Fille et Fils de Dieu

Baptême du Fils de Dieu

Car vous êtes tous enfants de Dieu par la foi qui vous lie à Jésus Christ. 

Galates 3,26 (NFC)

Cette affirmation est fondamentale pour moi. Elle fait écho à une autre affirmation, que l’on retrouve dans les évangiles : “Tu es mon fils bien-aimé ; en toi je trouve toute ma joie” (Marc 1,11).

Peut-être connaissez-vous ces phrases comme liées au contexte du baptême. C’est là qu’on aura sans doute le plus de chance de les entendre. Les deux versets que je viens de citer renvoient d’ailleurs à ce contexte. Mais ces mots ne sont pas enfermés dans cette fête et dans cet événement : ils mettent en lumière l’ensemble d’une vie, ils lui donnent une orientation très précise.

Un écho dans ma vie

Dans un article précédent j’écrivais “Récemment j’ai découvert en profondeur ce que ça veut dire que d’être enfant, ou fils de Dieu.” (De Heal à Tank)

Dans une bonne partie de mon récit de vie, je suis quelqu’un de profondément angoissé : peur de décevoir, peur de déplaire, peur d’être rejeté, peur de ne pas être aimé ou aimable. Il faut “faire juste”, il faut que ce soit “parfait” du premier coup – pas le droit à l’erreur.

Comment faire preuve d’initiative ? Comment dire “non” à quelque chose que je n’accepte pas, qui ne me semble ni juste, ni bon, ni beau? Sous ces conditions, je n’ai pas non plus le droit de renoncer à une tâche, à un engagement qu’on me propose. C’est quelque chose d’assez handicapant – surtout si par ailleurs j’ai des pulsions de créativité, un désir de cohérence et de justice, ainsi qu’un désir de compréhension des personnes et des réalités qui se présentent à moi.

Il y a deux ans encore, dans le contexte de l’organisation d’un colloque et de mon engagement dans divers choses pour la théologie, ces dispositions me tourmentaient fortement.

Mais je n’avais, je n’ai et je n’aurai pas à y rester enfermé.

Au tournant

Je veux remercier ici les personnes qui m’ont accompagné dans la découverte de ma propre capacité d’action et de ma dignité fondamentale. Mais je suis aussi fondamentalement reconnaissant de pouvoir faire mon travail en théologie, de me frotter continuellement à des textes qui annoncent un autre message que celui de mon enfermement dans l’angoisse.

Par la foi au Dieu révélé en Jésus-Christ, je découvre que je suis encore tout autre chose que ce que j’ai pu expérimenter de moi-même jusque là. Et je découvre aussi que je suis fondamentalement tout autre chose que ce que j’ai pu penser de moi, que ce que je peux penser de moi, que ce que je pourrai encore penser de moi à l’avenir. Je suis infiniment plus digne que toute la dignité que moi-même ou une autre personne peut m’attribuer.

Par la foi, je peux entendre que je suis Fils de Dieu, que je participe de l’héritage de Jésus-Christ.

Ce que ça ne veut pas dire

C’est une grosse affirmation qui peut prêter à passablement de confusion. “Être Fils de Dieu”, ce n’est pas quelque chose que l’on possède – c’est quelque chose que l’on entend et que l’on reçoit à vivre, parce qu’un autre nous l’a dit, nous le dit et nous le dira.

Être Fils de Dieu,

  • ne me rend pas immortel. Je vais aussi mourir.
  • ne légitime aucun orgueil. Ma dignité ne surpasse pas et ne surpassera jamais celle des autres.
  • ne veut pas dire que “je fais ce que je veux”. Je suis soumis au triple commandement d’amour (Matthieu 22,36-40) et au service qu’il implique.
  • ne me rend pas “intouchable”. Je suis responsable de mes erreurs, du mal que je fais – que ce soit consciemment ou non.
  • ne fait pas de moi autre chose qu’un être-humain. Je ne suis pas “Dieu”.
  • n’annule pas le fait que j’ai grandis dans une famille précise, dans une culture précise, dans un pays particulier, etc. Je ne peux pas nier mon contexte.

Ce que ça veut dire

D’un autre côté, cette affirmation – ce don ! – a un impact très concret. Croire que cette parole est vraie – ce qui veut dire, croire que Dieu s’est révélé, se révèle et se révélera en Jésus-Christ – ça change tout.

Être Fils de Dieu veut dire que

  • J’ai une sphère de responsabilité qui m’est propre. Dans cette sphère je n’ai pas besoin de la validation d’autrui pour agir et décider. Je peux poser des actes et des décisions, parce que Dieu me le permet.
  • L’identité contextuelle qui m’est donnée à la naissance n’a pas le dernier mot sur qui je suis. Il en va de même pour celle qui m’est donnée dans mon parcours de vie Dieu et personne d’autre a le dernier mot sur mon identité personnelle.
  • J’ai toujours la possibilité de dire “non” à quelque chose. Ce qui veut dire que j’ai aussi la possibilité de dire authentiquement “oui” à quelque chose. Parce que Dieu a clairement dit son “non” et son “oui” en Jésus-Christ.
  • Je suis intrinsèquement aimé et aimable. Je peux aimer, parce qu’en Jésus-Christ il m’est dit et que je vois que Dieu m’a aimé, m’aime et m’aimera.
  • Je peux vivre et accueillir mes émotions, la complexité et les contradictions de ma personnalité. Parce que Jésus-Christ les a vécu et qu’il est Fils de Dieu.

Ces éléments me portent et m’accompagnent dans ma vie de tous les jours.

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La Bible pour moi

Bible

Au départ de mes études de théologie, la Bible était un objet un peu distant pour moi. J’étais relativement convaincu que la théologie se fait essentiellement avec des outils philosophiques. On pourrait faire de la théologie sans le texte biblique.

Arrivé à ma troisième année de doctorat et ayant vécu deux-trois choses dans l’intervalle, c’est différent.

Je propose une relecture en deux temps – inspirée par une proposition d’animation de catéchisme de la pasteure Corinne Méan : (1) Comment je lis la Bible ; (2) Ce que j’y trouve.

Olivier Keshavjee (Theologeek) et Philippe Golaz (Théologiquement vôtre) se sont également prêtés à l’exercice. Je vous recommande la lecture de leurs propositions !

Comment je lis la Bible

Aujourd’hui j’utilise assez souvent le texte biblique et il me semble de trois manières principales.

Ma lecture personnelle

Tous les soirs je prends un temps de lecture de la Bible avec l’aide du guide de lecture Pain de ce jour.

Je le considère comme une forme d’exercice quotidien, une règle que je me donne de suivre.

J’y trouve l’occasion de m’exposer, jour après jour, à une parole que je n’ai pas choisie. Avec l’aide du lecteur, je suis amené à parcourir et (re)découvrir des textes bibliques que je n’aurais pas lu de ma propre initiative.

Pour moi l’enjeu n’est pas que le texte ou le commentaire qu’en offre le guide de lecture me “parle” à chaque fois. Des fois il me parle, des fois non et ce n’est pas grave. L’enjeu c’est d’avoir cette régularité quotidienne de l’exposition au texte – dans laquelle peut survenir quelque chose d’imprévu.

C’est une forme d’exercice de fond de l’âme et de l’esprit. Il est analogue au fait d’aller régulièrement à la salle de sport.

Dans mon travail

Mon travail de doctorat n’est pas dans le domaine de l’exégèse. Je n’ai donc pas directement la Bible pour objet. Par contre elle est pour moi une référence importante, au moins pour deux raisons.

Elle est une source d’inspiration par rapport à certains problèmes et à certains thèmes que je traite dans ma thèse. Par la lecture du texte, je trouve des idées et des intuitions qui font avancer mon travail. Ceci n’apparaît pas forcement dans le travail final.

Elle me donne une sorte de lexique et de grammaire pour développer la dimension “religieuse” que je travaille dans ma thèse. Ceci devrait apparaître dans le travail final.

Ces deux dimensions interviennent aussi quand il s’agit d’organiser une célébration, une formation, d’offrir un service, de prier, etc.

Prêcher et commenter

Il m’arrive aussi de monter en chaire le dimanche matin. Avec la communauté, la Bible m’offre la matière du discours que je suis amené à proposer à l’assemblée. Je vais dire quelque chose aujourd’hui en référence ou en écho à un texte qu’on aura entendu ensemble. Lorsque je prêche la Parole de Dieu, je le fait à partir du texte biblique.

