Discernement théologique en Eglise. Les lieux du discernement.

Le discernement théologique est l’affaire de l’Eglise dans son ensemble. Ce qui veut dire qu’il est l’affaire de tous les croyants-es. En même temps, l’institution ecclésiale à tout intérêt à repérer et à différencier les lieux où ce discernement se fait.

Dans ce qui suit je tente une espèce de “cartographie”.

L’autorité décisionnelle reconnue

L’avantage de l’institution, c’est qu’elle permet de reconnaître un certain nombre de chose et d’assurer une forme de “régularité”. Il n’y a pas besoin de constamment réinventer la choucroute. Il est donc important de voir quels sont les lieux qu’une institution ecclésiale reconnaît explicitement comme “responsable théologique”.

Le règlement d’organisation de l’Eglise Evangélique Réformée du canton de Vaud, stipule clairement que la “responsabilité théologique” de cette Eglise appartient au Synode – l’organe délibératif (Art. 18 du Règlement général d’organisation). L’exécutif a pour sa part la tâche de veiller au “développement la vie spirituelle et communautaire” (Art. 19) – ce qui, selon la définition de “vie spirituelle”, peut également impliquer une dimension théologique, mais ce n’est pas explicite. En ce sens il lui revient une fonction analogue au conseil de Paroisse, suivant le Règlement ecclésiastique (II / Art. 24).

Le Synode est un organe composé de délégués-es envoyés par le régions de l’EERV, les services cantonaux, l’Etat vaudois et la Faculté de Théologie et de Sciences des Religions. Il est composé de 60 laïcs et de 27 ministres, donc 27 théologiens-nes reconnus au minimum. Sauf erreur, il n’y a pas d’autre instance qui dispose d’une autorité théologique explicite suivant les règlements actuels.

Le fonctionnement d’une séance du synode est réglementé de manière relativement complexe (art. 132-156), mais rien n’y est dit d’un moment “théologique” en particulier. Il faut donc considérer que c’est l’ensemble du processus qui concerne la “responsabilité théologique”.

En conséquence, les discussions et interactions au sein du synode peuvent être considérés comme le lieu du “discernement théologique”. Il me semble en revanche problématique qu’aucun moment du travail synodal ne soit explicitement alloué à la dimension théologique. Cela ouvre la porte à un problème important : que la compétence théologique se trouve accaparée par les individus qui s’en saisissent durant les débats, alors qu’elle est de la responsabilité de tous et de toutes au sein du Synode, dans toutes ses dimensions. De plus, cela ne permet pas de prendre en charge adéquatement les coordonnées du discernement théologique que j’ai identifié dans un article précédent.

Dans une discussion avec Line Dépraz (pasteure à la Cathédrale de Lausanne, ancienne conseillère synodale), il nous est apparu que les séances de préparation aux sessions du Synode pourraient être des lieux où le discernement théologique pourrait se profiler explicitement. Ces séances de préparation se font en fonction des “groupes de délégation”. Ces séances permettraient de thématiser explicitement les points en discussion au niveau théologique et les lignes de partage qui s’y rapportent dans le corps ecclésial, invitant chacun-e des délégués-es à discerner sa propre position théologique et à devenir “théologiquement responsable”.

Chaque croyant-e

La compétence théologique n’est pas une prérogative des “professionnels” de la théologie, ni des seules autorités reconnues. Dans l’écoute de la Parole [comprise ici en un sens non restrictif], chaque personne est responsable devant Dieu de ce qu’elle dit et fait et peut ainsi l’être devant d’autres personnes.

Dans le contexte ecclésial, le discernement théologique est une conséquence du discernement spirituel qui accompagne et constitue toute vie chrétienne.

Ceci implique que l’on assure à chaque membre de l’Eglise la possibilité de prendre une position théologique qui soit informée de l’état de la discussion ou des débats et ce de manière transparente. Il doit pouvoir recevoir les documents et les thèmes discutés, ainsi que pouvoir se faire une idée de la diversité des positions en jeu. Il est ensuite de sa responsabilité de se mettre à l’écoute de la Parole, dans la prière, afin de structurer sa propre position dans le service qu’il doit à la Parole.

Le discernement de la position théologique individuelle ne se substitue pas à l’autorité théologique reconnue, mais est une condition nécessaire pour que l’individu puisse lui-même décider s’il reçoit ou non les décisions qui lui viennent de cette autorité. Cela lui permet de confirmer ou d’infirmer sa participation à la communion ecclésiale, telle qu’elle est manifestée sacrementellement dans la participation à la Cène.

Tiers-Lieux

Le discernement théologique individuel et institutionnel peut être informé par le discernement théologique qui se fait dans des tiers-lieux. Ceux-ci sont importants dans la mesure où ils offrent un décentrement, tant au niveau individuel qu’au niveau institutionnel.

Ce qui est important à ce moment c’est que l’autorité décisionnelle officielle sélectionne les partenaires théologiques pertinents pour le discernement qui est en cours.

Ces tiers-lieux peuvent être de différents ordre.

Communion ecclésiale

Une entité ecclésiale peut participer d’une communion ecclésiale plus grande. Par exemple, l’Eglise Evangélique Réformée du canton de Vaud participe de l’Eglise Evangélique Réformée de Suisse.

Dialogue oecuménique

Une Eglise peut reconnaître une autre Eglise, malgré le fait qu’elles ne participent pas de la même communion ecclésiale : on y reconnait la même obéissance au Dieu révélé en Jésus-Christ.

Dialogue interreligieux

Une Eglise peut reconnaître la valeur de l’expérience religieuse ailleurs que dans l’Eglise : on y reconnait la participation à une même humanité, dans son expérience de “Dieu” ou de “transcendance”.

Théologie “académique”

Une Eglise peut reconnaître la valeur de ce qui est discuté en théologie, au moment où celle-ci participe de la discussion scientifique générale. C’est le cas à l’université, dans les hautes écoles, etc.

Groupe d’intérêts

Outre les lieux mentionnés jusque là, on peut encore inviter à consulter les différents groupes d’intérêts qui sont présents dans un espace ecclésial donné. Il peut s’agir de groupes représentant une certaine couleur théologique ou de groupes se préoccupant d’une thématique spécifique.

et le monde ?

L’Eglise (et sa théologie) ne devrait-elle pas écouter ce qui se trouve “à l’extérieur”? Peut-être… mais ce serait admettre que l’opposition entre “intérieur” et “extérieur” aurait du sens pour l’Eglise, ce que je ne crois pas.

L’Eglise est créature du Verbe, mais en tant que telle l’Eglise est dans le monde. Ce qui se passe en elle est bien souvent du monde. De fait rien de ses mécanismes et des réalités auxquelles elle est confrontée dans son existence concrète ne permettait de la différencier d’autres réalités ou d’autres lieux.

L’Eglise atteste d’un décalage en forme d’appel au coeur du monde. Mais le monde n’est pas un lieu parmi d’autre, il est le lieu de l’Eglise. Le discernement théologique a donc toujours lieu dans le monde et pas sans lui.

L’enjeu du discernement théologique c’est que dans le monde, l’Eglise ne se met pas à l’écoute du monde : elle se met à l’écoute de la voix de Dieu, telle qu’elle se donne à entendre dans le monde.

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