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Guérir les mémoires

Cet article fait partie de la préparation au GETI 2022, sous le titre L’amour du Christ déplace/retire les frontières Christ’s Love (Re)moves Borders.

Healing Memories | Le thème

Le premier thème que nous travaillons lors du GETI 2022 a pour titre Healing Memories. On peut traduire ce titre en un sens actif et en un sens plus descriptif.

La mémoire est un élément fondamental de l’existence humaine. Elle structure l’action, la perception de la réalité et de soi-même.

Certains événements du passé sont des blessures ouvertes dans le présent – tant au niveau individuel qu’à un niveau collectif et intergénérationnel. Les violences des générations passées rejaillissent sur les générations présentes. Healing memories peut donc se comprendre en un sens actif, comme le fait de travailler à la guérison des blessures passées en tant qu’elles sont constitutives du présent – un travail qui implique à la fois justice et réconciliation.

Dans un autre sens, le souvenir de certaines situations passées peut avoir un effet thérapeutique et transformateur au présent. Ce sont des mémoires qui guérissent C’est notamment l’une des fonctions des sacrements (baptême et Sainte Cène) dans le christianisme. Pour l’Eglise la remémoration de la vie de Jésus-Christ qui a lieu dans les sacrements rend présent le Règne de Dieu et cette présence du Règne de Dieu transforme l’état présent du monde.

Quelles blessures ? | Mon contexte

Quelles sont les événements douloureux de l’histoire de l’Eglise protestante en Suisse ? Quelles sont les relations où il y a un appel à réconciliation ?

Je dois avouer que ces questions me laissent dans un premier temps très perplexe… j’ai bien une série de points où j’imagine qu’un travail de réconciliation serait à faire :

  • Violences inter-confessionnelles à la suite de la Réformation – les violences exercées entre catholiques et protestants, qui ont profondément marqué l’histoire politique, culturelle et religieuse de la Suisse.
  • Violences intra-protestantes – les violences exercées par les milieux protestants dominants à l’égard des dissidences protestantes (anabaptismes, piétismes, etc.)
  • Participation des Eglises protestants à la dynamique coloniales par les oeuvres de mission.
  • Ambivalence dans l’accueil des réfugiés juifs durant la seconde guerre mondiale.
  • Soutien positif à l’islamophobie en Suisse.

J’imagine qu’il y aurait un travail de mémoire et de réconciliation à faire dans ces domaines. Mais à vrais dire, je n’ai pas de certitudes objectives à ce sujet. Je ne saurais pas dire où les plaies sont vives – mon impression est plutôt que l’Eglise protestante en Suisse souffre d’une forme d’indifférence, ou d’apathie à l’égard des réalités douloureuses autres que celles qui la concerne directement : perte d’influence du protestantisme, diminution des membres et des ressources humaines (vocation au ministère en Eglise), etc.

Intuition | Souvenirs de la posture dominante

En tant qu’anciennes Eglises d’Etat, les Eglises protestantes en Suisse ont longtemps été dans des postures de dominations. Cette situation change aujourd’hui. Dans un régime sociétal pluraliste la relation des Eglises à l’Etat se justifie par le bénéfice que la société tire de l’activité des communautés religieuses en son sein et non par l’identité confessionnelle de l’Etat. En principe les Eglises protestantes sont maintenant une communauté parmi d’autres.

Cette posture est inhabituelle pour les Eglises dont je fais partie. Avant nous nous adossions sur le pouvoir civil et avions le monopole de cette position. Aujourd’hui nous sommes en principe dans un rapport d’égalité avec des communautés qui, par le passé, ont été considérées comme un problème par le pouvoir civil.i

J’émets l’hypothèse que ce changement de statut devrait mener à reconsidérer notre manière d’interagir avec les autres communautés protestantes – celles que par le passé nous étions appelés à canaliser voire à réprimer. Je pressens aussi que ce changement de statut a aussi un impact à l’égard de la posture que les Eglises protestantes sont appelées à adopter à l’égard des communautés issues de l’immigration.

Passer par un travail de mémoire pourrait peut-être permettre de nous pencher sur nos préoccupations présentes de manière renouvelées. Ne sont-elles pas les symptômes de blessures plus profondes dans la manière que les Eglises protestantes Suisses ont fait usage de leur pouvoir et alors qu’elles étaient dans une posture dominante ? Ou bien suis-je seulement en train de fantasmer un problème là où il n’y en pas ?


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Notes de bas de page de l'article
  1. Un examen de la réalité matérielle devrait mener à nuancer cette affirmation. La réalité de cette égalité diffère en fonction des modalités de reconnaissance des communautés religieuses propres à chaque canton[]

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