Je suis aussi parfois sollicité pour commenter le texte biblique. C’est-à-dire : offrir un regard, un écho ou une explication au sujet d’un texte de la Bible. Parfois la prédication peut devenir un tel commentaire. À ce moment là je fais un travail d’exégèse. Je reprends le texte dans ses versions antiques. Je le traduis, j’essaie d’en dégager un sens. À ce moment se produit ce moment mystérieux où de mon travail avec le texte adviennent des mots, une parole, une idée, une image, etc. qui expriment quelque chose de la réalité d’aujourd’hui ou qui s’adresse à cette réalité. Dans ce contexte, la Bible se fait Ecritures.

Ici la Bible est avec moi et j’essaie de prendre soin de son altérité. Mais dans la prédication ou le commentaire je dis encore autre chose que ce que l’on trouve dans la lettre du texte biblique.

Ce que je trouve dans la Bible

L’histoire de Dieu avec les humains

Dans la Bible il y a bien des histoires, ou plus précisément des “narrations”. On trouve aussi des “chroniques”, des récits qui rapportent des événements. Mais pour la foi, elle raconte et met en scène l’histoire commune entre Dieu et l’humanité.

Elle ne le fait pas uniquement sous le mode de la narration, mais aussi sous le mode de la poésie, de la rhétorique, du mythe, du texte législatif, etc.

C’est une histoire faîte d’espérance, de drame, de souffrance, de joie, de travail et de repos. Elle reprend toute la densité de l’existence humaine dans le monde. Dans son ensemble, il s’agit d’une histoire de création, de réconciliation et de libération. Cette histoire est sous-tendue par une promesse : celle d’une relation pleine entre Dieu et l’humanité, dans une création en paix où règne la justice.

Pour la foi, l’histoire qui est racontée dans la Bible met en lumière l’histoire qu’est ma propre vie. Ce que je vis maintenant, ce que je peux en dire et en faire, j’en trouve un témoignage humain dans le texte biblique. Ce témoignage pointe au-delà de lui-même vers la vérité de ma propre histoire avec Dieu.

Sur ce point je me sens très proche de ce qui est développé par le Bible Project.

Des mots pour mettre en lumière ma vie

Il y a des choses dont on doit constamment réinventer la formulation : dire merci, demander pardon, souhaiter quelque chose de bon à quelqu’un, exprimer ma douleur, ma crainte, ma joie, prier.

Au-travers de ces différents actes, je ne fais pas que “dire quelque chose” : je me dis toujours moi-même en remerciant, en exprimant quelque chose, en demandant pardon. Je dis qui je suis dans l’état actuel de ma vie. Et je vis dans l’espérance qu’à un moment ce ne soit plus moi, mais Dieu qui trouve la parole et que je lui ait laissé la place.

Lorsque ce langage se fait religieux, j’essaie de dire qu’il y a quelque chose qui me dépasse dans le “merci” que je donne. Il y a plus que “moi” ou celui à qui je l’adresse dans ce “merci”.

Mais il y a constamment un échec des mots face à la plénitude de ce que l’on tente de dire, voire même une trahison ou une perversion.

La Bonne Nouvelle, c’est que nous pouvons quand même le faire, que nous avons le droit de jouer à ce jeu, tout en sachant que nous ne gagnerons pas la lutte lorsqu’elle se présente.

Dans ce cadre, la Bible est une boîte dans laquelle piocher pour jouer. J’y trouve des mots, des expressions et des images pour dire ce que j’ai à dire. Ce ne sera jamais la manière ultime de dire telle ou telle chose : mais j’ai le droit d’essayer, de tenter des manières anciennes et nouvelles de dire ce que j’ai à dire en piochant dans le trésor du texte biblique.


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Voir aussi :

La danse de la responsabilité

Choix responsable

Message pour la capsule La paroisse vous rend visite

26.05.2020 révisé le 19.07.2020


Marge de manœuvre

Nous avons vécu un (semi-)confinement. Nous en sommes sortis. Maintenant nous sommes en train de danser avec les pics de contagion. Pour l’instant, nous ne sommes plus confinés. Mais nous sommes encore rappelés à notre responsabilité.

Hors confinement, on dispose d’une plus grande marge de manoeuvre. On gagne un peu en liberté. En confinement le rythme est dicté par un certain nombre de contraintes, imposées par les autorités en charge. L’espace, le temps et les relations sont restreintes et normées.

Une fois les mesures restrictives levées, on peut retourner travailler. On peut sortir plus souvent et plus longtemps, se rendre visite ou partir en vacances. On est à nouveau physiquement les uns avec les autres.

Mais ce n’est pas évident.

On sait qu’il nous faut maintenir une certaine prudence. Individuellement et collectivement, nous avons encore une grande part de responsabilité dans la lutte contre la pandémie. Celle-ci n’est pas terminée. Quelques rappels : l’obligation de porter le masque dans de nombreuses zones publiques, ainsi que la “liste rouge” de zones présentant un haut taux d’infection.

Hors confinement, c’est notre liberté qui est soulignée. Mais elle ne vient pas sans responsabilité. C’est les traits d’une forme de liberté du quotidien. C’est la liberté de ceux qui ne sont pas emprisonnés, ni confinés dans un espace précis. Une liberté dans l’espace va aussi avec une liberté de temps et une liberté de relation.

Responsabilité face aux contradictions

L’une des conséquences de cette liberté du quotidien, est que nous sommes plus souvent confrontés à des contradictions. Ce sont elles qui provoquent notre responsabilité.

Cette situation de liberté quotidienne nous donne l’occasion de vivre de manière plus manifeste un certain nombre de valeurs fondamentales : la relation, la solidarité, la joie partagée, la communauté, l’amitié.

La liberté quotidienne offre la possibilité de rencontres festives. Je pense ici par exemple à des mariages, aux fêtes estivales ou de fin d’année – le culte rentrerait aussi dans cette catégorie.  

Mais peut-on vivre pleinement l’amitié et la joie dans ces moments de fêtes, alors qu’il faut respecter deux mètres de distance physique ou porter des masques ? Responsabilité et fête ne semblent pas aller ensemble…

D’un côté j’ai les options offertes par ma liberté quotidienne et les valeurs qu’elle permet de réaliser (amitiés, convivialité, etc.). De l’autre j’ai les règles qui me sont recommandées, ou imposées, du fait que je participe de la lutte d’un même corps social. A elles sont liées un certain nombre de valeurs (solidarité, santé, etc.). Ma responsabilité va être manifestée par les choix que je vais faire et les discriminations qui les accompagnent.

La situation de pandémie est une situation de lutte parmi d’autres. Guerre armée, concurrence commerciale ou culturelle, solidarité face à la précarité, survie face à l’environnement, etc. La crise provoquée par la pandémie ne met en avant qu’un horizon de lutte parmi d’autres.

La contradiction entre ces deux horizons me mène à devoir faire des choix, à privilégier certains éléments par rapport à d’autres, à préférer certaines valeurs à d’autres.

Le cas du mariage

Le 4 juillet 2020, j’étais censé co-célébrer un mariage d’un couple d’amis à moi. La situation imposée par la pandémie a forcé ce couple à peser le maintien ou non de la célébration à la date prévue. Le résultat de cette pesée a mis en avant certaines valeurs du couple par rapport à d’autres.

Dans cette situation, plusieurs questions pouvaient e poser (ce n’étaient pas forcément les leurs).

Est-ce que je fais quand même le mariage, au prix de ne pas pouvoir pleinement faire la fête ? La distanciation physique, le port du masque, les angoisses qui viennent avec la situation de pandémie… cela peut inhiber beaucoup de ce qui fait la joie d’une célébration ! Suis-je prêt à payer le prix de cette responsabilité?

Peut-être que je ne veux pas renoncer maintenant à la joie et à l’amitié qui accompagnent le mariage, mais j’accorde aussi de l’importance à la santé de mes proches.

Est-ce que je suis prêt vouloir sacrifier un peu de ce qui fait la joie de la célébration d’un mariage pour pouvoir quand même faire la fête ? Ou bien est-ce que je choisis de pleinement faire la fête et de laisse tomber tout le respect des consignes de sanitaires ? ou encore, est-ce que je renonce à faire le mariage maintenant pour la faire une autre fois, plus tard, lorsque la situation sanitaire aura changé ?

