« Juste » faire le bien (1 Pierre 2,11-17)

Lectures | Nouvelle Français Courant

Deutéronome 30,15-18

Regarde : aujourd’hui je place devant toi la vie et le bonheur d’une part, la mort et le malheur d’autre part. Mets en pratique ce que je t’ordonne aujourd’hui. Aime le Seigneur ton Dieu. Suis le chemin qu’il te trace. Obéis à ses commandements, à ses lois et à ses règles. Ainsi tu vivras, tu te multiplieras. Le Seigneur ton Dieu te bénira dans le pays dont tu vas prendre possession. Mais si tu te détournes de lui, si tu lui désobéis, si tu adores d’autres dieux, alors tu disparaîtras complètement.

Je vous préviens dès aujourd’hui ; vous ne resterez pas longtemps dans le pays dont tu vas prendre possession au-delà du Jourdain.

1 Pierre 2,11-17

Je vous y encourage, très chers amis, vous qui êtes des immigrés, des gens de passage sur cette terre : tenez-vous à l’écart des penchants mauvais qui font la guerre à votre être. Ayez une bonne conduite parmi les païens ; ainsi, même s’ils vous calomnient en vous traitant de malfaiteurs, ils seront obligés de reconnaître le bien que vous faites et de remercier Dieu le jour où il viendra.

Soyez soumis, à cause du Seigneur, à toute autorité humaine : à l’empereur, qui a le pouvoir suprême, et aux gouverneurs, envoyés par lui pour punir les malfaiteurs et pour louer ceux qui font le bien.

En effet, ce que Dieu veut, c’est qu’en pratiquant le bien, vous réduisiez au silence les gens ignorants et stupides.

Conduisez-vous comme des personnes libres ; cependant, n’utilisez pas votre liberté comme un voile pour couvrir la malveillance, agissez plutôt comme des personnes qui sont au service de Dieu. Respectez tous les êtres humains, aimez vos frères et vos sœurs en la foi, reconnaissez l’autorité de Dieu, respectez donc aussi l’empereur.

Matthieu 11,16-19

À qui comparerai-je cette génération ? Ils ressemblent à des enfants assis sur les places publiques, dont les uns crient aux autres : “Nous avons joué un air de danse sur la flûte pour vous et vous n’avez pas dansé ! Nous avons chanté des chants de deuil et vous ne vous êtes pas lamentés !” En effet, Jean est venu, il ne mange ni ne boit, et l’on dit : “Il est possédé par un démon !” Le Fils de l’homme est venu, il mange et boit, et l’on dit : “Voyez cet homme qui ne pense qu’à manger et à boire du vin, qui est ami des collecteurs d’impôts et des pécheurs !” Mais la sagesse de Dieu se révèle juste par ses effets. »

Prédication

Cette prédication a été prononcé pour la première fois au temple réformé de Villars-sous-Yens le 21 septembre 2025 à l’occasion du jeûne fédéral.

Jeûne fédéral

Le jeûne fédéral est un jour « d’action de grâce, de pénitence et de prière ». Dans les cantons protestants, c’est traditionnellement l’État qui donne les règles de son déroulement – pour nous, dans le canton de Vaud, cela signifie un lundi de congé ! Mais un peu plus que ça aussi.

Traditionnellement, les autorités décrétaient un jour de jeûne pour donner suite à un événement particulièrement important – par exemple la fin d’une guerre, en signe de reconnaissance – ou face à des périodes de crises (notamment face à des catastrophes naturelles : tremblement de terre, famines, phénomènes astrologiques).

Lors de la Diète de 1832, le jeûne fédéral a aussi été une manière de rapprocher les deux confessions dominantes (catholiques-romaines et réformées) en Suisse – un temps dédié à la paix confessionnelle en Suisse.

D’une manière ou d’une autre, le jeûne fédéral nous appelle à faire le lien entre la foi et le bien commun. Comment contribuons-nous à ce bien commun ? De quelle manière ?

Appelés à faire le bien

La première lettre de Pierre offre une impulsion très claire : nous avons à faire le bien, à avoir une bonne conduite. Même si nous ne sommes pas dans une situation avantageuse au sein de la société, même si cela ne nous rapporte pas directement quelque chose – même si nous devons en souffrir – nous sommes appelés à faire le bien.

Dans un premier temps, on se dira que faire le bien ne peut signifier qu’une seule chose : obéir à Dieu. Faire le bien, c’est faire ce que Dieu nous dit de faire – suivre sa volonté. « J’ai mis devant vous la vie et le bien, la mort et le mal : obéissez à ce que je vous dis et vous vivrez. » (Dt 30,16) C’est simple. Faites ce que je vous dis, et vous aurez une vie épanouie. Ignorez-moi et vous en subirez les conséquences. Les cartes sont entre vos mains.

Appliquer – tout simplement ?

Ainsi, on pourrait se dire que pour faire le bien, il suffit d’appliquer. Appliquer ce que Dieu nous a mis devant les yeux. Et dans un monde qui se complexifie, où les tensions montent, où l’on ne sait plus très bien quand on est en sécurité ou non, à qui l’on peut faire confiance ou non, cette option séduit de plus en plus de monde – elle paraît claire et solide. Et l’une des tâches des fidèles est alors de se battre pour imposer l’obéissance aux lois de Dieu – jusque dans l’ordre public.

