De heal à tank – Des rôles dans la vie

Il y a quelques temps Benoit Ischer publiait sur Open Source Church un article qui m’avait touché au coeur, sur la manière de comprendre les rôles dans le travail en équipe : Pour moi, le travail en équipe, c’est comme dans les jeux en ligne…

Vas lire cet article avant de continuer.

Un bout d’expérience

Moi-même j’ai joué assez intensément à World of Warcraft (WoW) pendant un temps (surtout les périodes Burning Crusade jusqu’à Cataclysm – et reprenant de temps en temps, mais jamais sur la durée).

J’ai aussi touché un peu à d’autres MMO durant cette période (Lord of the rings online ; star wars : the old republic ; secret world ; Guild Wars II ; etc. ).

Et oui : c’est vrai, on apprend beaucoup du travail en équipe dans ces jeux. Non seulement au niveau du jeu en équipe (donjons, raids, Player VS Player), mais aussi en terme de gestion de groupe. Dans les MMO il y a souvent des systèmes de guildes, qui regroupent parfois des centaines de joueurs. J’ai moi-même pendant un temps été Maître de Guilde sur WoW : une période très formatrice.

Même si en ce moment je ne joue pas à un MMO, je garde le bagage d’expérience accumulé durant cette période précieusement dans ma besace. Et la proposition de Benoit de penser la gestion d’équipe à partir de la trinité tank/heal/dps est stimulante !

La trinité en bref

Rapidement ce que développe Benoit :

Tank : rôles de leadership ; caractéristiques importantes : résilience, charisme, courage, abnégation. Dans le jeu, c’est lui qui concentre sur lui l’attention des ennemis et évite que les autres joueurs ne prennent des dégâts.

Heal : rôles de soutien / care / stress management ; caractéristiques importantes : empathie, réactivité, stratégie, abnégation. Dans le jeu, il a pour rôle de maintenir le niveau de vie des joueurs au plus haut.

DPS : rôles d’exécution ; caractéristiques importantes : passion, communication, coordination, humilité. Dans le jeu, il a pour rôle de descendre la vie de l’ennemi.

Dans les faits, la déclinaison des rôles peut être plus variées et il y a différents styles, ou manières, de gérer un rôle – d’où souvent la présence des systèmes de classes, ou des embranchements types dans des arbres de compétences.

Mon rôle dans le jeu

Dans le jeu, j’ai la majeure partie du temps joué Heal. J’appréciais en effet beaucoup l’aspect de “vision d’ensemble” qui allait avec ce rôle. En retrait, tu es obligé d’avoir une bonne perception de l’ensemble de la situation pour maintenir tout le monde à flots – ce qui implique aussi d’anticiper les pics de dégâts qui peuvent advenir au cours d’un combat. Être heal implique aussi de bien connaître la stratégie.

Je ne voulais pas être tank : trop exposé, avec un côté “le nez dans le guidon”. Je ne voulais pas être DPS : trop compétitif. De plus, l’avantage d’être heal, c’est que t’es plus ou moins certain de toujours trouver de la place dans un groupe ! (Idem pour tank).

Mes rôles dans la vie

Heal de coeur

Pendant un temps, j’ai toujours pensé que j’étais plutôt un heal : peur de me mettre en avant, pas fan de la compétition, tendance à l’empathie, attentif à l’état de stress des groupes, etc. ça a aussi été l’une de mes motivations pour me lancer en théologie : faire quelque chose où dans la finalité professionnelle on accompagne des humains.

De fait, dans la Protection Civile, c’est l’un des rôles que je tiens. Je fais partie de la Cellule de Soutiens, qui est en gros le care team de la protection civile. Nous n’interviendrons jamais sur le terrain s’il y a une intervention avec confrontation potentielle à la mort. Par contre nous serons là pour accueillir et accompagner les personnes suite à l’intervention, leur donner accès à leurs ressources pour redémarrer dans le quotidien. Au sein de la PCi, notre fonction prime sur le grade : nous sommes des partenaires de discussion pour tous les échelons de la hiérarchie.

J’ai également un peu ce rôle de heal au Séminaire de Culture Théologique où je coach les étudiants-es sur leurs travaux, ou à la faculté de théologie dans mon rôle d’assistant. En tant qu’auxiliaire pédagogique ou assistant, je ne fais pas le travail à la place des étudiants-es (DPS) et ce n’est pas moi qui donne la direction du cours (Tank). Par contre j’ai une visions d’ensemble qui me permet de soutenir tant les étudiants-es que le professeur dans leur quête commune : réussir la formation !

Tank en développement

Comme je le disais au début, j’ai aussi été Maître de Guilde en jeu. En fait, c’est une fonction que je me découvre en ce moment dans d’autres contextes. Plus jeune, je ne pouvais pas vraiment l’assumer, parce que j’avais trop peur de décevoir. Je ne faisais pas assez confiance à mon intuition et j’avais toujours peur de ne pas être aimé – c’est pas tout à fait fini ça d’ailleurs.

