Table des matières
Esaïe 60,1-6
Debout, Jérusalem, brille de mille feux, car la lumière se lève pour toi : la gloire du Seigneur t’éclaire comme le soleil levant. L’obscurité couvre la terre, la nuit enveloppe les peuples. Mais toi, le Seigneur t’éclaire comme le soleil qui se lève. Au-dessus de toi apparaît sa présence lumineuse.Alors des peuples marcheront vers la lumière dont tu rayonnes, des rois seront attirés par l’éclat dont tu te mettras à briller.
Regarde bien autour de toi, et vois tous tes enfants : ils viennent et se rassemblent auprès de toi. Tes fils arrivent de loin, on ramène tes filles en les portant dans les bras. En les apercevant, tu rayonnes de bonheur ; tu en es tout émue, ton cœur éclate de joie. Car les richesses de la mer arrivent chez toi, les trésors du monde affluent jusqu’à toi. Ton pays se couvre d’une foule de chameaux : ce sont les caravanes de Madian et d’Éfa, arrivant toutes de Saba. Elles apportent de l’or et de l’encens en chantant les exploits du Seigneur.
Ephésiens 2,11-18
Rappelez-vous donc ce que vous étiez autrefois ! Vous n’êtes pas Juifs de naissance ; les Juifs vous traitent d’incirconcis alors qu’ils s’appellent circoncis en raison d’une opération pratiquée dans leur chair. Eh bien vous étiez, à ce moment-là, sans Christ ; vous étiez étrangers, vous n’apparteniez pas au peuple de Dieu ; vous étiez exclus des alliances fondées sur la promesse divine ; vous viviez dans le monde, sans espérance et sans Dieu. Mais maintenant, par l’union avec Jésus Christ, vous qui étiez alors loin, vous avez été rapprochés par le Christ qui a versé son sang. Oui, c’est lui qui est notre paix, lui qui a fait de ceux qui sont Juifs et de ceux qui ne le sont pas un seul peuple. En donnant son corps, il a abattu le mur qui les séparait et qui en faisait des ennemis. Il a annulé la Loi avec ses commandements et ses règlements, pour former avec les uns et les autres, un seul peuple nouveau dans l’union avec lui ; c’est ainsi qu’il a établi la paix. Par sa mort sur la croix, le Christ les a tous réunis en un seul corps et il les a réconciliés avec Dieu ; par la croix, il a détruit la haine. Le Christ est venu annoncer la bonne nouvelle de la paix, la paix pour vous qui étiez loin et la paix pour ceux qui étaient proches. C’est en effet par le Christ que nous tous, ceux qui sont Juifs et ceux qui ne le sont pas, nous avons libre accès auprès de Dieu, le Père, grâce au même Esprit saint.
Matthieu 2,1-12
Après la naissance de Jésus à Bethléem, en Judée, à l’époque où Hérode était roi, des savants vinrent d’Orient. Ils arrivèrent à Jérusalem et demandèrent : « Où est l’enfant qui vient de naître, le roi des Juifs ? Car nous avons vu son étoile apparaître en orient et nous sommes venus nous prosterner devant lui. » Quand le roi Hérode apprit cette nouvelle, il fut troublé, ainsi que toute la ville de Jérusalem. Il réunit tous les grands-prêtres et les spécialistes des Écritures, et leur demanda où le Christ devait naître. Ils lui répondirent : « À Bethléem, en Judée. Car voici ce que le prophète a écrit : “Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n’es certainement pas la moins importante des localités de Juda ; car c’est de toi que viendra un chef qui conduira mon peuple, Israël.” » Alors Hérode convoqua secrètement les savants et s’informa auprès d’eux du moment précis où l’étoile était apparue. Puis il les envoya à Bethléem, en leur disant : « Allez chercher des renseignements précis sur l’enfant ; et quand vous l’aurez trouvé, faites-le-moi savoir, afin que j’aille, moi aussi, me prosterner devant lui. »
Après avoir écouté le roi, ils partirent. Et l’étoile qu’ils avaient vue en Orient les précédait ; quand elle arriva au-dessus de l’endroit où se trouvait l’enfant, elle s’arrêta. En la voyant là, ils furent remplis d’une très grande joie. Ils entrèrent dans la maison et virent l’enfant avec sa mère, Marie. Ils tombèrent à genoux pour se prosterner devant l’enfant ; puis ils ouvrirent leurs trésors et lui offrirent des cadeaux : de l’or, de l’encens et de la myrrhe. Comme ils furent avertis dans un rêve de ne pas retourner auprès d’Hérode, ils prirent un autre chemin pour rentrer dans leur pays.
