Face aux accusations ou à la culpabilité d’abus d’une figure intellectuelle d’envergure, faut-il distinguer entre l’œuvre et l’auteur ? Dans cet article, je reviens sur un enjeu crucial pour la transformation de la culture ecclésiale par rapport à la réalité des abus et de leur couverture. Je propose un rapport différencié et critique à l’œuvre, qui vise à protéger les victimes et à ne pas armer davantage les auteurs potentiels.
Contextualisation d’un cas d’abus présumé
Après la publication d’une enquête du média français Le Cri sur les abus présumés du théologien et professeur honoraire de Nouveau Testament Daniel Marguerat (L’enquête impossible, 26 mai 2026 – signé Alix Champion), sa réception dans les médias romands et la prise de « mesures conservatoires » de la part de la Conférence des Églises réformées Romandes (Protestinfo, 23 juin 2026 – signé Francesca Sacco), différentes personnalités du milieu réformé romand ont manifesté leur soutien à son égard. Le pasteur Joël Guy et l’ancien membre du conseil national Claude Ruey ont notamment signé un courrier des lecteurs du 24 Heures appelant à distinguer « l’œuvre et l’auteur » dans le traitement de cette affaire.
En quoi ses ouvrages de théologie et d’exégèse devraient-ils être condamnés ? Quelle que puisse être l’appréciation portée sur certains comportements passés, leur qualité scientifique et leur apport à la recherche biblique demeurent entiers. Confondre l’œuvre et la personne est une erreur qui ne grandit pas le débat. (24 Heures, 11 août 2026)
Ce courrier des lecteurs réagit à un article du 24 Heures qui présentait le positionnement d’Echo Magazine, de la librairie Payot et de la maison d’édition Cabédita par rapport à l’enquête menée par Le Cri (Le théologien vaudois boycotté par les Églises vend encore « très bien » ses livres, 7 août 2026 – signé Luca Vuilleumier).
Cette réponse me paraît hautement problématique. Elle témoigne à mon sens d’un déficit dans la perception des enjeux et mécanismes d’abus propres au monde protestant.
Le poids d’une figure
Le premier point qu’il faut relever, c’est que la situation auquel le milieu réformé romand fait face est profondément irritante et inconfortable. Daniel Marguerat a formé des générations de théologiens et de théologiennes à l’exégèse du Nouveau Testament. Il a une place importante dans la recherche francophone sur le christianisme ancien. Il est connu et reconnu publiquement pour ses talents de vulgarisateurs. Il fait partie des figures qui ont forgé le protestantisme romand de ces 40 dernières années et qui a largement contribué à son rayonnement.
Lorsque l’intégrité morale d’une figure de ce calibre est remise en cause, c’est toute une génération et toute une culture qui se trouve aussi remise en question. Et ce n’est pas un phénomène où le protestantisme romand est isolé : le traitement médiatique des cas de Jan Joosten (RTS religion, 26 juin 2020), Elian Cuvillier (Réforme, 10 février 2025) et Michael Langlois (Médiapart, 7 mai 2026) et plus anciennement de Jean Ansaldi (1934-2010) (Réforme, 26 mai 2025) signalent la perception progressive d’une problématique plus globale dans le protestantisme, notamment dans son élite académique.
Ces enquêtes pointent du doigt un élément structurant des constellations d’abus dans le contexte protestant : la place centrale des professeurs de théologie dans la hiérarchie symbolique propre à ce milieu, renforcée par leur place cruciale dans le parcours de formation des professionnels et par leur renommée éventuelle. Ces profils sont de fait à risques – et le milieu doit apprendre à se positionner par rapport à ce que ce risque implique.
« Distinguer l’œuvre et l’auteur »
Dans ce genre de situation, la distinction invoquée par Joël Guy et Claude Ruey est trop courte : le statut de professeur, ainsi que l’éventuelle renommée dont bénéficie la personne structurent une relation asymétrique décisive pour les situations d’abus. L’oeuvre d’une personne lui confèrent une autorité et un pouvoir symbolique non négligeable.
