Le baptême (Romains 6,3-4)

Le baptême, c’est la joie tenace de Dieu plantée au cœur du monde, une vie qui résiste à la peur et à la colère, et qui, par l’eau et l’Esprit, nous unit à lui et aux autres pour toujours.

Lectures bibliques

Psaumes 139,13-16

C’est toi qui as créé mes reins ;
tu m’abritais dans le sein maternel.
Je confesse que je suis une vraie merveille
tes œuvres sont prodigieuses :
oui, je le reconnais bien.

Mes os ne t’ont pas été cachés
lorsque j’ai été fait dans le secret,
tissé dans une terre profonde.

Je n’étais qu’une ébauche et tes yeux m’ont vu.
Dans ton livre ils étaient tous décrits,
ces jours qui furent formés
quand aucun d’eux n’existait.

Romains 6,3-4

Ou bien ignorez-vous que nous tous, baptisés en Jésus Christ, c’est en sa mort que nous avons été baptisés ? Par le baptême, en sa mort, nous avons donc été ensevelis avec lui, afin que, comme Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, nous menions nous aussi une vie nouvelle.

Matthieu 28,16-20

Quant aux onze disciples, ils se rendirent en Galilée, à la montagne où Jésus leur avait ordonné de se rendre. Quand ils le virent, ils se prosternèrent, mais ils eurent des doutes. Jésus s’approcha d’eux et leur adressa ces paroles : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. Allez donc : de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, leur apprenant à garder tout ce que je vous ai prescrit. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps. »

Prédication

Cette prédication a été prononcée pour la première fois au temple réformé de Saint-Prex, le 17 mai 2026 pour le septième dimanche du temps de Pâques.

Qu’est-ce que c’est le baptême ?

Le baptême, c’est la joie des commencements, la joie de Dieu, qui s’est fait sa place, son nid, dans un monde trop triste, trop en colère, trop fatigué pour encore accéder à cette joie.

Si je me mets à l’écoute de notre monde, de son actualité, de tout le bruit qui le traverse, je trouve peu de joie : je trouve beaucoup de violence, de divisions, de ressentiment. Je trouve aussi beaucoup de peur – le récit rampant d’un lendemain sombre, où la vie des générations futures sera plus pénible que celle des générations passées.

Face à cette colère et à cette peur, il y a évidemment beaucoup de moyen de se changer les idées, de se distraire. Mais la peur et la colère restent – avec le risque qu’elles macèrent, forment une espèce de marais émotionnel aux relents toxique. 

Mais ce n’est pas le fin mot de l’histoire. Parce qu’il y a le baptême.

Le baptême – chaque baptême – c’est Dieu qui résiste à cette macération que je viens d’évoquer. Il ne lui laisse pas le dernier mot – il nous dit qu’il y a autre chose que ces impasses, ces expériences décevantes et inquiétantes. Qu’il y a quelque chose de plus grand, de plus fondamental, de plus vrai, de plus réel : une joie vivante qui ne peut être étouffée. Qui peut jaillir même là où toutes les sources de joie semblent bouchées.

La vie des enfants

La vie des petits-enfants, est une parabole de cette joie profonde, originelle. 

Mais je veux bien me faire comprendre : je ne dis pas que la vie des petits enfants, est toute facile. Elle est tout sauf un long fleuve tranquille. 

Les premières années de la vie sont, je crois, un défi pour tout le monde, enfant, parents, entourages – un défi que l’on vit de manière très différente selon les situations.

Mais ce qui m’émerveille, c’est cette force qui traverse les petits enfants, qui les lance dans l’apprentissage des premiers mouvements – imaginez : il a fallu apprendre à digérer ! Il a fallu apprendre à joindre les mains. À tenir assis. 