Prédication
Cette prédication a été prononcé pour la première fois au temple réformé de Yens, le 4 janvier 2026 pour le dimanche de l’Epiphanie.
Le prince de la paix
L’Évangile qu’il nous est donné à comprendre aujourd’hui n’a rien de mystérieux, rien de caché, rien de cryptique. Il est tout à fait clair : en Jésus-Christ tous les murs de séparation sont tombés.
Tout ce qui pouvait se trouver entre nous, toutes les ignorances, les différences de rangs, de statut, d’origine, les préjugés, les histoires de haines et de mépris : tout cela est tombé.
C’est simple. Ce n’est pas compliqué.
Jésus-Christ est celui qui donne sa paix, non seulement à celles et ceux qui se trouvent auprès de lui, mais aussi à celles et ceux qui sont au loin de lui.
Le mouvement est centripète, va de la périphérie au centre : toute la réalité est appelée à trouver en Christ sa paix. C’est en lui que ce qui était divisé trouve son unité.
Et c’est une paix qui concerne même celles et ceux qui sont en guerre les uns avec les autres, ceux qui sont hostiles les uns aux autres, qui ne souhaitent rien de plus que de voir l’autre disparaître.
Et ce n’est même pas qu’il faut se la mériter cette paix. C’est lui qui vient la donner – Christ en venant dans le monde a amené cette paix et aujourd’hui encore amène toute chose à se rassembler dans cette paix.
Une paix qui n’est pas seulement un temps de pause entre deux guerres – comme une trêve. Une paix qui n’est pas non plus seulement la paix du plus fort sur le plus faible – la paix des gagnants. Une paix qui n’est pas seulement spirituelle, intérieure : une paix qui est matérielle, relationnelle, sociale, écologique, politique.
C’est une paix qui est une vie pleine et juste. Une paix sans remords ni ressentiment. C’est la vie pleine, réconciliée, guérie, la paix qu’il y a lorsque règne la justice, lorsque personne n’a à souffrir de la faim, de la soif, des inégalités, des discriminations, du malheur.
Pas de message caché, pas de symbole obscur à interpréter, pas de révélation qu’il faudrait encore attendre. Tout est dit. Tout est là.
Le Christ, Jésus de Nazareth, cette personne qui a vécu la vie du Dieu créateur de toute chose parmi les humains, jusque dans sa mort, donne la paix que Dieu a promise à toute créature. Il le fait aujourd’hui, comme il l’a fait hier, comme il le fera demain.
Le refus du Prince
L’énigme, l’os, est ailleurs. Alors que cette paix est offerte, on continue à faire comme si elle n’existe pas, comme si on devait encore l’attendre, comme si elle ne nous était pas donnée, là, simplement.
Le récit de la venue des savants d’Orient est une manière de mettre des mots sur cette situation étrange. Ces savants, ces mages, viennent de loin. Ils doivent recourir à des voies obscures (suivre des étoiles) pour trouver le roi des rois. Pour le peuple d’Israël, leur arrivée devrait être un signe limpide et clair : les nations arrivent avec leurs richesses à Jérusalem, annonçant l’accomplissement des promesses que Dieu a fait à Israël.
