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Je vous laisse ma paix

Prédication prononcée le 15.05.2022 à l’Eglise Protestante Française de Zürich

Lectures

2 Timothées 3,14-17

14 Mais toi, demeure dans ce que tu appris et sur quoi tu as acquis certitude, sachant de qui tu l’appris, Σὺ δὲ μένε ἐν οἷς ἔμαθες καὶ ἐπιστώθης, εἰδὼς παρὰ τίνων ἔμαθες,
15 Et que depuis ton enfance tu as connu les saintes écritures, celles qui te donnent de connaître la sagesse [qui mène] au salut par la foi en Christ Jésus. καὶ ὅτι ἀπὸ βρέφους [τὰ] ἱερὰ γράμματα οἶδας, τὰ δυνάμενά σε σοφίσαι εἰς σωτηρίαν διὰ πίστεως τῆς ἐν Χριστῷ Ἰησοῦ.
16 Toute l’écriture est inspirée par Dieu (théopneustique) et utile pour l’enseignement, pour la réfutation, pour la correction, pour l’éducation dans la justice,πᾶσα γραφὴ θεόπνευστος καὶ ὠφέλιμος πρὸς διδασκαλίαν, πρὸς ἐλεγμόν, πρὸς ἐπανόρθωσιν, πρὸς παιδείαν τὴν ἐν δικαιοσύνῃ,
17 Afin que l’homme de Dieu soit accompli, ayant été équipé pour toute œuvre bonne.  ἵνα ἄρτιος ᾖ ὁ τοῦ θεοῦ ἄνθρωπος, πρὸς πᾶν ἔργον ἀγαθὸν ἐξηρτισμένος.
2 Timothée 3,14-17 (traduction personnelle)

Jean 14,27-31

27 Je vous laisse la paix, ma paix je vous donne ; je ne vous la donne pas comme le monde la donne. Que votre cœur ne se trouble pas, ni ne s’effraie. Εἰρήνην ἀφίημι ὑμῖν, εἰρήνην τὴν ἐμὴν δίδωμι ὑμῖν· οὐ καθὼς ὁ κόσμος δίδωσιν ἐγὼ δίδωμι ὑμῖν. μὴ ταρασσέσθω ὑμῶν ἡ καρδία μηδὲ δειλιάτω.
28 Écoutez ce que je vous ai dit : « je me retire et je reviens vers vous. » Si vous m’aimiez, vous vous réjouiriez de ce que je m’en vais vers le père, car le père est plus grand que moi. ἠκούσατε ὅτι ἐγὼ εἶπον ὑμῖν· ὑπάγω καὶ ἔρχομαι πρὸς ὑμᾶς. εἰ ἠγαπᾶτέ με ἐχάρητε ἂν ὅτι πορεύομαι πρὸς τὸν πατέρα, ὅτι ὁ πατὴρ μείζων μού ἐστιν.
29 Je vous ai dit cela maintenant, avant que cela n’arrive, afin qu’au moment où cela arrive vous croyiez.  καὶ νῦν εἴρηκα ὑμῖν πρὶν γενέσθαι, ἵνα ὅταν γένηται πιστεύσητε.
30 Je ne parlerai plus beaucoup avec vous, car celui qui règne sur le monde est en train de venir ; il n’a aucun pouvoir sur moi.οὐκέτι πολλὰ λαλήσω μεθʼ ὑμῶν, ἔρχεται γὰρ ὁ τοῦ κόσμου ἄρχων· καὶ ἐν ἐμοὶ οὐκ ἔχει οὐδέν,
31 Mais le monde doit savoir que j’aime le père et que j’agis selon ce que le père m’a commandé. Levez-vous et partons d’ici.ἀλλʼ ἵνα γνῷ ὁ κόσμος ὅτι ἀγαπῶ τὸν πατέρα, καὶ καθὼς ἐνετείλατό μοι ὁ πατήρ, οὕτως ποιῶ. ἐγείρεσθε, ἄγωμεν ἐντεῦθεν.
Jean 14,27-31

Ma transmission

Je suis mort. Tout va bien. Je ne suis pas seul, tout le monde est là. C’est à mon tour de passer. Je me retrouve devant St. Pierre. Avant de me laisser entrer il me demande : que souhaiterais-tu garder de ta vie ? Je lui répond : tout le bien-être qu’il a été donné de vivre. Pierre me répond : très bien, il faudra que tu me le donnes avant d’entrer.

Ce que Paul donne à transmettre

La lettre à Timothée témoigne d’une communauté en mutation : elle doit s’installer dans la durée, assurer la transmission. Dans ce contexte, elle fait face à un problème : la communauté risque de se détourner de l’essentiel – rien de moins que la vie vécue auprès de Dieu, la vie éternelle, la vie bonne.

Parmi ces différentes indications, l’auteur de la lettre insiste sur deux choses importantes : (i) ce qui est à transmettre, c’est l’Evangile ; (ii) les Ecritures nous aident à faire cette transmission.