Devoir discerner sa responsabilité

Le couple qui veut célébrer son mariage se retrouve dans la situation de devoir discerner. À quelles valeurs est-ce nous voulons donner la priorité et dans quelle mesure voulons-nous suivre, ou non, les règles qui nous sont données? La réponse à ces questions constituera la responsabilité du couple.  

Ce n’est pas une situation nouvelle : toute notre vie nous sommes amenés à devoir faire des choix. Soit respecter certaines règles, soit briser certaines règles, afin de réaliser des valeurs fondamentales.

L’Évangile nous propose ici un chemin de discernement.

Que votre façon de vivre soit inspirée par l’amour, comme le Christ aussi nous a aimés et a donné sa vie pour nous, comme une offrande et un sacrifice dont l’agréable odeur plait à Dieu

Epître aux Ephésiens 5,2.

L’amour

L’amour n’est pas juste un sentiment. C’est une manière de cheminer dans nos relations et de se poser comme partenaire dans nos relations.

Quand on regarde la vie de Jésus, on voit que l’amour s’exprime le plus fortement dans le don de soi.

L’amour, pour Jésus c’est le fait de vivre une vie non pas centrée uniquement sur lui-même, mais une vie orientée vers les autres, vers Dieu. C’est dans cette double orientation qu’il trouve sa propre identité. Pour la foi chrétienne, dans la vie de Jésus, il n’y a pas de concurrence entre ces trois pôles que sont le prochain, Dieu et soi-même.

Ce cheminement offre un équilibre à tenir. Du fait qu’il est cheminement, cet équilibre est toujours remis en jeu, dynamisé et déséquilibré. La responsabilité individuelle ou collective prend forme dans ce cheminement.

Il n’y a pas de valeur qui tiennent de manière absolue. Il y a toujours une mise en perspective de nos valeurs par rapport à ce cheminement de l’amour et de l’équilibre dynamique entre les trois pôles qu’il implique.

Discerner le chemin à prendre dans la liberté quotidienne, c’est peser dans ce que je fais, comment je rends honneur à la fois au prochain qui me fait face, à Dieu qui nous rassemble et à moi-même comme fils ou fille bien aimée de Dieu. À partir de ce discernement, quelles sont les valeurs qui gagnent en importance pour tenir cet équilibre dynamique ?

Ton discernement

Ce couple que j’accompagne a finalement décidé de remettre la célébration à l’année prochaine. Deux valeurs ressortaient fortement : la sécurité de chacune et chacun et le plaisir de fêter ensemble sans angoisses. Mais cela a impliqué aussi de remettre la cérémonie civile à l’année prochaine.

C’était une situation. Ce n’est pas la tienne.

J’aimerais t’inviter à prendre un peu de temps pour toi :

  • Quels sont les dilemmes auxquels tu fais face ?
  • Quelles sont les contradictions que tu vis en ce moment ?

Pour chacune de ces questions, prends cinq minutes. Chronomètre-les. Note ce qui te vient à l’esprit dans un carnet, sur un bout de papier, sur une note informatique.

Une fois ce temps fait, essaie de formuler ton dilemme en une phrase. Mets-la par écrit.

Ces trois prochains jours, essaies de prendre du temps avec Dieu pour discerner ce que tu dois faire par rapport à ce dilemme. Consacre dix minutes de ta journée à cela, à heure fixe et dans un lieu préparé.

Tu peux le lui remettre dans la prière, dans le silence et dans l’écoute.


Retrouvez d’autres messages de la paroisse réformée de Vufflens-la-Ville sur youtube dans les capsules La paroisse vous rend visite, notamment avec le pasteur Laurent Bader et la pasteure Nathalie Monot-Senn.

Pour d’autres messages de la série “La paroisse vous rend visite” :

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Manger sa chair

Still Life with Crab, Shrimps and Lobster

Prédication du 14 juin 2020, Saint-Cierges

Révisée le 05 juillet 2020


Illumination

Dieu vivant,

Dans le tumulte et l’éblouissement du jour,

Dans l’étouffement et l’angoisse de la nuit,

Que ton Esprit me donne,

Le silence pour entendre ta voix,

La clarté de ta lumière,

Le Sens pour te trouver,

Amen

Livre de l’Exode 12,1-11

Le Seigneur dit à Moïse et Aaron, en Égypte : 

Ce mois-ci marquera pour vous le début de l’année, ce sera le premier mois. Dites à toute la communauté d’Israël : “Le dixième jour de ce mois, procurez-vous un agneau ou un chevreau par famille ou par maison.”

Si une famille est trop petite pour consommer toute une bête, on s’entendra avec une famille voisine, selon le nombre de personnes qu’elle compte ; puis on choisira la bête d’après ce que chacun peut manger. 

L’agneau ou le chevreau qu’on prendra sera un mâle d’un an, sans défaut. 

On le gardera jusqu’au quatorzième jour du mois ; le soir de ce jour, dans l’ensemble de la communauté d’Israël, on égorgera la bête choisie. 

On prendra de son sang pour en mettre sur les deux montants et sur la poutre supérieure de la porte d’entrée, dans chaque maison où l’un de ces animaux sera mangé. 

On rôtira cette viande puis, pendant la nuit, on la mangera avec des pains sans levain et des herbes amères. 

On ne mangera pas de viande crue ou bouillie, seulement de la viande d’un animal rôti tout entier, avec la tête, les pattes et les abats. 

On n’en gardera rien pour le lendemain. S’il en reste quelque chose le matin, on le brûlera. 

Voici dans quelle tenue on mangera ce repas : les vêtements serrés à la ceinture, les sandales aux pieds et le bâton à la main. On mangera rapidement.

Telle sera la Pâque, célébrée pour moi, le Seigneur.

Nouvelle Français Courant

Evangile selon Jean 6,51-58

Je suis le pain, le vivant, qui est descendu des cieux. Si quelque mange de ce pain, il vivra pour l’éternité et le pain que je donnerai pour la vie du monde, c’est ma chair. 

Les juifs se disputaient entre eux, disant : « Comment peut-il, lui, nous donner sa chair à manger ? »

Jésus leur répondit : « Amen, amen, je vous dis : si vous ne mangez pas la chair du fils de l’homme et si vous ne buvez pas son sang, vous n’aurez pas la vie en eux. » 

Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang aura la vie éternelle, et moi je le relèverai au dernier jour. 

Car ma chair c’est la véritable nourriture et mon sang c’est la véritable boisson. 

Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang demeure en moi et moi je demeure en lui. 

De même que le père, le vivant, m’envoya et que moi je vis par le père, celui qui me mange vivra par moi. 

C’est le pain qui est descendu des cieux ­– il n’en est pas de même que vos pères qui n’en mangèrent pas et moururent ; celui qui mange de ce pain-ci vivra pour l’éternité.

Tout cela, il le dit alors qu’il enseignait dans une synagogue à Capharnaüm.

Traduction personnelle

Prédication

Célébrer

Je m’imagine l’éternité comme une grande fête.

L’éternité, avec Dieu, après la victoire contre la mort, c’est une fête où il n’y a plus d’injustice, où il n’y a plus de pauvres, ou les murs de séparation sont tombés, où il n’y a rien de gâché.

Ce serait vivre sa propre vie sans retenue, avec les autres, sans avoir à craindre le lendemain. Ce serait, la paix, la joie, la générosité, la diversité.  

Vivre la Cène 

T’es-tu déjà dit que c’était exactement cette fête que l’on vivait au moment de la Cène ?

Je parle bien de ce moment un peu solennel qui dans ma propre expérience présente toujours un peu de maladresse ou de malaise :  

Et ces paroles: « ceci et mon corps », « ceci est mon sang ».

On voit bien que c’est important, on se fait vaguement une idée de ce que ça veut dire.

On sait que ce n’est pas vraiment de la chair. On sait que ce n’est pas vraiment du sang.

C’est un symbole, une image.

On n’est pas cannibal ! 

Vraiment ?

La Cène en question

Le texte de l’évangile que tu viens – peut-être – de lire semble au contraire assez cannibal!

« Ma chair c’est la véritable nourriture et mon sang c’est la véritable boisson » (Jean 6,55) ; « Si vous n’en mangez pas, si vous n’en buvez pas, vous n’aurez pas la vie éternelle ». (Jean 6,53)

Cette affirmation trouble l’auditoire de Jésus. Elle est tellement choquante qu’une partie de ses disciples va quitter Jésus à la suite de ce discours.