Les mages, ceux qui viennent de loin, semblent percevoir les choses. Le habitant de Jérusalem, ceux qui sont proches – les plus proches mêmes du Christ : ils sont aux bénéfices des promesses de l’alliance et des prophéties – semblent complètement à côté de la plaque. Ils ont les clefs pour comprendre ce qui se passe, et pourtant ce sont eux qui semblent dépendre des étrangers pour pouvoir reconnaître le Christ. Et pire : à la déception ils répondront par la violence – le massacre des enfants nouveau-nés. Là où le Christ amène la paix, son peuple répond par le refus et la violence. Là où le roi brise des barrières, ses sujets en érigent de nouvelles.
Cette étrange situation est une constante de la vie de Jésus, mais aussi de ses disciples. Celles et ceux qui ont les clefs en main pour recevoir le prince de la Paix semblent incapables de le reconnaître, ou de le rejoindre.
Et nous ne devrions pas croire que cette situation ne nous concernerait pas nous, parce que nous nous serions dans la foi et pas les autres. Les murs de l’hostilité, les murs de séparation sont tout aussi actifs chez nous qu’ils le sont ailleurs.
L’énigme se trouve là, dans cette résistance persistante. Le Christ attire toute chose à lui dans sa paix – une paix qui abat tous les murs qui nous séparent les uns des autres. Et face à cette attraction, nous continuons à placer des murs entre nous (consciemment, inconsciemment) – des murs dont certains profitent et que d’autres subissent. C’est toujours la même histoire.
Mais ça reste simple
Et pourtant, à nouveau, le message est simple : ces murs sont tombés en Christ. Dans sa manière de vivre, dans l’amour qu’il prêche et enseigne, par la présence de Dieu en lui, par la vie partagée avec ses disciples, etc. Dieu est là : et il ne se cache pas.
Quelque chose va se terminer. Ces murs sont en train de s’écrouler, de tomber. Leur histoire est passée. Ils ne vont pas durer.
Notre rassemblement aujourd’hui en est un témoignage. Et à chaque fois que nous vivons la Cène, comme nous allons le faire aujourd’hui, nous l’affirmons : rien ne pourra plus jamais nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ.
Ce qui va mourir
Alors, reste la question : qu’est-ce qui en nous va encore disparaître, pour que nous entrions pleinement dans cette attraction, dans ce mouvement centré sur le Christ et sa paix ?
C’est une question spirituelle, personnelle, mais aussi collective. Elle invite à un cheminement, un exercice, du travail – non pas pour acquérir quoi que ce soit, mais pour approfondir notre participation au Christ, dans le temps de notre vie ici sur terre.
Sur le feuillet que je vous ai distribué, vous avez une proposition de consigne – quelque chose que je vous invite à essayer de vivre, disons dans le temps qui s’ouvre maintenant jusqu’à Pâques.
Si la paix nous est donnée – mais qu’apparemment quelque chose continue de résister à ce don – c’est qu’il y a quelque chose à creuser à cet endroit. Et ce sera en me confrontant particulièrement aux endroits où cette paix est la moins visible, la moins évidente, que je vais pouvoir creuser.
Il s’agira dans un premier temps d’identifier une personne, un groupe de personne, ou autre chose dont je me sais séparé – dont je peux dire qu’il n’y a pas de paix, ou simplement une indifférence importante.
Dans un second temps, il s’agit de se poser dans la prière et le discernement spirituel : qu’est-ce qui est en jeu dans cette relation ? Quelle histoire y est rattachée ? Qu’est-ce qu’elle suscite émotionnellement, voire corporellement ?
Dans un troisième temps, il s’agirait de susciter une rencontre. Et de continuer le discernement.
La confrontation est ici une chance de croissance : pas une question de vie ou de mort. C’est un travail qu’on peut faire une seule fois, plusieurs fois, avec différents groupes – c’est le travail de toute une vie. Mais c’est quelque chose à entreprendre activement : parce que ce faisant nous approfondissons la réalité du Christ, la paix que les mages ont perçue, alors qu’ils en étaient très éloignés. Une paix qui nous est déjà donnée et qui ne nous sera pas retirée.
Amen
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