De plus, les enquêtes réalisées ces dernières années dans le milieu protestant germanophone ont montré que la renommée et le statut ont notamment une incidence cruciale sur la protection que le milieu accorde à l’abuseur – par le fait de lui conférer une forme d’immunité morale dans le milieu, ainsi que par l’effet de « protection par les pairs ».
J’indique ici trois ressources qui documentent très bien ces enjeux :
- L’étude Forum sur les abus et violences sexuelles dans l’EKD et la diaconie en Allemagne (téléchargable en libre accès à ce lien)
- Isabelle Noth et Matthias Wirth (éds.), Sexualisierte Gewalt in kirchlichen Kontexten, Brill, 2021 (La violence sexuelle dans les contextes ecclésiaux)
- Elis Eichener et Isolde Karle, Pastoralmacht und sexualisierte Gewalt. Dynamiken und Risikofaktoren in der evangelischen Kirche (Pouvoir pastoral et violence sexuelle. Dynamiques et facteurs à risques dans l’Église protestante), Transcript, 2026 (téléchargeable en libre accès à ce lien)
L’« œuvre » (livres, recherches, conférences, prises de parole, documentaire, etc.) est évidemment constitutive de la renommée. Dans le cas d’un professeur d’université elle est aussi constitutive du statu. Ce que le milieu et le public en général fait de l’œuvre d’une personne soupçonnée d’abus n’est donc pas anodin. La manière de mobiliser cette œuvre va jouer un rôle dans le renforcement ou l’affaiblissement de l’autorité symbolique dont profite son auteur.
Dans le cas de Daniel Marguerat, l’œuvre et l’autorité qu’elle confère à l’auteur est donc bel et bien un enjeu que l’on ne peut pas évacuer d’un revers de main, comme me semble le faire ce courrier des lecteurs. Elle est à la source d’une reconnaissance symbolique qui est au bénéficie de l’auteur et qui nourrit sa position au sein du milieu.
Il faut toutefois relever que ce cas d’accusation pose le milieu romand face à un apprentissage impératif : en effet, l’œuvre de Daniel Marguerat a une importance significative pour le milieu protestant romand. Elle a une place cruciale dans un milieu qui distribue le pouvoir de manière tout à fait précise – voir à ce propos l’excellent article de Jérôme Grandet (L’Eglise, un système inégalitaire comme les autres, 29 août 2026).
Lorsque l’on fait face à un abus présumé, que faire de l’œuvre de la personne accusée ? Plus loin : comment gérer l’héritage intellectuel et culturel d’une personne qui se révélerait effectivement coupable d’abus ?
Une comparaison qui élude le problème
Joël Guy et Claude Ruey titrent leur courrier « Faut-il brûler les écrits de saint Augustin et de David? »
Chacun sait que saint Augustin n’a pas toujours mené une vie exemplaire avant sa conversion. Chacun sait aussi que le roi David s’est rendu coupable de fautes graves. Faut-il pour autant condamner leurs écrits, brûler les Confessions ou déchirer les psaumes? Évidemment non. La valeur d’une œuvre se réduit-elle vraiment aux faiblesses de son auteur? Évidemment non!
L’argument compare deux choses non comparables : l’héritage de l’œuvre d’une personne décédée et l’héritage de l’œuvre d’une personne vivante. D’un côté on a une situation passée, sans victimes en attentes de justice. De l’autre, on a une personne vivante soupçonnée d’avoir commis des abus, avec d’éventuelles victimes vivantes. De ce fait le raisonnement de Joël Guy et de Claude Ruey, masque complètement la problématique de la situation actuelle.
Pour l’instant aucun procès n’a jugé la situation de Daniel Marguerat. Mais même avant cela, il n’est prévenu d’aucun délits. Une enquête du ministère public est apparemment en cours (RTS, 19 juin 2026). Le milieu réformé se trouve donc dans une situation de doute et d’évaluation des risques : en attendant qu’une enquête tranche, comment gère-t-on cette situation ?