Donc je t’ai parlé de la grande fête de la joie et de la paix. Je te dis qu’elle a lieu là, lors de la Cène. L’éternité a lieu dans ce moment qui dans les bons jours peut être plutôt sympa et dans les moins bons un peu malaisant.

Mais si on prend au sérieux ce que dit Jésus dans ce passage de l’évangile selon Jean, c’est carrément sordide !

Il y a une raison à ça.

Dans ce récit, Jésus nous amène à approfondir plus avant notre compréhension de ce qu’est la Cène.

Il ne le fait pas pour le plaisir intellectuel de se triturer les méninges. Il le fait parce que c’est bien ce qui est en jeu dans la Cène, c’est la fête éternelle, la paix et la joie ensemble, pas seulement plus tard, mais déjà ici et maintenant.

Du pain à la chair

Ce passage de l’évangile (Jean 6,51-58) arrive à la fin d’une longue séquence. Elle commence avec le récit de la multiplication des pains et des poissons (Jean 6,1-15).

S’en suit une série de questions et de réponses qui tournent autours de la nourriture (Jean 6,25-51).

Manger pour vivre

Tous les jours nous avons besoin de nous nourrir pour vivre.

Il paraît que certains ascètes arrivent à vivre sans manger ni boire. En ce qui me concerne, ce n’est pas le cas. Je m’imagine que pour toi non plus.

Manger est un acte vital élémentaire. On ne vit pas sans manger.

C’est bien pour cela que les fêtes s’organisent autour d’un repas où il y abondance de nourriture et de boissons. Dans la fête, il n’y a pas à ce soucier de l’approvisionnement : tout est là, on peut juste profiter de ce qui nous est donné. Le besoin est comblé. La crainte de ne pas avoir assez s’est tue.

Après avoir mangé ce repas miraculeux avec Jésus, les gens qui sont là en aimeraient bien un peu plus ­– c’est compréhensible. “Seigneur, donne-nous toujours de ce pain-là !” (Jean 6,34)

Mais Jésus aimerait faire cheminer cette foule.

Être libéré par ce qui nourrit

Jésus n’est pas seulement un super-producteur de nourriture. Il est celui qui rend libre, qui libère de tout asservissement.

Il libère aussi de l’asservissement à ceux qui possèdent la nourriture, à ceux qui font leur propre richesse en pourvoyant à nos besoins vitaux.

Jésus est tout à fait conscient de la raison première qui mène les gens à se rassembler autour de lui.

Oui, je vous le déclare, c’est la vérité : vous me cherchez, non parce que vous avez saisi le sens des signes extraordinaires que j’accomplis, mais parce que vous avez mangé du pain à votre faim. Travaillez, non pas pour la nourriture qui est périssable, mais pour la nourriture qui dure et qui est source de vie éternelle. Cette nourriture, le Fils de l’homme vous la donnera.

Jean 6,26-27

De fil en aiguille, Jésus essaie faire émerger une nouvelle compréhension de « ce qui nourrit ».

Au centre de ce changement de compréhension se trouve cette phrase centrale « Je suis le pain de vie » (Jean 6,35).

Absurde

Jésus va mener cette affirmation jusqu’à l’absurde : il est celui qui nourrit parce qu’il se donne lui-même à manger.

À ce moment, il perd presque tout le monde. “Beaucoup de ses disciples qui l’écoutaient déclarèrent : “Cette parole est vraiment difficile à accepter ! Qui peut être d’accord ?” (Jean 6,60) “Dès lors, beaucoup de ses disciples s’en retournèrent et cessèrent de l’accompagner.” (Jean 6,66)

Faut-il le prendre au sérieux ?

Toi, le prends-tu au sérieux ?

En disant cela « Je suis le pain de vie », Jésus veut nous faire passer d’une vie centrée sur nos besoins vitaux primaires à une vie ouverte sur les autres, sur Dieu et sur la création.

Il veut nous faire passer à une vie dans l’amour.

Cette vie dans l’amour c’est cela la vie éternelle, la grande fête que Dieu nous promet.

Mais pourquoi alors tourner cette image jusqu’à l’absurde ? Pour nous amener à saisir la la radicalité de cette vie, de cette fête, de ce qui s’y déroule.

Cette image de Jésus qui se donne à manger et à boire fait entièrement sens, si on prend le temps d’aller voir un peu ailleurs.  

L’agneau pascal

Dans l’évangile selon Jean, mais aussi dans le livre de l’Apocalypse qui est issu du même cercle que le quatrième évangile, Jésus est décrit comme l’agneau pascal (Ap 5,6ss ; Jn 1,29).

“pascal” renvoie à “Pâques”.

La Pâques juive

Pâques est une fête. Pour le judaïsme antique, et aujourd’hui encore, c’est la grande fête de la libération du peuple. C’est la fête qui annonce que Dieu a libéré son peuple de l’esclavage, qu’il lui donne la paix, la joie, la liberté, etc.

Une partie importante de cette fête est liée à l’abattage et à la consommation d’un agneau. Rien ne doit en rester, tout doit être mangé, et le sang de l’agneau vient signifier l’alliance entre Dieu et son peuple ainsi que la protection qu’il lui accorde.

Lorsque Jésus dit que c’est en le mangeant, lui, que l’on accède à la vie éternelle, à la libération ultime, on peut entendre un écho de cette pratique.

Pour l’évangile selon Jean, c’est à la fête de Pâques que se réalise cette libération annoncée par Jésus et promise dans les Ecritures. Sauf que lors de cette Pâques-ci, ce sera lui qui sera mis à mort.

La Pâques de Jésus

Ce que Jésus fait, c’est que tout en gardant les mêmes références, il renouvelle complètement le sens de cette libération.

Contrairement à l’agneau qui n’a pas choisi d’aller à l’abattoir pour le peuple qui sera sauvé, Jésus se rend de sa propre volonté à l’abattoir, à sa mort, à sa croix. 

Jésus libère.

Il ne le fait pas en usant de violence.

Il ne le fait pas non plus en asservissant d’autres personnes.

Jésus libère par son amour.

Jésus libère par son amour pour Dieu et pour les autres. C’est un amour qui se réalise dans un don sans retenue, un don qui ne se retire pas, même face à la mort.

Jésus n’est pas un tyran victorieux.

Jésus est un agneau qui consent à la mort qui l’attend.

C’est de cette manière qu’il te donne et me donne la vie éternelle.

C’est de cette manière qu’il réalise pleinement la vie éternelle dans sa propre vie et qu’il nous donne à nous aussi la possibilité de la vivre.

Le don de sa vie

La vie éternelle, c’est cette vie menée dans une logique du don radicale, un don pour les autres, pour Dieu, sans se nier soi-même. 

« Manger l’agneau » c’est placer toute sa confiance en la vie menée par cette personne.

Alors je peux dire : Oui, c’est dans cette logique que je vais vivre ; vivre comme lui a vécu, car la vie éternelle, la fête finale, la vie qui n’a plus besoin d’avoir peur de la mort, ne sera pas autre chose que ça.

« Celui qui a confiance, qui croit en moi, aura la vie éternelle » (Jean 6,47

Mais il ne s’agit pas seulement de se le dire : il s’agit de le vivre concrètement, de vivre cette libération dans notre propre chair.

Dans le langage biblique, « chair » désigné la totalité d’une personne (corps, âme, esprit).

Ce qui est en jeu avec la foi en Jésus, c’est que nous-mêmes, notre propre personne, notre propre chair, notre vie dans toute sa complexité, devienne la vie de Jésus. C’est toujours la notre, mais elle est comme la sienne. 

Et qu’elle meilleure manière d’assimiler une chair, de l’incorporer, de la faire sienne, que de la manger ? 

Manger ensemble l’agneau pascal 

Pour la communauté des premiers disciples de Jésus, après sa mort et sa résurrection, vivre à la suite de Jésus – vivre maintenant avec Dieu – c’est vivre dans l’amour.

Rappelant l’histoire de Jésus, sa vie, sa mort et sa résurrection, l’auteur de la première épître de Jean dit à sa communauté « Très chers amis, si c’est ainsi que Dieu nous a aimés, nous devons, nous aussi, nous aimer les uns les autres ! » (1 Jn 4,11

C’est à ce moment là, lorsque nous vivons cet amour, que nous mangeons la chair de l’agneau pascal. En aimant à notre tour, nous faisons de notre vie cette vie qui est la sienne.

