Lectures | Nouvelle Français Courant
Dans sa bienveillance, Dieu nous a fait connaître son projet de salut, celui qu’il avait décidé par avance de réaliser par le Christ. Ce projet, que Dieu conduira à son accomplissement à la fin des temps, consiste à rassembler tout ce qui est dans les cieux et sur la tête sous une seule tête, le Christ.
Prédication
Cette prédication a été prononcé pour la première fois au temple réformé de St-Prex le 16 novembre 2025 à l’occasion d’un culte du souvenir.
Et si c’était vrai. Imaginez-le, une seule seconde : et si c’était vrai. Et si on laissait tomber notre scepticisme d’usage, notre méfiance quotidienne – tout à fait justifiée par ailleurs, on s’entend. Et si on laissait à cette vérité prendre toute sa place. Et si c’était vrai.
Vrai non pas juste maintenant, dans ce moment fugace où nous nous sommes rassemblés et où je vous parle. Vrai, non pas le temps que nous prêtons attention, à ces phrases, à cette idée, le temps que nous nous en rappelons – éventuellement. Oui, et si c’était vrai au-delà de nous. Au-delà de ce que nous pouvons ressentir, et expérimenter, de ce qu’on nous a raconté, de ce qu’on a entendu, au-delà de ce que nous sommes prêts ou non à croire, au-delà de notre capacité à accueillir et à intégrer, à oublier ou à ignorer.
Et si c’était vrai que tout, vraiment tout, est placé dans une clarté éternelle, une lumière qui nous montre les choses telles qu’elles sont en toute vérité, une lumière qui nous montre ce qui va rester et qui a toujours été, par-delà les errances et les tribulations de nos vies, par-delà la mort elle-même.
Une clarté éternelle qui n’est pas un jugement froid, lucide, équilibré. Mais un amour plein et entier, inconditionnel. Qui a touché des visages, guérit des blessures, qui a ri, qui pleuré. Non pas une lumière glaciale, qui gèle tout dans une éternité sans mouvement, statique, mais une vibration chaleureuse qui fait circuler, qui partage et se partage elle-même.
Un amour qui ne retient rien, mais qui donne tout. Un amour qui abolit toute prétention de souveraineté, qui laisse le mal derrière lui, un amour qui fait vivre, un amour juste. Un amour qui ne veut être solitaire, mais qui aime jusqu’aux confins de l’univers – de la plus petite bactérie aux nébuleuses, du plus sombre au plus clair, de l’être le plus honorable à l’être le plus misérable.
Et si c’était vrai que nous avions notre place, nous aussi, dans cette clarté, dans le partage de cet amour. Que nous n’en sommes pas uniquement les spectateurs, mais que nous sommes nous aussi pris dedans – que nous avons toujours-déjà été pris dedans. Une clarté éternelle où nous sommes là, nous aussi. Où nous avons notre place, entièrement, telle que nous sommes, corps-âme-esprit, avec notre histoire et nos émotions. Où nous ne sommes pas seuls. Où nous sommes avec tout ce qui a respiré, existé, dans ce monde – ce qui a été vu et entendu, mais aussi ce qui a été ignoré ou oublié. Mais aussi tout ce qui sera que nous ne soupçonnons pas encore.
Et si c’était vrai – que cette éternité transparaît dans notre temps, que cette attraction de toute chose par l’amour et la lumière n’est pas un secret bien gardé, mais qu’elle vient encore et encore à nous. Qu’elle ne se cache pas, mais qu’elle se révèle.
Alors je peux commencer à voir toute chose dans cette clarté.
Dans ce qui est obscur et confus, il y a une lumière qui cherche mon regard, une voix éternelle qui appelle mon écoute. Face à ce qui me menace et me fait peur : je peux me tenir, peut-être avec crainte et tremblement, mais sans aller à ma perte. Parce que je suis, j’ai été, je serai dans cet amour qui m’a voulu.
Je peux regarder en arrière et découvrir les traces de cet amour – et je peux regarder en avant : là où tout se rassemble, là où nous nous retrouverons tous et toutes, au-delà de nos souffrances, de nos enfermements, de nos oublis et de nos amertumes.
Je peux regarder et voir : là – tu es là, toi. Lumineux, entier.
Amen