Protéger d’abord la parole
Face à la prise de conscience des mécanismes d’abus à l’œuvre dans les milieux protestants, une première transformation à opérer est la sape des mécanismes de facilitation des abus et de protection des abuseurs.
Dans la relation asymétrique, Daniel Marguerat a le pouvoir de son côté. Il s’agirait donc avant tout d’assurer un cadre où les victimes potentielles se sentent suffisamment protégées pour pouvoir prendre la parole publiquement. C’est en effet leur protection qu’il s’agit d’assurer du point de vue du milieu protestant. C’est l’une des conséquences prioritaires à tirer des études sur les abus en contexte ecclésial protestant.
Cela ne signifie pas que la personne soupçonnée doit être « laissée en pâture » à la réponse sociale et médiatique. Toute personne est au bénéfice de libertés fondamentales et seul un procès peut juger de la limitation de certaines de ces libertés. Daniel Marguerat dispose de fait d’instruments légitimes pour se défendre face au dégât d’image suscité par l’enquête de Le Cri, sa reprise dans différents médias, ainsi que ses éventuelles conséquences disciplinaires. D’une part il peut se défendre publiquement (ce qu’il a fait à différentes occasions) et d’autre part il pourrait porter plainte pour diffamation – ce qui n’a pas encore été fait à ma connaissance.
Dans ce contexte, invoquer la distinction entre l’œuvre et l’auteur, c’est donc surtout prendre le risque de faire le jeu de l’inversion accusatoire – une tactique utilisée par les abuseurs ou leurs alliés, ceux-ci le montrent en victime et cherchent à faire porter la culpabilité sur la victime réelle (voir aussi le concept DARVO de Jennifer Freyd). Autrement dit, c’est prendre le risque de protéger l’abuseur et de faire taire les victimes.
L’ambivalence plutôt que l’effacement
Mais plus loin reste la question : comment traiter l’héritage théologique et l’œuvre d’une personne ayant commis des abus ? Cette question n’est pas nouvelle dans l’histoire théologique récente : le cas du célèbre théologien John Howard Yoder (1927-1997), pionnier de l’éthique pacifiste et prédateur sexuel notoire, offre un exemple emblématique. Son apport intellectuel est incontournable. Les agressions qu’il a commises le sont aussi.
Je le précise : les considérations qui suivent ne peuvent pas s’appliquer à l’oeuvre de Daniel Marguerat, dans la mesure où les faits ne sont pas établis. Le travail de mémoire qu’implique la révélation d’abus ne se situe pas au même niveau et ne suit pas les mêmes règles que les mesures conservatoires à entreprendre à l’égard d’une personne suspectée d’abus.
Pour ma part, je ne pense pas que la stratégie de l’effacement – « brûler les livres » ou empêcher leur vente – soit à suivre. Le travail de mémoire invite au contraire à reconnaître l’ambivalence d’un héritage : oui, une personne a marqué de son œuvre une discipline, des générations d’étudiants, une culture. Oui, cette même personne a commis des abus, dont il ne nous appartient pas de juger s’ils peuvent être réparés ou non. L’enjeu dans la réception d’un héritage est de ne pas invisibiliser cette ambivalence et les réalités douloureuses auxquelles elle peut renvoyer. Je veux donner deux exemples qui illustrent ce geste.
Lorsque le travail de mémoire sur la place de l’esclavage en Suisse a mis en évidence l’implication du négociant David de Pury (1709-1786), célèbre figure de l’histoire neuchâteloise, le choix a été fait de rajouter une plaquette explicative, ainsi qu’une oeuvre d’art supplémentaire : la même statue, en plus petite, mais renversée, la tête fichée dans le sol. (Le Temps, 27 octobre 2022)
Une collègue me donnait l’exemple d’une plaque en mémoire de l’abbé Pierre, posée à Saillon dans le canton du Valais : lors de la révélation des aggressions sexuelles perpétrés par l’abbé Pierre s’est posé la question du destin de cette plaque. Plutôt que de la retirer, l’association locale qui en est responsable l’a sciée en deux (Cath.ch, 9 septembre 2024).