Ce n’est pas quelque chose qui se fait seul, c’est une transformation, une incorporation qui se fait ensemble.

Lorsque nous nous rassemblons autour de la table lors de la Cène, c’est bien dans la perspective de grandir dans cette vie renouvelée.

Lorsque nous nous rassemblons autour de la table pour manger le pain et le vin, c’est que nous voulons grandir dans cet amour mutuel qui dépasse tout les mots. 

Lorsque nous nous rassemblons autour du pain et du vin, nous tentons de montrer et de dire au monde, que c’est bien cette vie transformée que nous voulons vivre au quotidien, que pour vivre, nous plaçons notre confiance en Christ, que nous voulons vivre à sa manière

Vivre maintenant la fête éternelle 

Il y a des moments où l’on ne peut pas se rassembler autour de la table.

L’expérience du jeûne eucharistique – forcé ou recherché –donne le temps de méditer sur ce que je vais, tu vas et nous allons vivre lors de ce rassemblement. 

Cela ne veut pas dire que je n’ai pas accès à “ce qui nourrit”.

“Ce qui nourrit” a déjà été donné.

La vie éternelle, Dieu te la donne déjà ici et maintenant.

La Cène est une réponse, une tentative de montrer au monde que Oui, Dieu a déjà donné cette vie éternelle, cette vie d’amour, et qu’il ne cessera pas de la donner.

Alors, j’ai le temps de me préparer plus longuement, pour que la Cène soit ce lieu et ce moment, ces gestes et ces paroles, qui manifestent la vraie vie, la fête éternelle, ce lieu où, en vérité, on mange et partage l’agneau pascal.

Dieu m’appelle et t’appelle à ce repas, à cette fête. Il le fait tout du long de notre vie – il ne veut pas qu’elle soit un calvaire constant, mais une fête libre et généreuse. 

La prochaine fois qu’ensemble, toi et moi, avec les autres, nous nous rendrons à ce repas, ce sera là, la fête, la joie, la générosité exubérante, la liberté dans l’amour qui nous rassemble avec Dieu.

Ce ne le sera pas juste symboliquement : ce le sera réellement, et pleinement.

Ce le sera, dans le nom de Jésus-Christ notre frère,

Amen.

Het Lam Gods
Het Lam Gods (1432) – Hubert et Jan van Eyck.

Envoi

Là où tu te rends, tu trouveras ta nourriture

Là où tu rencontreras l’autre, par toi il aura de quoi se nourrir

Là où nous nous retrouverons, nous ferrons la fête,

Nous partagerons le même pain, nous boirons le même vin,

L’hôte est généreux et ne retiens rien

Moi aussi, toi aussi, lui et elle, Lui et Elle

Dieu te bénit et te garde,

Il rayonne sur toi et te fais grâce,

Il se tourne vers toi et te donne sa paix

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit,

Amen


Pour d’autres prédications, voir

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Le motif de la conversion

Message pour la capsule La paroisse vous rend visite

24.04.2020 révisé le 28.06.2020


Au tournant

Le monde semble un peu différent

Cela fait un petit moment que l’on peut entendre des personnes affirmer la chose suivante : « il y aura un avant et un après Covid-19 ». 

  • Avant le COVID-19 nous travaillions d’une certaine manière, après le COVID-19 nous travaillerons d’une autre manière. 
  • Avant le COVID-19 nous passions peu de temps à la maison, après le COVID-19 nous ferons autrement. 
  • Avant le COVID-19 nous subissions une certaine routine, après le COVID-19 nous nous sommes réinventés.
  • Avant le COVID-19 nous ne prêtions pas attention aux gestes d’hygiènes, après le COVID-19 nous le faisons.

Chacun peut certainement trouver pour soi des exemples de ces différents avant/après.

Je dois vous avouer que cette manière de parler du changement me laisse un peu songeur. Quel en est la cause ?

Une conversion

Il y a un avant et un après « Covid ».

Si on le prend à la lettre, c’est le virus qui aurait provoqué ce changement. Après la confrontation avec le virus, on se tourne vers autre chose, on regarde la vie autrement, on souhaite agir autrement.

On pourrait presque parler de conversion.

Le mot est trop fort ?

Pour certains.es, le virus, ou la situation imposée par le virus, a ouvert sur une autre vie, une vie transformée, une vie qui semble « meilleure », où l’on voit les choses différemment et où l’on agit autrement.

En ce qui me concerne, j’ai constaté que je ne souhaitais plus m’engager dans des activités qui pouvaient être annulées d’un claquement de doigts. Quel est le sens d’une activité dont l’annulation ne semble porter conséquence à quoi que ce soit?

Après le COVID-19, j’engagerai mon énergie dans des activités dans lesquels je trouve un sens pour lequel je suis prêt à m’engager, au-delà du fait de simplement faire ce qui semble être attendu.

Mais qu’est-ce qui est à la source de cette conversion ?

La motivation

Ce qui me questionne dans ce discours sur le changement c’est d’identifier le COVID-19 comme la cause du changement. Dans ce discours, il apparaît comme le facteur de motivation.

Si on considère que c’est le COVID-19 qui a provoqué le changement, alors nous nous sommes convertis sous la contrainte.

Quelle durabilité aux changements consentis sous la contrainte ?

On le sait : une fois que la pression est passée, les souhaits de changement passent aussi.

De plus, nous sommes inégaux face à la contrainte. Certains changements semblent agréables. D’autres ont un goût amer : ceux qui étaient à la limite de la précarité y entrent franchement. Ceux dont le travail repose sur la stabilité sociale sont sur la sellette (monde de la culture et tourisme).

Je crois par contre qu’une conversion est possible et réelle : la conversion qui vient du contact avec Dieu.

Pas n’importe quel Dieu, celui qui se rend présent dans le monde, dans notre humanité.

Converti par Dieu

Pour ma part j’espère qu’une conversion réelle est possible parce qu’il y a un avant/après Jésus.

Encore faut-il comprendre ce que l’on veut dire par là…

Vous avez entendu parler de la façon dont je me comportais quand j’étais encore attaché à la Loi et aux coutumes juives.

Vous savez avec quelle violence je persécutais l’Église de Dieu et m’efforçais de la détruire. Dans la pratique de la Loi et des coutumes juives, je surpassais la plupart de ceux de mon âge appartenant à mon peuple ; j’étais beaucoup plus zélé qu’eux pour les traditions de nos ancêtres.

Mais Dieu, dans sa grâce, m’a choisi dès le ventre de ma mère et il m’a appelé à le servir.

Epître aux Galates 1,13-15 NFC

Avant de rencontrer le ressuscité sur le chemin de Damas, Paul persécutait ses disciples. Après l’avoir rencontré, il devient lui-même porteur de la Bonne Nouvelle.

Cette conversion on ne peut pas la provoquer. Elle nous tombe dessus, à un moment donné dans notre vie. Une personne peut l’attester.

Si à un moment on atteste d’un changement, disant « maintenant ce ne sera plus comme avant », on est invité à se mettre à la recherche de ce qui a provoqué ce changement.

Plutôt que de choisir la facilité et de mettre le focus sur la contrainte, approfondir le moment du changement et identifier ce qui l’anime.

Chercher non pas le mal qui a tué, qui tue et qui tuera encore, mais la personne, la rencontre, l’événement qui vous fait sentir la vie dans ce changement, qui aura mis la vôtre en mouvement, qui l’aura transformée.

Ce qu’on trouvera dans cet approfondissement ne peut être prédit par avance. Ce sera différent pour chacune et chacun. Mais ma foi y espère quelque chose.

Rencontrer le Vivant

Pour la foi chrétienne, à chaque fois qu’une telle chose arrive, un changement favorable, une conversion, c’est Jésus-Christ qui nous rencontre.

L’histoire de Jésus qui est annoncée dans les évangiles : sa naissance, sa vie, sa mort et sa résurrection, tout cela nous sert de guide pour discerner cette rencontre avec le Vivant dans notre propre vie.

Une conversion aux effets durables vient de la rencontre en chair et en os du Dieu vivant, celui qui assume de mourir comme nous, mais qui nous relève de toutes nos morts.

Pouvoir accompagner Dieu dans cette mort, c’est la condition pour le changement durable, qui dépasse toute contrainte, qui dépasse les angoisses de l’opposition entre la vie et la mort.