L’Evangile désigne quelque chose de précis chez Paul. Il s’agit d’assurer la transmission de la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ, « descendant de David et ressuscité d’entres les morts » (2 Tim 2,8). Il s’agit d’un message à annoncer et à enseigner (2,2). On en trouve une version plus longue ailleurs dans les Ecritures : « Le Christ est mort pour nos péchés, comme l’avaient annoncé les Ecritures ; il a été mis au tombeau et il est ressuscité le troisième jour, comme l’avaient annoncé les Ecritures » (1 Co 15,3-4). L’Evangile, rend témoignage de la présence de Dieu en Jésus-Christ. Et l’expérience que fait Paul, c’est que ce témoignage met en lumière la présence de Dieu ici et maintenant, avec nous.

L’Ecriture doit nous aider à assurer cette transmission de l’Evangile – face à la disparition de la première génération des témoins de la résurrection (tant les disciples du Christ que celles et ceux qui ont rencontré le ressuscité), les Ecritures aident à assurer la transmission de l’Evangile. « Toute personne qui est au service de Dieu sera parfaitement préparée et équipée pour bien agir à tous égards. » (2 Tim 3,17)

Sola scriptura

Cette affirmation sur le rôle des Ecritures rappelle le Sola Scriptura, l’attachement aux Ecritures propre aux protestantismes. Deux remarques s’imposent cependant.

  • L’Evangile ne se confond pas avec les Ecritures
  • Ce que recouvre la notion d’Ecriture varie avec le temps : les Ecritures dont Paul parle ne sont pas les mêmes que celles conservées dans nos Bibles.
  • Nos canons bibliques sont porteurs de textes qui parlent de l’Evangile et des textes dont ont dit qu’ils sont utiles pour le transmettre.

Une certaine tradition protestante a mis l’accent sur la transmission de la Bible, de sa lecture, etc. On peut notamment comprendre le catéchisme comme le fait de donner accès à une lecture de la Bible. Cela pose cependant une question : la transmission de la Bible a elle seule, garantit-elle la transmission de l’Evangile ?

Cette question met en évidence la nécessite du discernement des moyens utiles et bons à la transmission de l’Evangile. Nous avons besoin d’aide – on pourrait dire des outils et des instruments – dans la transmission de l’Evangile. Mais l’instrument ne nous dit pas en tant qu’instrument à quoi ressemble l’Evangile à transmettre – de quelle manière il impacte notre vie pour ainsi dire, quelle couleur il lui donne.

Quels sont les points de repères pour au moins avoir une idée de ce que nous avons à transmettre – rien de moins que le témoignage qui ouvre à la présence de Dieu ici et maintenant.

Le don de Jésus

Retournons à ce que Jésus transmet / donne. Jésus enseigne, il guérit, il réintègre les marginaux dans la communauté, il rétablit le lien avec Dieu et il dénonce les abus de ceux qui sont en position d’autorité – et ces éléments sont caractéristiques de sa vie, jusqu’à sa mort sur la croix. Non seulement il le fait lui, mais il permet à d’autres de le faire également – cf. l’envoi des disciples (Lc 9,2), mais aussi la vocation que reçoit Paul de la part du ressuscité (1 Co 15,8-10).

On peut voir un résumé de cela dans le fait que Jésus laisse sa paix à ses disciples (cf. redoublement). Deux remarques à propos de cette paix :

  • La paix n’est pas que l’absence de confit : c’est la fracture réparée, la réconciliation, la guérison. C’est l’état dans lequel est une chose lorsqu’elle est entière, complète. C’est la paix de la création de Dieu (shalom).
  • La paix de Jésus n’est pas imposée, elle est donnée. Elle se distingue en ce sens de la pax romana (pacification des conflits) ou d’une paix issue de l’équilibre des forces (guerre nucléaire).
  • Le caractère de cette paix, ce qu’elle est, est manifesté sur la croix.
  • L’autre mention de la paix est faîte lors de la rencontre du ressuscité (Jean 20)

Notre participation à ce don

Dans la transmission de l’Evangile, nous avons à nous faire porteur de cette paix où Dieu lui-même rentre en scène : guérison, réconciliation, rétablissement de la justice.

Nous sommes appelés à être porteurs de cette paix dans toutes nos relations vitales (familles, voisinage, co-créatures, soi-même).

À la fin

Nous ne possédons pas la paix donnée : comme Christ, nous sommes appelés à la laisser à d’autres.

C’est pour cela que :

  • L’Ecriture aide, mais ne garantit pas la transmission de la paix
  • Notre propre comportement a un rôle fondamental, mais ne garantit pas la transmission de la paix

Seul l’Evangile, la rencontre du Crucifié-Ressuscité et le don de son Esprit-Saint, portent définitivement cette paix. Nous mêmes ne pouvons qu’essayer d’être les témoins de cette paix.

Notre héritage se mesurera à la question suivante : aurai-je ou nous témoigné, dans ma vie, dans le monde, auprès de mes co-créatures et devant Dieu, de cette paix que le Christ a donné et continue à donner ?

Quelle que soit la réponse concrète à cette question, il nous restera toujours cette parole : « La paix je vous laisse, je vous donne ma paix ». Et quel que soit l’héritage que vous laissez, cette paix et tout ce qu’elle implique, ne vous sera pas retirée.

Amen. 


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