Dans les deux cas, c’est une manière de visibiliser la fracture dans l’héritage, sans nier sa réalité. Nommer ou visibiliser l’ambivalence, de manière explicative ou symbolique permet d’introduire une distance critique, qui m’invite au discernement et à un rapport responsable avec une œuvre – notamment à ne pas l’immuniser à l’accusation ou à la critique – et à ne pas invisibiliser l’ambivalence, l’abus ou la violence, lorsqu’elles ont eu lieu.
Ainsi, si je souhaite ou dois mobiliser l’oeuvre de J. H. Yoder pour un texte, je pourrais indiquer à l’aide d’une note explicative, ou dans le corps du texte, la part douloureuse de son histoire, qui marque dorénavant la réception de son oeuvre. Il y a peut-être aussi d’autre manière plus créative de le faire, liée à la mise en forme d’un texte. L’ajout d’une couleur ou d’un symbole peut-être.
Une autre piste que je veux encore évoquer est l’élargissement du spectre des œuvres de références. Concrètement : il y a sans doute un certain nombre de points où des thèses, des idées et l’influence d’une œuvre s’avèrent incontournable. Mais il y a sûrement plein d’autres aspects où je peux renvoyer à d’autres œuvres tout aussi pertinentes – voir plus !
Désamorcer – et ne pas renforcer
Ce rapport distant, différencié et critique avec l’œuvre permet notamment de déjouer les effets d’une forme de star-système théologico-ecclésial, où un auteur prend une telle place, qu’elle paraît indispensable et incontournable – et donc intouchable.
Et dans le cas où l’on se trouve dans soupçon face à d’éventuels cas d’abus – et que la réalité semble comme en attente d’être pleinement dévoilée – il vaut la peine d’agir et de se positionner avec prudence. Et de ne pas donner plus de pouvoir à une œuvre que ce qu’elle donne déjà par elle-même.

https://leschroniquesdemarcel.blogspot.com/2020/05/michel-foucault-quest-ce-quun-auteur-pdf.html?m=1
Désolé, mais ce texte mélange trois questions différentes qu’il me paraît important de distinguer.
Premièrement, la nécessité de combattre le harcèlement et les abus.
Il est impératif de ne jamais accepter le harcèlement sexuel ni, plus largement, les atteintes de cette nature. Il faut donc tout mettre en œuvre pour les prévenir, les dénoncer et les combattre. Sur ce principe, je pense que nous ne pouvons qu’être d’accord.
Deuxièmement, la manière dont l’Église a traité ces situations.
Il faut reconnaître qu’à une époque encore récente, l’Église a fait preuve d’une grande mollesse, voire d’un véritable laxisme, en refusant de voir la poussière que l’on avait soigneusement cachée sous le tapis. Mais il ne faudrait pas pour autant tomber dans l’excès inverse : celui d’une rigidité parfois incohérente et irrespectueuse à l’égard des personnes mises en cause, sans toujours suffisamment distinguer les situations ni respecter les droits fondamentaux de chacun.
Troisièmement, la confusion entre les mesures de précaution et la censure des œuvres.
Il est évidemment légitime de prendre des mesures préventives et correctives, ainsi que des mesures de précaution lorsqu’une personne est soupçonnée, afin qu’elle ne puisse pas utiliser son influence ou faire subir de nouveaux dommages avant que les faits aient été établis et jugés.
Mais cela est tout autre chose que de mettre à l’index des ouvrages ou des livres dont le contenu n’a aucun rapport avec les actes éventuellement attribués à leur auteur. Lorsqu’il s’agit de distinguer la personne de ce qu’elle a produit, il faut précisément faire cette distinction : ce n’est pas l’ensemble de l’œuvre qui est en cause, mais les écrits eux-mêmes, lorsqu’ils sont concernés. Nous ne sommes plus, me semble-t-il, à l’époque où l’on brûlait les livres.
Il faut donc, à mon sens, démêler clairement les principes :
1. On ne tolère aucun harcèlement ni aucun abus. On les combat et l’on prend toutes les mesures nécessaires pour les prévenir.