Celui qui voudra garder sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie à cause de moi la trouvera

Evangile selon Matthieu 10,39 NFC

Alors dans mes manières de parler de cette rupture entre un « avant » et un « après », je souhaite discerner la présence du Vivant, et pas simplement la contrainte d’un virus un peu plus fort que notre économie ou que notre système de santé.


Seigneur,

Merci de faire de chaque instant l’occasion de te rencontrer, même dans la mort.

Merci, parce que tu en fais l’occasion pour nous transformer, nous changer, nous mener vers une vie meilleure, une vie pleine pour laquelle on a envie de s’engager. 

Esprit-Saint soutiens-nous,

Inspire-nous des mots qui témoignent de la vie et non de la mort,

Inspire-nous des gestes libres et généreux, non des gestes contraints et obligés

Inspire tous les gens de ce pays et de ce monde, viens les rencontrer et les faire rayonner de ta vie, comme tu le fais pour nous.

Amen  


Retrouvez d’autres messages de la paroisse réformée de Vufflens-la-Ville sur youtube dans les capsules La paroisse vous rend visite, notamment avec le pasteur Laurent Bader et la pasteure Nathalie Monot-Senn.

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Prier, toucher

Photo de Juan Pablo Serrano Arenas provenant de Pexels

Message pour la capsule La paroisse vous rend visite

15.04.2020 révisé le 14.06.2020


Sans toucher

Certains disent que dorénavant l’on ne se serrera plus la main, que l’on ne se fera plus la bise, que l’on ne se prendra plus dans les bras – en tout cas en dehors du cercle familial.

Se toucher est devenu dangereux. On garde ses mains dans les poches, on les nettoie, on les purifie, on hésite à rentrer en contact ! 

Cette interdiction est très violente. Nos mains, et notre peau en général, sont lieux de tellement de contacts !

Aujourd’hui, avec ma main, je rechigne à serrer votre main, je me retiens de mettre ma main sur votre épaule. Je ne vous prends pas dans les bras.

En nous interdisant de nous toucher, on se retrouve amputé d’une partie de notre humanité. Nous ne sommes pas que des purs esprits, mais bien des personnes en chaires et en os : nous existons aussi parce que nous sentons les choses. Et le toucher est un sens fondamental dans notre existence – avec l’odorat, le goût, l’ouïe, la vue, la kinesthésie.

Touché par Dieu

La Bonne Nouvelle, c’est que même si on est amputé de ce bout d’humanité, on n’en est pas amputé avec Dieu.

On peut exister entièrement devant Dieu, aussi dans cette dimension des sens. Parce que si on vous interdit de « toucher », Dieu lui vient déjà à nous et nous touche ! 

C’est l’expérience que fait le prophète Ezéchiel. Dès les premier verset, on y dit que la « main du Seigneur est posée sur lui ».

La trentième année, le quatrième mois, le cinq du mois, j’étais au milieu des déportés, près du fleuve Kebar ; les cieux s’ouvrirent et j’eus des visions divines. Le cinq du mois – cette année-là était la cinquième de la déportation du roi Yoyakîn – il y eut une parole du SEIGNEUR pour Ezéchiel, fils du prêtre Bouzi, au pays des Chaldéens, près du fleuve Kebar. Là-bas, la main du SEIGNEUR fut sur lui.

Ezéchiel 1,1-3 T.O.B.

C’est une image bien sûr. Des traductions plus récentes traduisent “main” par “puissance”. Cette image de la “main du Seigneur” renvoie peut-être à des phénomènes d’extase ou de possession prophétique. Mais c’est une image qui évoque clairement certaines sensations.

Dans la suite du texte d’Ezéchiel, cette main du Seigneur va se faire assez bousculante, voire violente. Mais, on sait aussi que cette main de Dieu fait d’autres choses : c’est une main qui relève, une main qui guérit, une main qui bénit.

Un lépreux s’approche de lui ; il le supplie et tombe à genoux en lui disant : « Si tu le veux, tu peux me purifier. » Pris de pitié, Jésus étendit la main et le toucha. Il lui dit : « Je le veux, sois purifié. » A l’instant, la lèpre le quitta et il fut purifié. 

Evangile selon Marc 1,40-42 NFC
Image par Free-Photos de Pixabay

Jésus prend la main de l’enfant et lui dit : « Talitha qoum », ce qui veut dire : « Jeune fille, je te le dis, réveille-toi ! » Aussitôt la jeune fille se leva et se mit à marcher, – car elle avait douze ans. Sur le coup, ils furent tout bouleversés. 

Evangile selon Marc 5,41-42 NFC.

Même coupé de tout contact, Dieu lui, peut nous toucher, où que nous soyons. Et ce n’est pas qu’une vue de l’Esprit.

Prier et toucher

Prier Dieu, c’est rencontrer Dieu.

Quand on prie Dieu, on ne le prie pas seulement avec son cerveau, mais avec tout son corps.

Je vous invite à vous poser cette question : que faîtes-vous de vos mains quand vous prier ? 

Image par Pexels de Pixabay

On a l’habitude de voir des mains fermées, pour la prière.

On contrôle son corps, on intériorise, on se recentre sur soi.

Image par mohamed Hassan de Pixabay

Des fois on peut aussi voir des mains ouvertes.

Peut-être une manière de tendre la main vers ce Dieu de l’invisible ?

Certaines fois, on voit des prières où l’on prie avec des objets entre les mains, là aussi une manière d’atteindre une certaine concentration intérieure.

Image par ikolotas0 de Pixabay

On peut aussi prier avec des mains qui touchent. Soit un autre, soit soi-même.

Image par 坤 张 de Pixabay 
Image par Michal Jarmoluk de Pixabay 

Toucher en posant, sans contenir ou contrôler, juste en sentant. C’est aussi s’ouvrir à Dieu, c’est aussi une manière de le rencontrer et qu’il a lui de nous rencontrer.

Je l’évoquais au début, dans certaines situations, le contact avec autrui est réduit au minimum. On ne peut plus se toucher, parce qu’on nous l’interdit, parce que c’est dangereux.

Ou bien, l’expérience que l’on a du contact avec autrui n’est que violence, coups et blessures. On a appris que toucher, c’est être violenté.

Face à Dieu, il y a une liberté qui est offerte. Celle d’un autre contact : c’est d’être touché, d’avoir ce contact bienveillant, posé sur vous, rencontrer Dieu. 


Seigneur, 

Même loin de tout, même interdit de contact, toi tu viens près de moi. Tu poses ta main sur nous. 

Merci.

Je te prie pour tous ceux qui, enfermés, loin de tout contacts, ne peuvent plus entrer en contact avec les autres.

S’il te plait, n’oublie pas d’aller rejoindre ceux à qui tu manques, ceux qui sont loin de toi, ceux ont besoin que tu les touches.

Au nom de notre frère Jésus,

Amen


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Les paroles qui disent du bien

Message pour la capsule La paroisse vous rend visite

27.03.2020, révisé le 24.05.2020


En période de déconfinement, il vaut la peine de jeter un regard en arrière sur le point de départ.

Le trop-plein de paroles

Je ne sais pas si ça vous a fait cet effet aussi, mais j’ai été pas mal angoissé durant les premiers temps de la crise du COVID-19. Il y avait à mon sentiment beaucoup trop d’informations qui circulaient. Beaucoup de gens étaient devenus des experts dans la résolution de la crise.

Il y avait d’un côté la voix officielle, celle du canton et du conseil fédéral, appuyé d’avis d’experts divers et variés. De l’autre il y avait le brouhaha des réseaux sociaux, de mes contacts personnels. On en voyait de toutes les couleurs :

  • ceux qui tempèrent et rassurent,
  • ceux qui transmettent des messages d’alarmes,
  • ceux qui blaguent et dédramatisent,
  • ceux qui crient au complot,
  • ceux qui crient à l’irresponsabilité,
  • ceux qui transmettent des messages et des statistiques de tout genre,
  • ceux qui dénoncent la psychose,
  • ceux qui appellent à la panique.

On se retrouve au milieu de tout ça, ne sachant trop à qui se fier, ne sachant trop qui écouter.

Des impressions contrastées

J’ai remarqué quelque chose cependant : différentes voix n’avaient pas le même effet sur moi. Certaines paroles me font du bien, d’autres pas. Certaines paroles m’orientent, d’autres me désorientent.

