation sur moi – en tout cas pas directement. Mais il s’agit pour moi d’intégrer Dieu dans l’ensemble des choses que je fais – aussi (surtout?) celles dont j’ai honte.

C’est aussi dans ma perception de la nature qui m’entoure : dans la présence de Dieu, les stimulations que je reçois par mes sens m’ouvrent à une dimension supplémentaire qui me lie à cet ensemble dont je participe – que ce soit du vivant ou de l’inerte.

J’ai déjà mon temps de lecture biblique quotidien et des temps de prière au fil des semaines. Avec l’équipe de jeûneur nous avons suivi un carnet de prière pour accompagner le jeûne. C’était un chouette complètement à ma pratique quotidienne.

J’ai l’impression que cette semaine de jeûne a augmenté sensiblement ces aspects, mais pas non plus significativement – c’est peut-être juste le contexte du jeûne qui m’a donné cette impression. Par contre elle m’encourage à discerner les prochains pas à faire avec Dieu dans ma vie et à faire de ce discernement un acte quotidien.

Au moment où j’écris ces lignes je ne suis pas encore arrivé au bout du discernement : il faudra que je le mette par écrit. Mais cela concerne en partie mon utilisation de matériel électronique (ordinateurs, consoles, etc.), ainsi que ma manière de préparer à manger – le fait de faire des bouillons maison m’ouvre des perspectives.

Interrogations

En amont de ce jeûne, dans le temps qui annonce Carême, j’ai vu passer un certain nombre de messages et de publications dénonçant le jeûne, de la part de protestant réformé.

Il y avait quelque chose d’une forme de mépris dans leur langage qui m’a interpellé – aussi parce que je me préparais à la perspective de ce jeûne. Il y avait aussi des voix pour – mais forcément pas aussi véhémente (en tout cas celles que j’ai perçu).

Je ne crois pas “faire de la justification par les oeuvres” avec ce que j’ai fait. Je ne crois pas non plus être quelqu’un de meilleur par le fait de jeûner. J’avais le désir de ce jeûne et je ne recommanderais à personne de faire un tel jeûne s’il n’en a pas le désir.

Je n’ai pas non plus cherché à faire “comme les catholiques”. Que cette affirmation au sujet du jeûne ressorte dans la discussion protestante m’a d’ailleurs profondément étonné, tant le jeûne n’est pas une pratique réservée au catholicisme (de loin pas!).

J’aimerais pouvoir rentrer en discussion avec ces personnes : pourquoi l’expérience que j’ai faîte semble si problématique, si abjecte, voire condamnable ? Il y a peut-être quelque chose que je ne vois pas, et pour l’instant je ne comprends pas la véhémence.

Ce qui est certain pour moi, c’est que le jeûne n’est bénéfique que s’il est un acte d’obéissance à la volonté de Dieu donnée dans l’Esprit. S’il est un acte d’obéissance à la loi des hommes, alors il manque sa cible.

Et pour vous, le jeûne c’est quoi ? Un pieux fourvoiement, une partie essentielle de l’hygiène spirituelle ?

N’hésitez pas à partager votre expérience!


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Communication pascale (X) – Communication pascale

La communication pascale est entre nos mains

Ce que je défends dans ma thèse, c’est qu’en théologien-ne protestant-e on gagne à comprendre la “spiritualité” comme étant la “communication pascale”.

Dieu se communique en “Pâques”

Dans notre réalité, Pâques fait signe vers l’action de Dieu à l’égard de l’humanité. Son action est créatrice, réconciliatrice, libératrice. “Pâques”, c’est la manière dont la foi a de témoigner de cette action, en tant qu’elle se poursuit encore aujourd’hui et qu’elle est promise pour demain.

En “Pâques” Dieu se révèle comme “amour”, comme le Dieu qui se rend présent auprès de sa création, de son peuple, de ses enfants. “Se donner”, “se communiquer” ou “nourrir la relation” font fondamentalement partie de l’être de Dieu. La foi chrétienne, sur la base du témoignage scripturaire, reconnaît Dieu comme étant “Père, Fils et Saint-Esprit”. La doctrine de la Trinité est une manière de témoigner du Dieu qui est amour.

Dans ma manière de le comprendre, “Pâques” est avant tout un récit, que l’on peut raconter par des images, par des textes, par des discours. Mais c’est surtout un récit qui se présente dans nos vies.

La personne constituée par la communication

L’être humain est un être constitué par la communication. Les interactions, le langage, les actes symboliques, les engagements, etc. tout cela fait partie de ce qui fait d’une personne la personne qu’elle est. Il en va de même pour les collectifs – quelle que soit leur nature.

Une approche systémique peut partir de la biologie, voir de la cosmologie et de la physique, pour montrer cela : le vivant et le monde est constitué de relations et d’interactions manifestes ou discrètes. Le fonctionnement de nos cellules témoigne a minima de cela.

