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Dire le Dieu tout-puissant

Pâques c’était hier. Maintenant c’est la vie avec le Dieu, un Dieu confessé comme tout-puissant.

En lisant l’édition avril 2020 du journal Réformés (Vaud, Gros-de-Vaud – Venoge), j’ai eu le plaisir de lire un petit encart (p. 32) de la pasteure Emmanuelle Jacquat. Sur le thème de la toute-puissance de Dieu.

Une phrase m’a laissé songeur, à la fois par ce que je la trouve forte et en même temps parce qu’elle appelle à développement : « La toute-puissance de Dieu se trouve dans nos fragilités ».

Dans mon travail de mémoire de master (théologie), j’ai travaillé le thème de la toute-puissance de Dieu. J’y avais été motivé par la lecture de l’oeuvre du philosophe américain John D. Caputo, et son ouvrage The Weakness of God (Indiana University Press, 2006). On le trouve traduit chez Labor et Fides, La Faiblesse de Dieu (2016).

La faiblesse de Dieu
Labor et Fides, 2016

Ce qui m’avait surtout fasciné, c’était le point de contact que cette philosophie théologique entretenait avec la pensée postmoderne – généralement, le post-structuralisme. Une pensée ouverte à la créativité et à l’ambiguïté, ouverte sur la pluralité qui correspond à ma propre expérience du monde.

À la fin de mon travail, je n’étais pas contre plus convaincu de l’option radicale mise sur la « faiblesse de Dieu » – c’était une réflexion qui avait sa prenait racine plutôt dans la philosophie et qui touchait vite à certaines limites en théologie (notamment face à l’exégèse et à l’éthique).

Non pas que la notion de « faiblesse de Dieu » n’aurait aucun sens (cf. 1 Co 1,25), mais que ce n’est pas elle qui provoque le plus de sens.

Mais ce que ce travail m’a donné à repensé, c’est la manière de parler de la toute-puissance de Dieu. C’est bien la manière qui est décisive si l’on veut parler théologiquement du Dieu tout-puissant.

L’habitude de la toute-puissance

Dans la doctrine traditionnelle, la toute-puissance est l’un des attributs du Dieu unique, avec l’omniscience, l’omniprésence, la perfection, etc. Cette notion accompagne la théologie chrétienne depuis longtemps, mais a subi une crise importante durant la période contemporaine.

L’idée de toute-puissance se retrouve premièrement dans le Symbole des Apôtres, au premier article :

Je crois en un seul Dieu, le Père Tout-Puissant, Créateur du ciel et de la terre

Symbole des Apôtres

La notion de toute-puissance traduit ici le terme grec παντοκράτωρ (pantokratôr), que l’on trouve utilisé dans le livre de l’Apocalypse, mais aussi en 2 Co 6,18 – une référence aux Ecritures juives.

Dans la Septante, ce terme grec traduit le titre de YHWH Tseba’ot (יהוה צבאות) – ce qui se traduit par Yhwh des armées, ou Yhwh-armées. On connaît peut-être plus habituellement ce terme comme « Le Seigneur des armées ».

Christ Pantocrator

Le terme « pantocrator » s’applique aussi au Christ en gloire, précisément celui qui est présenté dans l’Apocalypse. L’art byzantin aura fait de cette figure l’une de ses marques de fabrique.

Par la suite, attribuée à la figure trinitaire du Père, la tradition théologique latine au début de la modernité pouvait voir dans ce terme l’idée d’un Dieu qui contrôle tout et maîtrise tout. Dieu comme « cause » de toute choses. Autant dire que l’histoire de l’humanité et de la nature met régulièrement en crise cette vision des choses.

Ce discours n’était-il pas que le reflet d’un esprit humain craintif, un esprit en manque de contrôle et de pouvoir sur son existence? Peut-on concilier la connaissance de Dieu issue de la croix, l’affirmation que Dieu est amour, et l’idée du Dieu tout-puissant ?

Raconter le tout-puissant

Le danger est d’avoir une conception abstraite de la « toute-puissance ». Là toute-puissance, ce n’est pas que Dieu fait ce qu’il veut comme il veut, quand il veut et qu’il contrôle tout.

La « toute-puissance » de Dieu, c’est ce que Dieu a fait, fait et fera dans son histoire avec nous. Je ne peux pas dire par avance ce que ce sera, mais je peux seulement croire que ce sera comme ce qui s’est passé avec Jésus-Christ.

C’est une puissance sur laquelle je n’ai pas prise, une puissance qui n’est pas la mienne. Mais a un moment où un à un autre, elle se manifeste. Et pour la foi chrétienne, elle s’est définitivement manifestée dans la personne et l’histoire de Jésus de Nazareth, celle qui raconte sa vie, sa mort et sa résurrection.

Une des conclusions de mon travail, c’était que l’on ne pouvait pas dire le Dieu tout-puissant autrement que par les récits qui la mettent en scène. La libération d’Egypte, le Royaume d’Israël et l’Exil, le récit de Création, les Actes des Apôtres, les évangiles. Et Pâques.

La toute-puissance de Dieu ne se postule pas. Elle se raconte et se met en scène. Elle peut être dite par des récits, par des gestes et la poésie, par le témoignage.

Ce n’est pas le caractère « incroyable » de tel ou tel prodige ou miracle qui fait la toute-puissance de Dieu – tant et tant sont capables de prodiges (cf. Mt 24,24). C’est la signification que tel ou tel événement prend dans un vécu, dans tels gestes ou dans telles paroles qui importent : sont-ils ou ne sont-ils pas les actes du Dieu vivant ? La narration a cette capacité de rappeler que cet événement n’est pas terminé.

Je ne peux pas vous dire ce que c’est que la toute-puissance de Dieu. Mais je peux vous raconter l’histoire de Pâques… la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ. Mais alors il faut commencer par le commencement :

« Dans le livre du prophète Esaïe, il est écrit… »

Evangile selon Mc 1,2ss

Et toi, quelle histoire raconteras-tu ?


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