Personnellement, les directives du gouvernement m’ont beaucoup rassurées quand elles ont été annoncées. Ce n’était pas forcément le contenu qui était rassurant, c’était juste le fait qu’une autorité supérieure dise quelque chose, le fait que quelqu’un offre un cadre commun.

Le petit enfant en moi était rassuré.

À l’inverse, tous les « slogans » que l’on partage sur les réseaux sociaux ont plutôt tendance à m’angoisser. Je pense ici à ce mot d’ordre “Restez chez vous!” Ont-ils raison ? Les informations données par le gouvernement sont-elles insuffisantes ou biaisées ?

Ces questions, aussi légitimes ou illégitimes qu’elles soient, me rappelaient à ma responsabilité d’adulte.

Obéir aveuglement ne suffit pas : je devrais pouvoir discerner moi-même la voie à prendre dans la crise collective.

Mais face à la situation imposée par le début de la crise du COVID-19 j’étais – et je reste – pour le moins dépassé… je remarque que malgré tout ce que je peux savoir par ailleurs, mes points de repères personnels ne semblaient pas suffire.

Retour à la case départ.

Une parole qui veut du bien

Au fur et à mesure je me suis rendu compte d’une chose. Il me restait quand même un pouvoir : celui de choisir à quelle voix je prête mon oreille. Ce qui manquait, c’est une parole qui permette d’assumer avec confiance la voie que j’allais emprunter.

Ainsi, la foi vient de ce qu’on écoute vraiment la nouvelle proclamée, et cette nouvelle est l’annonce de la parole du Christ.

Romains 10,17 NFC

Ce verset pose une question : qu’est-ce que j’écoute « vraiment » ? Quelle est la parole à laquelle j’accorde une écoute attentive ?

Une des affirmations fondamentales de la Réforme dit Sola Scriptura. Et si j’écoutais Dieu ? Et si je prenais le temps de méditer le texte biblique, les prédications, le témoignage des croyants ?

Paroles en espérance

Faire appel à “Dieu”, à la “prédication”, à la “Bible” face au COVID-19 semble à première vue un peu futile.

Mais les Écritures ont une tonalité particulière que je ne retrouvais pas dans le brouhaha général, ou dans les directives officielles. Les textes des Ecritures sont pleins d’espérance ! Ils témoignent du fait que Dieu se tient présent auprès de nous, même au cœur de la souffrance la plus intolérable, de la solitude, de la confusion et même de la mort.

Ces textes nous disent de plein de manières différentes que Dieu ne nous lâche pas, qu’il a promis de ne pas lâcher. 

Une espérance un peu naïve ? Je ne le crois pas.

Si Dieu “console”, il est aussi le Dieu qui “combat” et qui “envoie”.

La pointe du texte biblique, c’est que dans le concert des paroles du monde, la Parole de Dieu est non seulement une parole qui dit du bien et qui veut du bien, mais une parole qui structure et qui permet de soi-même devenir acteur dans la crise.

“Vraiment je l’affirme, moi, le Seigneur Dieu, je ne veux la mort de personne. Détournez-vous du mal et vivez !”

Ezéchiel 18,32 NFC

Dieu ne délaisse pas sa créature, même celle qui rompt le contact avec lui. En est-il de même dans le concert confus des paroles divergentes face à la crise ? Cette question vaut pour toute crise, celles passées, celles en cours et celles à venir.

Discerner la Parole de Vie

Certaines paroles reflètent cette Parole du Dieu vivant, d’autres non. Le texte biblique est l’héritage que nous recevons des croyants pour discerner la Parole de vie dans la confusion des paroles divergentes.

L’Ecriture ne donne pas une règle de vie toute faite. Elle offre un chemin à discerner dans l’écoute attentive et un regard ouvert sur ce qui se passe maintenant.

Méditer régulièrement la Bible demande du temps. C’est une pratique qui accompagne et rythme toute une vie. Mais je crois que ça vaut la peine !

Ecoutez d’abord des voix d’espérance

Qu’en pensez-vous ?


Seigneur,

Vu que nous prenons le temps, viens nous parler, viens mettre de la lumière dans la confusion,

Aide-nous à t’entendre dans ces textes, à trouver les mots qui orientent et qui font du bien. 

Accorde-nous la paix dans les temps bousculés.

Je te prie aussi pour tous ceux qui doivent faire un travail acharné dans le soin accordé aux autres

Sois présent auprès de nous et de tous, comme tu nous l’as promis.

Au nom de Jésus notre frère,

Amen

La Paroisse vous rend visite 27.03.2020

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Celui qui sème et celui qui moissonne

Récolte de riz

Une personne sème des graine dans un champ. Avec le travail de la terre, de l’eau et du soleil, les graines s’ouvrent et produisent leur plante. Au bout d’un moment et si le climat est favorable, la plante produira du fruit, contenant les graines pour la suite. Une personne récolte les fruits et s’en nourrit.

Est-ce que ça change quelque chose si c’est la même personne ou non ?

Prêcher sur Jn 4,31-38

J’aime bien préparer mes prédications relativement à l’avance. J’ai bien fait, parce que là j’ai croché sur un truc. Un ami pasteur à moi – Etienne Guilloud pour ne pas le nommer – m’avait dit une fois quelques sages paroles qui devaient ressembler à quelque chose du style : prêcher c’est se laisser travailler par l’Evangile. La rencontre avec Dieu vient avec son lot de lutte et d’efforts.

Il est vrai le proverbe qui dit : “Quelqu’un sème et un autre moissonne.” (Jn 4,37 NFC)

Le 15.03.2020 je prêche à St-Cierge (10h00) sur Jn 4,31-38. Le texte présente un interlude entre Jésus et ses disciples au milieu du récit de la rencontre entre Jésus et la femme samaritaine (Jn 4).

J’ai décidé de prendre ce passage parce qu’il m’intriguait. Je n’étais pas certain savoir quoi en faire. Et je crochais. Je n’arrivais pas à faire sens de ce texte. Mais je ne savais pas non plus pourquoi je n’arrivais pas à en faire sens !

Lutter avec le texte

Le texte biblique

Au bout d’un moment, ça m’a fait tilt : il y a quelque chose qui cloche avec cette différence entre le “moissonneur” (ὁ θερίζων) et le “semeur” (ὁ σπείρων). En fait, c’est bien cette image sur laquelle je bloque. Elle paraît pourtant si simple ! Mais beaucoup de choses s’articulent autour d’elle… voyez plutôt :

35 Ne dit-on pas : “Encore quatre mois et ce sera la moisson” ? Mais moi je vous dis, levez les yeux et observez bien les champs : les grains sont mûrs et prêts pour la moisson ! 36 Celui qui moissonne reçoit déjà son salaire et il rassemble le grain pour la vie éternelle ; ainsi, celui qui sème et celui qui moissonne se réjouissent ensemble. 37 Car il est vrai le proverbe qui dit : “Quelqu’un sème et un autre moissonne.” 38 Moi, je vous ai envoyés moissonner dans un champ où vous ne vous êtes donné aucune peine ; d’autres s’y sont donné de la peine et vous, vous avez bénéficié de leur travail. » Jean 4,31-38

Nouvelle Français Courant

Il y a des problèmes autour de la moisson…

Petit j’ai grandi dans le village de Donneloye, et maintenant j’habite depuis quelques années à Vufflens-la-Ville. J’ai beau avoir les défauts de l’intellectuel, je connais un peu la campagne vaudoise et son rythme de vie.

Une expérience un peu basique

À un moment donné de l’année, on voit l’agriculteur sortir les machines pour le semis, et à un autre on verra les moissonneuses-batteuses soulever la poussière dans les champs. Mais, contrairement à ce que dis Jésus, cela semble être le même qui sème et qui moissonne. C’est d’ailleurs bien sous cet angle que Paul utilise cette figure en Gal 6,7-9 ou qu’on la trouve encore dans le rouleau d’Ezéchiel (cf. Ez 18).

Si conceptuellement je peux comprendre la différence entre le moissonneur et le semeur, sur le plan pratique je ne vois pas ce qu’elle veut signifier. Elle ne me semble pas faire sens.

Ne serait-il pas plutôt vrai que l’on “récolte ce que l’on sème” ?

Ou bien est-ce que je me trompe ? C’est peut-être que je dois encore me laisser travailler.

