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Ma compréhension de la spiritualité

Dans le contexte d’une intervention pour l’aumônerie du CHUV, je tente de résumer la compréhension systématique-doctrinale de la « spiritualité » à laquelle je suis parvenu à la suite de plusieurs années de travail sur la thématique.

Point de départ pour la réflexion

Mon intérêt pour une approche de la « spiritualité » en théologie vient d’une expérience peu heureuse. Sans rentrer dans les détails, j’ai fait l’expérience d’une tentative d’approcher la « spiritualité » en théologie où plutôt que d’apporter de la structure et de la croissance en intelligence, le travail théologique a apporté du chaos déstructurant et – à mon sens – malfaisant.

Je partais de l’idée qu’aborder la « spiritualité » en théologie devrait faire du bien. J’ai expérimenté que, selon comment c’est fait, cela peut faire mal. Ceci m’a amené à une hypothèse de fond : il doit y avoir une cohérence entre ce dont on parle, quand on veut parler de de « spiritualité » et la manière d’en parler. Mon désir est que les effets de ma propre communication au sujet de la « spiritualité » soient cohérents avec la signification que je donne à ce terme.

Une compréhension générale de la « spiritualité »

Quand je dois définir ce qu’est la « spiritualité » de manière générale, c’est-à-dire c’est qu’est la « spiritualité » dans la mesure où elle n’est pas un bien privé, je le fais de la manière suivante : Le mot ‘spiritualité’ désigne ces moments (espace-temps et pratiques) où une personne advient à elle-même et à autrui par l’exploration pratique et discursive de son expérience de l’ultime, ainsi que par les tentatives d’explicitation de cette expérience.

Tout le discours contemporain sur la « spiritualité » doit à mon sens être compris comme un phénomène « religieux » – c’est ce qu’indique la référence à l’expérience de l’ultime dans ma définition. Mais ça l’est dans la mesure où l’on se concentre premièrement sur la personne et la place qu’on lui accorde ou qu’elle se fait elle-même pour s’exprimer, se découvrir, passer par des transformations, etc. Ce qui est au premier plan n’est pas une tradition donnée, mais une personne et ce qu’elle fait.

Lorsque l’on fait référence à la « spiritualité », lorsque l’on qualifie telle ou telle chose comme partie de la « spiritualité », on fait de la place dans la communication pour permettre à la personne d’accéder à elle-mêmei.

Une mise en scène chrétienne de la « spiritualité »

La perspective chrétienne propose une configuration spécifique de ces moments où la personne « advient à elle-même ». Je propose de saisir cette configuration de la manière suivante : En ‘Pâques’, la vie en plénitude est rendue manifeste dans la vie humaine. L’exposition à ‘Pâques’ est la condition d’une compréhension chrétienne de la ‘spiritualité’.

Quand je parle de « Pâques », je parle du lieu et du temps de la présence salvatrice de Dieu dans l’histoire d’Israël et dans la personne de Jésus-Christ. « Pâques » se présente à nous dans des récits, des oeuvres d’art, des rites, des fêtes annuelles, etc. On ne peut que l’exprimer de manière symbolique-sacramentelle. Ce n’est pas nous qui choisissons où « Pâques » a lieu, mais c’est Dieu qui le choisitii. Pour notre part, nous pouvons l’y retrouver et nous en faire les témoins, ou nous en détourner.

Faire reposer la « spiritualité » sur une exposition à « Pâques » ne signifie pas que l’on ferme ce qui doit rester ouvert afin que la personne puisse arriver à elle-même, dans sa particularité. L’exposition à « Pâques » implique la personne, l’invite à en faire une interprétation créative dans sa propre vie, où à la fois elle donne forme à sa vie et où elle se laisse former par la présence de Dieu en « Pâques » – où Dieu rejoint la personne et en fait l’occasion de sa « Pâques ».

Le royaume comme horizon collectif de la « spiritualité »

La « spiritualité » ne se limite pas à la personne individuelle, mais concerne également à la dimension collective de l’existence. Le « Royaume de Dieu » est la figure de cette dimension collective de la « Spiritualité » comme l’espace-temps où il fait bon vivre avec Dieu et avec sa création toute entière

Le Royaume de Dieu advient dans le monde sans pour autant en être. Sa présence est liminale : il se situe sur la limite entre ce qui est déjà et ce qui doit encore arriver. La foi chrétienne est portée par l’espérance que le Royaume est advenu en Jésus-Christ, comme cela a été rendu manifeste à Pâques, et qu’il adviendra encore en plénitude.

L’Eglise a pour sa part pour tâche de faire signe vers cette advenue du Royaume dans le mondeiii. Elle même ne se confond pas avec le Royaume, mais à partir de sa propre exposition à « Pâques » ou de sa « spiritualité », elle essaie d’être signe et annonce du Royaume – le moment où toutes les personnes qui habitent le monde pourront être pleinement elles-mêmes et l’exprimer sans que cela n’implique une guerre, ou un conflit mortel, avec les autres, mais que tous et toutes vivront en paix avec l’ensemble des créatures et avec Dieu.

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Notes de bas de page de l'article
  1. On pourrait ancrer cette compréhension de la « spiritualité » dans une anthropologie, mais je ne pense pas que ce soit nécessaire. Le développement d’un usage du mot « spiritualité » ne s’épuise pas dans une explication de type anthropologique[]
  2. C’est peut-être là la part protestante, voire spécifiquement réformée, de cette compréhension de la « spiritualité »[]
  3. Le petit livre du théologien protestant Didier Halter, L’Eglise comme projet (OPEC, 2022) illustre bien cette idée[]

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