En disant cela, on ne dit encore rien du bien ou du mal. Mais celui-ci est également présent par la communication. Dans notre liberté – ce que nous disons et faisons en tant que personne – se dit le bien et le mal. Nos actions comme nos paroles participent de la communication du monde et du vivant. Mais au sein de cette communication, elles témoignent d’une spontanéité qui ne se laisse pas réduire à une explication du système. La personne est fondamentalement “libre”.

Cette dernière affirmation est indissociable d’une affirmation théologique : l’être humain est imago dei. Affirmer que l’être humain est libre, c’est affirmer quelque chose sur Dieu – même si on ne sait pas encore de quel Dieu il s’agit.

Dieu nous fait participer à sa communication

Pour la foi, la communication humaine – celle de toute création – est fondée et constituée par la communication de Dieu lui-même. Pour la foi des disciples de Jésus, c’est en lui que cette communication se (re)présente dans le monde et s’étend à sa totalité. Les disciples participent de cette communication : parce qu’en Jésus, Dieu se montre et montre qu’il a toujours désiré nous faire participer.

“Pâques” est cet acte de communication de Dieu à l’égard de sa création, de ses enfants, de son peuple. Par cet acte Dieu veut constituer la communication humaine, l’orienter, la mener à son accomplissement. De fait, il transforme la communication humaine telle que nous la connaissons et la mène sur des voies inouïes : qui sont toujours des voies de la liberté. Cet acte de Dieu, c’est la “communication pascale”. Et c’est de ça que l’on parle quand on parle de “spiritualité”.

Dieu non seulement agit à notre égard, mais nous rend actif nous-mêmes en nous permettant de participer à sa communication. C’est cela que veut dire être une “personne”. Être une personne, c’est existe comme Dieu, dans la communication, se donnant librement au sein de cette communication. Nous devenons “personne” dans la réponse que nous donnons à l’appel que Dieu, en personne, nous adresse.

Le récit présenté en “Pâques” constitue notre identité, l’ouvre et la renouvelle encore et encore. De cette identité fait partie le fait que nous témoignons (ou non) du récit qui nous constitue, de ce que dans nos paroles et nos actions nous prenons part à la communication pascale.

Pour lea théologienne, lorsqu’ielle parle de “spiritualité” c’est sa participation à la communication pascale est en jeu. Ce qu’ielle dit de la “spiritualité” rend-il témoignage de la communication de Dieu, le poursuit-elle ? Etait-ce le souffle de vie ? Ou n’était-ce que du vent ?

Cette question est celle de la foi, toujours relancée par la communication pascale.

Un témoignage scripturaire

15 Le Christ est l’image visible du Dieu invisible. Il est le Fils premier-né, supérieur à tout ce qui a été créé. 16 Car c’est par lui que Dieu a tout créé, dans les cieux et sur la terre : ce qui est visible et ce qui est invisible, les puissances spirituelles, les dominations, les autorités et les pouvoirs. Dieu a tout créé par lui et pour lui ! 17 Il existait avant toutes choses, et c’est par lui qu’elles sont toutes maintenues à leur place. 18 Il est la tête du corps, qui est l’Église ; il est le commencement, le Fils premier-né, le premier à avoir été ramené d’entre les morts, afin d’avoir en tout le premier rang. 19 Car Dieu a décidé d’être pleinement présent en son Fils 20 et, par lui, il a voulu réconcilier l’univers entier avec lui. C’est par le Christ, qui a versé son sang sur la croix, qu’il a établi la paix pour tous, sur la terre comme dans les cieux.

21Vous aussi, vous étiez autrefois loin de Dieu, vous étiez ses ennemis, à cause de tout le mal que vous pensiez et que vous commettiez. 22 Mais maintenant, par la mort que son Fils a subie dans son corps humain, Dieu vous a réconciliés avec lui, afin de vous faire paraître devant lui saints, sans défaut et irréprochables. 23 Cependant, il faut que vous demeuriez dans la foi, fermement établis sur de solides fondations, sans vous laisser écarter de l’espérance qui vient de la bonne nouvelle que vous avez entendue. Cette bonne nouvelle a été annoncée à tout ce qui a été créé, et qui se trouve sous le ciel, et c’est de cette bonne nouvelle que moi, Paul, je suis devenu le serviteur.

Epître aux colossiens 1,15-23 – Nouvelle Français Courant

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Cet article fait partie de la série Communication pascale où je traite de ma thèse de doctorat en théologie protestante.

Communication pascale (IX) – Pâques comme récit

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Dans “communication pascale”, il y a “Pâques”. La “spiritualité” c’est la poursuite de “Pâques” dans notre communication et dans ce que cette communication a de constitutif pour les personnes que nous sommes.

Dans cet article je développe ma compréhension de “Pâques” comme récit ressourçant de la vie chrétienne.