La dissonance des Evangiles

Je suis du coup allé voir si cette figure de la différence entre le “semeur” et le “moissonneur” apparaît ailleurs dans le nouveau testament. Réponse : oui ! Mais je ne m’en suis retrouvé que d’autant plus perplexe.

Cette figure du moissonneur et du semeur est utilisée dans les deux versions de la parabole dîtes des “talents”. (Luc 19,11-27 et Matthieu 25,14-30).

Dans cette parabole, la figure apparaît dans la bouche du dernier serviteur, celui qui sera condamné par son roi, respectivement son maître :

 20 Un autre serviteur vint et dit : “Maître, voici ta pièce d’or ; je l’ai gardée cachée dans un mouchoir. 21 J’avais peur de toi, car tu es quelqu’un de dur : tu prends ce que tu n’as pas déposé et tu moissonnes ce que tu n’as pas semé.” Luc 19,20-21

“Maître, je te connaissais comme quelqu’un de dur : tu moissonnes où tu n’as pas semé, tu récoltes où tu n’as rien planté. 25 J’ai eu peur et je suis allé cacher ton argent dans la terre. Eh bien, voici ce qui t’appartient.” Matthieu 25,24-25

Nouvelle Français Courant

Dans l’évangile selon Jean, cette figure est rattachée à un événement de réjouissance. Dans la parabole des talents c’est la peur qui a le dessus. Celui qui moissonne est dans une position de puissance – on pourrait presque se dire dans une position d’abus !

D’ailleurs le reste de la parabole semble donner raison à la peur du dernier serviteur : le maître lui retire tout. Dans Matthieu, il va même jusqu’à le renvoyer dans les ténèbres – hors de son Royaume.

Regarder autrement

Si dans un premier temps, ces autres textes m’ont d’autant plus bloqué dans ma compréhension des versets de Jean 4, cette situation a fait son chemin.

Quelle relation de travail ?

Est-ce si vrai que celui qui sème récolte ce qu’il a semé ? C’est-à-dire, est-ce vrai aujourd’hui ? Celui qui sème, c’est celui qui travaille à faire pousser le fruit. Celui qui récolte, c’est celui qui profite du travail de la semence. Celui qui moissonne c’est celui qui profite du fruit de la récolte.

Si l’on regarde très concrètement l’état dans lequel se trouve le monde paysan en Suisse, on peut douter que ce soit réellement les mêmes. Et à en croire le programme d’Action de Carême et de Pain pour le Prochain de l’année 2020, c’est un problème à l’échelle mondiale.

Que reflète concrètement un travail donné ?

Face au texte sur lequel je vais prêcher, c’est des questions beaucoup plus concrètes qui m’assaillent maintenant : si dans une première évidence, il semble que c’est le même qui sème et qui récolte, est-ce toujours vrai si on y regarde de plus près dans les situations concrètes, si par delà les gestes mécaniques on prend en compte la jouissance du fruit de son travail ? Est-ce bien vrai dans les villages dans lesquels j’habite ? Est-ce bien vrai, précisément là où je suis habitué à un certain rythme, à la danse régulière des machines agricoles ?

Pour ce que j’y comprends, nous sommes dans une crise des échanges : les marges que se font les intermédiaires (surfaces de distribution, industries, transformation des produits, etc.) entre le coût de l’exploitation et le prix de vente final est apparemment démesurée. Elle l’est d’autant plus que la fécondité est retirée aux semences, que l’agriculteur devient lui-même entièrement dépendant de ceux qui lui fournissent les graines, qu’il ne peut plus s’appuyer sur la richesse de son propre travail – un genre d’esclavagisme moderne et libéral ?

Ce qui se passe avec les semences est peut-être une image forte des déséquilibres qui traversent notre manière de travailler et de gérer l’exploitation. À ce sujet on peut consulter les nombreux billets de Jean-Pierre Thévenaz sur le sujet du travail, de même que le travail qui est fait par “Chrétiens aux travail“.

Se nourrir de l’Evangile

En conséquence, je crois que dans l’Evangile selon Jean, on a affaire à une conversion de l’image proposée. Ce qui entre hommes est un signe d’injustice et d’oppression, avec Dieu est signe d’abondance et d’accomplissement.

Je n’ai pas épuisé les tensions entre ces textes, mais j’ai quelque intuitions qui me semblent fécondent.

Si, dans la parabole des talents, le dernier serviteur pensait travailler pour une personne comme toute les autres, alors effectivement, il avait de quoi avoir peur, il avait de quoi vouloir limiter la casse. Celui qui sème souffre de celui qui moissonne.

Mais si le serviteur travaille avec et pour le Christ, alors la crainte n’a pas lieu d’être. Car c’est celui qui veut qu’on se réjouisse ensemble. Même plus, ils moissonneront là où ils n’ont pas eu besoin de travailler, parce que quelqu’un d’autre les y précède. (Jn 4,38) Celui qui sème se réjouit avec celui qui moissonne.

Dans la perspective de l’Evangile selon Jean, la question qui se pose est la suivante : saura-t-on reconnaître celui qui se réjouit avec nous et pas contre nous au moment de la moisson ? Car c’est en fonction de lui que nous avons nous-mêmes à travailler, sachant qu’il oeuvre avant, avec et pour nous..

Et toi, comment imagines-tu la relation entre le semeur et le moissonneur ?


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Lutter avec Dieu et le monde – Hanna Reichel (Gn 32,25-29)

Jacob lutte avec l'ange (March Chagall)

Faire de la théologie, c’est lutter avec Dieu et le monde, dans l’espérance d’une bénédiction. C’est cheminer avec Dieu en “conversant” avec Dieu, et repartir au petit matin transformé : avec un nouveau nom et en boitant, marqué à vie !

Ce n’est pas de moi, mais tiré de la prédication d’une théologienne allemande, expatriée aux USA, spécialiste de théologie réformée !

Au départ je suis tombé sur sa prédication via un tweet.

Par curiosité tout à fait basique et commère (je l’avoue), je suis du coup allé écouter le “méfait”. Chose faite, je me suis dit qu’il valait la peine d’être partagé. Je dis quelques mots sur la prédicatrice et vous invite à l’écouter !

Hanna Reichel (Princeton)

Hanna Reichel

Hanna Reichel est une théologienne luthérienne au Princeton Theological Seminary. Elle y est associate professor of reformed theology.

Je l’ai rencontré l’année passée lors du colloque annuel au Leuenberg – un haut lieu des études barthiennes. J’ai fait l’expérience d’une belle personnalité : attentives aux personnes et au groupe dans son ensemble, capable d’instaurer une bonne dynamique de travail, capable de faire des synthèses rapides, vive d’esprit !

Elle a fait sa thèse sur Karl Barth et son travail avec le catéchisme de Heidelberg. Mais d’après ce que j’ai compris elle travaille en ce moment plutôt en théologie politique – notamment en dialogue avec Michel Foucault.

Se débattre avec Dieu et le monde (Wrestling with God and the World)

Hanna offre donc une prédication sur Gn 32,25-29 adressée à un publique de théologien-ne. Mais est théologien-ne toute personne qui chemine dans cette conversation avec Dieu qu’illustre le récit des disciples d’Emmaüs. Ce n’est donc pas réservé à ceux qui ont le papier !

L’ensemble du fichier audio est structuré de la manière suivante :

  • Interpellation à Dieu et à l’assemblée (début – 06:53)
  • Lecture de Gn 32,24-32 (06:53 – 08:34)
  • Prédication (08:34 – fin)
“Wresting with God and the World”

Pour ceux qui ne savent pas l’anglais

Voici quelques citations en vrac qui m’ont fortement interpellées ! Je les traduis librement.

“Arrivé au fond de nos questions, ce n’est pas Dieu qui est là et nous donne des réponses, c’est Dieu qui se tient au-travers de notre route”

“Dieu présente des blessures. […] Des blessures qui identifieront pour toujours qui est ce Dieu. Voyez les mains, les pieds et le flanc de Christ.”

“C’est ça faire de la théologie. S’entêter dans la fidélité, se tenir là où sont les difficultés, se débattre avec Dieu et le monde, jusqu’à ce qu’une bénédiction soit cédée”

Hanna Reichel (2020)

Lutter avec Dieu, non pas pour rester dans l’angoisse, mais pour éprouver la paix. Une paix qui reste solidaire avec Dieu et le monde. Cette paix ne se promulgue pas. Elle n’est pas garantie. Elle est donnée au coeur des troubles.

Merci Hanna !


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