C’est une option qui a du succès – et on peut comprendre pourquoi. Elle donne de la stabilité, la conviction nécessaire pour agir, pour provoquer un changement.

Ouvrir les certitudes

Et en même temps, dans la foi chrétienne, la ce genre de stabilité est toujours fragile – on pourrait dire, fragilisée par Dieu lui-même. Au fond, Jésus nous montre que nous ne captons jamais vraiment bien ce que Dieu veut pour nous – nous ne voyons pas ce que nous devrions voir.

Lorsque Jésus partage sa table avec des pécheurs, nous ne voyons pas le salut qui fait irruption dans le monde. Nous ne voyons pas le Christ dans sa gloire. Nous voyons un gars qui aime faire la fête – et qui en plus le fait avec les mauvaises personnes. Plus exactement : nous voyons tout ce qui va mal dans ce monde et cette société. L’inverse de ce que Dieu veut pour le monde, l’inverse du bien.

Vous rétorquerez peut-être que c’est justement celles et ceux qui n’ont pas la foi, celles et ceux qui n’ont pas compris, qui voient les choses ainsi. Il y a sans doute une part de vérité à cela.

Mais dans l’autre sens : le peuple d’Israël, le peuple élu, a tout entre ses mains pour ne pas se planter, pour obéir à Dieu – Dieu lui a fait don de sa Parole, de sa Loi et de ses promesses. De même, les disciples avaient le maître directement à leur disposition, ont appris à la source ce que cela signifie de vivre dans la présence du Royaume de Dieu. Et pourtant, lorsque la situation devient critique, tous et toutes échouent à vivre ce bien que Dieu attend de leur part.

Faire le bien ce n’est pas – n’a jamais été – simplement une question de pure application. On peut encore voir les choses autrement – – peut-être même qu’on doit le faire.

Nous dépendons de Dieu

« J’ai mis devant vous la vie et le bien, la mort et le mal ». Le but de cette indication n’est peut-être pas tant de pointer du doigt ce que Dieu la liste que Dieu nous met sous les yeux, mais le fait que c’est Dieu qui place cette liste devant nous. Le but de cette indication du Deutéronome est aussi de renforcer notre lien à Dieu : pas de croire que nous avons la formulation du bien et du mal. Au contraire : nous ne l’avons pas. Nous devons la découvrir dans la Parole de Dieu, à l’écoute de ce que Dieu nous dit, dans la rencontre avec le Christ vivant. Nous devons écouter – nous devons prier.

Nous connaissons cette différence entre le bien et le mal, nous savons qu’il y a là un enjeu pour la vie, pour la vie de tous et de toutes. Mais nous ne maîtrisons pas cette différence – ou plutôt : quand nous pensons maîtriser cette différence, nous tordons la réalité. On se plante, on rate la cible. Alors qu’on veut à tout prix faire le bien, celui qu’on a en tête, on se retrouve à faire le mal.

Voir le bien autrement…

Ce que je dis là peut donner une impression assez désespérante : nous sommes appelés à faire le bien là où nous nous trouvons, mais nous n’avons aucune idée de comment nous y prendre pour effectivement le faire. C’est comme si nous avions une porte prévue pour nous, par laquelle nous devons passer, mais jamais la bonne clef.

C’est peut-être parce que nous continuons de voir le « bien » comme quelque chose qui requiert de la force – ce qui veut dire que si « on a le bien », c’est aussi qu’on a de la force, du pouvoir, de la légitimité, de l’autorité. Ou dans un autre sens : nous désespérons, parce que nous continuons de croire que « faire le bien » nous sauve.

Et c’est là où Jésus intervient : en déjouant nos idéaux, nos crispations, il nous libère de ce rapport bloqué au bien – qui le tourne inévitablement en « mal ».

… et juste le faire

Faire le bien ce n’est pas maîtriser une situation : c’est cultiver une écoute attentive – une attention aux rencontres concrètes, une attention à la différence entre Dieu et tout le reste ; tout ce qui prétend souvent être Dieu, mais qui ne l’est certainement pas.

Faire le bien, vient de ce qu’on se met à l’écoute de Dieu, que nous nous tournons vers lui, que nous prions et dans ce même mouvement, Dieu nous inviter à porter notre attention aux personnes que nous rencontrons, au monde, à nous-mêmes et il nous invite à agir de manière créative, inventive – pas de manière définitive, mais de manière provisoire, en sachant que toutes nos œuvres passeront – mais que nous, nous reposons dans la main de Dieu.

Et si tout cela vous semble trop abstrait je vous propose maintenant un exercice pratique : dans le prochain mois, prenez le temps de partager un repas (chez vous, ou ailleurs, ce n’est pas cela qui importe) avec quelqu’un qui ne vous est pas proche, avec qui vous ne prendriez normalement pas le temps d’un repas. Peut-être que vous prendrez le temps d’écouter son histoire, de partager la vôtre. Peut-être que vous parlerez de la pluie et du beau temps. Peut-être que ce sera un moment agréable, peut-être pas. Peut-être que ça aidera cette personne, peut-être pas. Et retrouvons-nous plus tard pour en discuter, de cette rencontre !

Et dans tous les cas : prenez le temps avec Dieu, par la méditation, la prière, pour être au contact de cette liberté inépuisable – qui vous libère de devoir faire le bien, qui vous permet juste de le faire.

 Amen


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