Tank pour faire plaisir

Je n’ai jamais joué tank. Par contre j’ai été pendant un certain temps Maître de Guilde sur le jeu, avec des rooster numériquement assez important (une centaine de personnes au pic). C’était émotionnellement très épuisant. Je voulais satisfaire tout le monde, tout en essayant de tenir un rythme correct au niveau de nos activités. Le problème, c’est qu’avec cette fatigue émotionnelle, je pouvais parfois devenir très autoritaires durant nos donjons ou nos raids – vu que ça m’arrivait aussi de faire Raid Leader.

Ce qui était étonnant, c’est que dans ma vie quotidienne je me suis retrouvé plusieurs fois à des postes de présidence avec une attente de leadership, alors même que je n’avais pas forcément l’assise intérieure pour. J’ai été président de la troupe de théâtre Hercule Savinien (2013-2015), j’ai été vice-président de l’association des étudiants en théologie de la FTSR (pas long) et récemment je me suis retrouvé président de la Société Vaudoise de Théologie.

Le problème, c’est que je pense qu’au départ j’ai pris ces postes pour “faire plaisir”, alors que je n’avais pas du tout ce qu’il fallait en terme de résilience et de compétence de leadership : déléguer, énoncer des objectifs clairs, faire des bilans, etc. En gros, vous avez un tank qui en même temps veut healer les gens et faire du DPS – ce qui n’est pas tenable.

Tank assumé

Récemment j’ai découvert en profondeur ce que ça veut dire que d’être enfant, ou fils de Dieu. Ce qui a passablement changé la donne dans ma capacité à guider des projets (cf. Galates 4,7) – peut-être que j’écrirai une fois quelque chose à ce sujet.

Pour un bout, si je me retrouvais à ces postes de tank, ce n’était pas uniquement pour faire plaisir. C’est aussi parce que j’ai des éléments de visions, je veux faire avancer les choses et faire aboutir les projets.

Toujours à la protection civile, j’ai fait la formation pour être chef de groupe. Dans ce cadre tu apprends ce que c’est que de diriger une équipe : là non plus, ce n’est pas à toi d’être l’exécutant. Tu dois avoir un pas de recul pour pouvoir toujours garder la visibilité sur ce qui se passe. Par contre, contrairement à ce que je fais dans la cellule de soutien, en tant que chef de groupe tu dois être sur le terrain, tu fais partie du “combat”. Tu dois pouvoir donner des indications claires et précises, ainsi qu’avoir le discernement nécessaire pour pouvoir modifier le plan d’action si la situation l’exige. Je retrouve là-dedans les éléments du tank tel que le décrit Benoit.

C’est aussi ce rôle que j’essaie d’habiter maintenant dans mon rôle de président à la Société Vaudoise de Théologie, ou dans d’autres projets. Dans ce genre de rôle, il faut savoir garder une vision d’ensemble, donner des impulsions et assurer un cadre tout en laissant aux autres de la place pour qu’ils puissent être les moteurs principaux de la quête – éviter d’être un tank qui veut faire le DPS à la place des autres.

DPS quand il faut et apprendre à alterner

Une part en moi aimerait être plus souvent DPS. Juste taper dans le lard, pendant que d’autres s’occupent de l’ambiance ou de la coordination.

De fait, je pense qu’il y a des situations où je me retrouve DPS. Pour mes études par exemple, j’ai été plutôt un bon DPS et j’ai eu du plaisir à cela. En même temps, je pense que je ne suis pas assez rigoureux ni assez perfectionniste pour être pleinement un DPS – je n’ai pas l’esprit assez compétitif de ce côté. Par contre si j’ai un cadre clair et des indications ciblées je peux exécuter mes missions avec plaisir : être dans l’action, sans avoir à assurer le lead.

Je pense aussi qu’il est possible d’alterner dans les rôles. Ce n’est peut-être pas accessibles à tous-tes, mais pour part j’en fait l’expérience.

Le plus frappant c’est dans l’équipe avec qui je travaille à des projets musicaux (Unphased Project). Ici j’apprends vraiment à alterner les rôles et avoir de l’agilité dans l’alternance.

Parfois il faut savoir être tank sur une situation : qu’est-ce qu’on va faire ce soir ? Comment on va prendre cette décision ? Diriger une négociation avec des potentiels partenaires, lancer des processus, etc.

Parfois il faut savoir être DPS : composer une partie symphonique, trouver un bon son de synthé pour une partie, aider à l’enregistrement, composer et enregistrer une ligne de piano.

Parfois il faut savoir être heal : lorsqu’il y a un désaccord sur un point, ou des tensions, mettre en place les conditions pour pouvoir échanger sainement ; valoriser et mettre en avant les moments récréatifs ; prendre le temps de parler avec chacun.