L’histoire de l’action de Dieu avec et pour nous

“Pâques” présente l’histoire de Dieu avec et pour nous. Que ce soit sous forme de fête, dans l’iconographie ou dans la littérature : pour la foi chrétienne “Pâques” présente l’action de Dieu à l’égard de l’humanité dans l’humanité. L’être humain peut participer de cette action. Il en fait partie, parce que Dieu lui donne d’en faire partie.

Mon hypothèse est que nous gagnerions à comprendre toute spiritualité chrétienne comme une “communication” de “Pâques”, telle qu’elle a eu lieu en Jésus-Christ.

La manière la plus pertinente pour présenter “Pâques” aujourd’hui est, je pense, celle du récit.

Schéma quinaire

Il s’agit d’une grille d’analyse des récits narratifs formalisées par Paul Larivaille. Vous vous en souvenez peut-être de vos années d’écoles sous le nom de “schéma narratif“.

  1. La situation initiale – état d’équilibre (i).
  2. L’élément déclencheur – perturbation de l’équilibre.
  3. Le déroulement – série d’action, de pensées et d’événements qui font avancer l’état de déséquilibre vers un état d’équilibre.
  4. Le dénouement – événement ou action qui mène à l’équilibre.
  5. La situation finale – état d’équilibre (ii).

Cette proposition d’analyse du récit vise une situation d’équilibre. En ce sens elle n’est pas représentative de l’ensemble des possibilités de récit, qui ne terminent pas sur un équilibre ou qui n’offrent pas de résolution.

“Pâques” ne se laisse évidemment pas réduire à ce schéma. En même temps, il permet de mettre en évidence certaines spécifiâtes de “Pâques” comme récit.

“Pâques” comme récit

Je propose la structuration suivante de “Pâques” comme récit. Avec cette proposition de structure, j’indique que “Pâques” peut se raconter concrètement de différentes manières. Mais l’identité de structure est ce qui établirait le lien entre ces différentes formes.

(i) Situation initiale : la vie dans l’Esprit

Au départ se trouve toujours une vie vécue dans le don de l’Esprit de Dieu. Il n’y a pas de récit de vie sans que l’Esprit n’ait déjà été donné. Dans les évangiles, cela correspond à l’idée que Jésus a été conçu par l’Esprit-Saint ou qu’il reçoit l’Esprit-Saint lors de son baptême.

(ii) Elément déclencheur : l’appel de Dieu.

Ce qui met cette vie en mouvement, c’est que Dieu appelle la personne, le protagoniste. Avant que Dieu ne fasse résonner son appel, il n’y a que la vie dans l’Esprit, mais il n’y a pas encore d’histoire de cette vie.

(iii) Déroulement : réponse de la personne appelée

Ici beaucoup de choses peuvent se passer. La vie humaine est formée par la réponse qu’elle donnera à l’appel que Dieu lui adresse. On ne peut savoir par avance quelle forme prendre le contenu de cet appel.

(iv) Dénouement : croix

Ce moment est significatif pour la compréhension du récit pascal. Le fait que la “croix” opère comme dénouement du récit pascal le lie irrémédiablement à l’histoire de Jésus. Il est et restera le Crucifié. Tout récit pascal se termine avec la croix et pas sans elle. Quand on se sait engagé dans le récit pascal, on sait que le terminus en est la croix.

(v) Situation finale : la vie éternelle

Il s’agit là de la vie avec Dieu. La réponse de l’être humain à l’appel de Dieu qui se clôture avec la croix débouche sur la vie éternelle. La “vie éternelle” c’est ce que “Pâques” représente dans son état final et c’est ce que Dieu vise dans son action à notre égard.

Quelques remarques

(i) “Pâques” en tant que récit donne forme à la “spiritualité” comme “communication”. En “Pâques” l’identité de la personne est formée et transformée. Ce récit qui lui est d’abord offert à lire est appelé à devenir la forme de son propre récit de vie. “Pâques” se redit et se communique dans la vie de chaque personne qui lui fait crédit. La notion d’identité narrative est fondamentale pour comprendre ce processus.

(ii) Vous aurez remarqué que la “résurrection” semble être absente de ce schéma narratif. Etrange alors que Pâques est la fête du Crucifié-Ressuscité ! C’est que la “résurrection” ne peut être enfermée dans un schéma. Elle est le passage insaisissable d’un récit qui se termine sur une croix et qui débouche sur la vie éternelle. En ce sens, la résurrection est toujours-déjà la “Pentecôte”, le don de l’Esprit qui nous ramène au début du récit.

(iii) La situation finale de “Pâques” n’est pas à proprement parlé un état d’équilibre. Les évangiles nous le présentent systématiquement comme l’occasion d’une relance, d’un appel qui se répercute à un deuxième niveau : celui du lecteur.

(iv) “Pâques” ne doit pas être dissocié de ses origines dans l’histoire commune d’Israël et de son Dieu. Elle est et reste premièrement la commémoration de la libération des chaines de l’esclavage (Ex 12,1-14).

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Cet article fait partie de la série Communication pascale où je traite de ma thèse