2. On traite chaque situation dans le respect du droit d’être entendu et de la protection des victimes, tout en respectant strictement la présomption d’innocence. Il ne faut pas jeter publiquement l’anathème sur une personne présumée innocente. Cela n’empêche évidemment pas de prendre, lorsque cela est nécessaire, des mesures de précaution destinées à prévenir de nouveaux dommages.
3. On renonce à la censure et on évite de confondre la personne avec ses publications. Les éventuels reproches faits à une personne ne justifient pas, par eux-mêmes, que l’on condamne ou interdise ses écrits sans examiner leur contenu propre.
C’est précisément en distinguant ces trois niveaux que l’on peut à la fois protéger les victimes, prévenir les abus, respecter les personnes mises en cause et préserver la liberté de pensée et de publication.
Claude Ruey
Cher Claude – je n’ai pas l’impression que nous sommes si éloignés l’un de l’autre dans la perception générale.
À te lire, je pense que nous parlons de deux choses différentes, bien que liées. Il me faudrait plus de temps pour répondre aux points que tu indiques – et les trois points doivent être traités pour eux-mêmes.
Mais si je vois bien : tu indiques des différenciations générales entre 1) décision de fond quant aux comportements relevant de l’abus ; 2) mesures disciplinaires respectueuses du contexte juridique et proportionnée à la situation ; 3) la dénonciation d’une production (un ouvrage) doit être mesurée à l’aune de l’ouvrage lui-même et non de l’appréciation générale de l’auteur.
De mon côté, je souligne que l’œuvre (ici dans une acception plus large que la tienne peut-être) joue un rôle dans les mécaniques d’abus, dans la mesure où elles participent du rayonnement et de l’autorité de l’auteur – qu’elle participe ainsi de ce qui la place en position de force dans une relation asymétrique et peut favoriser sa protection par le milieu.
Je ne préconise pas du tout d’anathèmes, mais la mise en évidence d’une ambivalence quand elle a lieu d’être, c’est-à-dire quand des faits sont avérés et reconnus. Dans le cas qui occupe le milieu romand en ce moment, nous n’en sommes pas à cette étape, dans la mesure où les faits doivent encore être établis – je pense qu’il faut que je rajoute cette précision dans l’article. À titre personnel, je pense que la décision d’Echo magazine ne s’impose pas. Cela est encore à distinguer des mesures conservatoires et de leurs implications pour le milieu ecclésial (conférence, prédication, etc.).
Ma réflexion vise à pointer du doigt un élément qui participe de la distribution du pouvoir et de la protection dans le protestantisme : les théologiens et théologien-nne-s ont une fonction dans le milieu protestant qui leur confère une autorité et un pouvoir (interprétatif) crucial. Les professeurs de théologie ont un pouvoir supplémentaires dans la mesure où ils ont entre leurs mains la validation du parcours de formation théologique. Les théologiens et théologiennes dont l’œuvre a du succès et est reconnue sont au bénéfice d’une plus grande protection par le milieu. Le cumul de ces aspects augmente de manière drastique les risques en matière d’abus et donc aussi les exigences en matière d’exemplarité et d’irréprochabilité (je pense que sur ce point nous serons d’accord).
La distinction entre l’œuvre et l’auteur fait partie du catalogue des réponses utilisées par le milieu pour protéger la personne dont on soupçonne qu’elle a commis un abus – et donc aussi celle qui l’a commis réellement. « Lui/elle qui écrit (ou parle) si bien ne peut pas avoir commis cela » // « Certes, il/elle a peut être eut un moment d’égarement, mais n’oublions pas tous ce qu’il/elle nous a apporté ! ». La distinction que vous mobilisez dans le billet présente à mon sens le risque de masquer ce mécanisme collectif/structurel.
J’entends bien la posture et les distinctions que tu mets en évidence – et je peux les suivre un bon bout. Mais mobiliser la distinction à ce moment et de cette manière revient, sans doute involontairement, à neutraliser la perception du rôle de l’œuvre dans l’asymétrie de pouvoir.