Réflexions de fin

J’aime beaucoup cet exercice de réflexion à partir des rôles que présentent la sainte trinité du MMO. Cela permet de réfléchir à la place que l’on prend dans le fonctionnement d’un groupe en action, par rapport à ce qui nous parle le plus intuitivement.

Je pense aussi que chaque personne a le potentiel de développer des compétences dans chacun des rôles. Ces derniers temps je suis vraiment en train d’éprouver mes skills de tank. Et il y a toujours des domaines où l’on sait faire soi-même du bon DPS.

Il y a sûrement des limites à l’exercice.

Là où je trouve la description du rôle du tank proposée par Benoit un peu contre-inuitive, c’est que dans la vie quotidienne, tanker ne doit certainement pas consister à prendre sur soi – ce que le tank fait concrètement dans le jeu. Par contre, il y a bel et bien ce côté où le tank concentre l’action, afin de permettre que l’action se déroule – et ça, je peux le retrouver dans le leadership.

D’autre part, la modélisation à trois pôles est peut-être un peu simpliste – d’ailleurs pas tous les MMO fonctionnent ainsi, ni les RPG. Il y a des tests de personnalité qui présentent beaucoup plus de variété. J’aime beaucoup par exemple le 16 personnalities qui présente une palette stimulante (et c’est joli en plus).

Moi pour ma part, en ce moment je suis “Protagoniste – ENJF-A” – ce qui rejoint mes développements de skill de tank.

Il y a des enjeux théologiques derrière cette vision des “fonctions”. Personne n’est appelé à tout faire dans le Royaume et dans l’annonce de celui-ci. L’Eglise est composée d’une diversité de membres, dont chacun est porteur de charismes particuliers. Cf. 1 Corinthiens 12,12-30. Les tests de personnalité ou les modélisations de rôles, comme celle que proposent Benoit, peuvent nous aider à identifier quels sont nos propres charismes, quels sont les points où notre propre contribution personnelle à l’annonce de l’Evangile et à l’édification du corps du Christ sera la plus épanouissante.

Mais il ne faut pas confondre le modèle avec la réalité : de fait le jeu que nous jouons tous ensemble dans le monde, avec l’aide de Dieu, est guidé par des paramètres autrement plus complexes que ceux qui guident le MMO. Mais les analogies à tirer sont importantes, et le MMO – ou d’autres jeux de coopérations – sont des bons bac à sable pour identifier nos propres charismes et le rôle que nous sommes chacun appelés à jouer dans le jeu de l’Esprit-Saint.

Et toi, quel est ton rôle ?

5 réponses sur “De heal à tank – Des rôles dans la vie”

  1. Génial, merci beaucoup Elio (et Benoît d’avoir proposé cette métaphore) !

    J’ai jamais fait de MMO, mais c’est cool de voir ce que ça porte de formateur !

    Je me retrouve bien dans le danger de Tanker “pour faire plaisir”, “en voulant satisfaire tout le monde”, ce qui n’est pas la bonne attitude.

    J’espère que tu vas écrire l’article sur ce que tu as découvert de ton identité de fils de Dieu, et comment ça t’aide à guider des projets autrement.

    1. C’est absolument horrible de “tanker pour faire plaisir”… ça coupe toute la force d’initiative, de cadre et de direction qu’il faut pour pouvoir assumer cette position : parce qu’il y aura de la résistance de toutes parts (aussi des parts bienveillantes) et le tank doit savoir résister (en amour, cela va de soi, mais résister quand même) – et résister, j’y tiens, je ne crois pas que ce soit “prendre sur soi”, mais remettre à Dieu et agir à sa suite.

      Je note pour l’article sur la découverte de la filiation 🙂 Je sais pas si je suis déjà mûr, mais c’est pas loin !

  2. Merci, cher Elio, de cette analogie qui m’a fait entrer dans un univers inconnu pour moi. Quand est-ce que l’opf va instaurer une année de WoW dans la formation des ministres ?

    Pour ma part, et de prime abord, je me vois assez heal. L’empathie… Et je me souviens d’une remarque : ”je sens qu’à toi, je pourrais tout dire.” Et cette autre tout dernièrement : “Tu pourrais suggérer cela, parce que tu n’es pas du genre à imposer.”

    Mais, en y réfléchissant 3 secondes, je sais organiser, préparer une formation pour des bénévoles , collaborer dans la préparation et l’animation, veiller à ce que tout se passe bien. Y a un peu DPS ou Tank qui sommeille en moi.

    Et je constate aussi que parfois les autres joueurs de ma vie de ministre ne jouent pas le même jeu que moi et que si je veux attaquer le donjon, eux partent en campagne. Toute ressemblance…

    Réflexion à suivre. Belle suite.

    1. Ha ! Il y aurait effectivement matière à penser à une formation au travail en équipe via des séances de MMO (ou d’autres jeux collaboratifs qui impliquent une interactions de différentes spécialisations). Merci d’avoir instillé cette idée en moi !

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