Là-derrière, il y a une force de vie monumentale, celle qui fait que souvent un enfant ne s’arrête pas face à la difficulté, qu’il essaie et réessaie, il le fait de lui-même, il n’abandonne pas. Et ce qui m’émerveille, c’est la présence de la joie dans cet apprentissage quotidien : l’émerveillement d’avoir découvert ou réussi quelque chose, de faire une certaine expérience pour la première fois : croquer dans une pomme quand les premières dents arrivent, se balancer au rythme d’une comptine, faire rouler des sons dans sa bouche, explorer les textures du sol, de l’herbe.

Les enfants sont un peu l’image vivante d’une vie qui n’est pas fatiguée d’essayer, qui n’a pas encore le goût de l’abandon – qui connaît la tristesse, la colère aussi (elles peuvent être grandes d’ailleurs), mais qui ignore le ressentiment, cette macération visqueuse, que les adultes connaissent mieux.

La source

Alors, le baptême, c’est Dieu qui nous dit, nous montre, nous donne à vivre et à voir, que cette force, cette vie, ne s’éteint pas – qu’elle est là, donnée – qui ni le mal, ni la mort, ni notre distance d’avec Dieu, ne peuvent empêcher Dieu de nous la donner.

Pour la foi chrétienne, Jésus, sa vie, sa mort et sa résurrection, c’est Dieu qui vient lui-même vivre cette vie, qui vient lui-même traverser le monde et ses agressions, pour devenir une fontaine intarissable en son sein. 

C’est pour ça que Jésus est enfant de Dieu. Que toutes celles et ceux qui reçoivent le baptême à sa suite sont enfants de Dieu – c’est-à-dire : porteuses et témoins de cette vie qui est donnée, qui est là, que l’on ne peut pas étouffer. Cette vie que la foi chrétienne appelle souffle de vie ou Esprit-Saint.

Le baptême, c’est aussi le passage par la mort

 Arrivé à ce point de mon message, la bascule peut vous paraître peut-être un peu raide…

« Le baptême, c’est aussi le passage par la mort. » Je ne le dis par pour être morbide, triste ou défaitiste. C’est que le baptême, c’est aussi ça : un passage par cette zone inquiétante, par ce chemin que personne ne souhaite vraiment emprunter. 

Ou plutôt : le baptême n’ignore pas ce passage. Le baptême implique ce passage. Le baptême parle de ces moments d’épreuve, où nous serons exposés à nos limites, nos fragilités, nos angoisses, notre finitude – et où quelque chose va bel et bien mourir. Où quelque chose de nous, va bel et bien prendre fin.

L’eau a en effet cette double signification : Nous en avons besoin pour vivre. Mais elle peut aussi nous engloutir. Elle est aussi une menace inquiétante.

Et pourtant : le baptême n’est pas une noyade. Il est une traversée, un passage. De l’autre côté, on se retrouve vivant, transformé, dans la présence de Dieu et de toutes celles et ceux qui font la traversée.

Et au bout de cette traversée, c’est une naissance : on retrouve la force vitale, la joie, des petits enfants. Et si le baptême, est bel et bien passage par la mort, il l’est dans la mesure où la mort n’a plus le dernier mot. Dans le baptême, nous passons par la mort, oui, mais elle n’est plus notre condamnation. 

Dans la vallée de l’ombre et de la mort, il y a la présence de Dieu – là où nous nous trouvons concrètement, et pas ailleurs.

Célébrer le baptême

Le baptême, celui que nous avons vécu enfant, celui que nous vivrons peut-être un jour, est un signe posé dans notre vie : Dieu a déposé en nous, au cœur de notre existence, une source de vie, de joie, que rien ne saurait éteindre. Nous sommes et resterons ses enfants.

C’est une promesse que Dieu nous a faite – une promesse à laquelle il se tient. Et avec laquelle nous ne sommes pas seuls – unis au-travers des âges avec toutes celles et ceux qui ont traversé les eaux. 

Face aux épreuves que nous rencontrerons, nous n’avons pas à être seuls : il y aura des mains pour soutenir, pour relever ; des pieds qui marchent à nos côtés, des oreilles pour écouter, des yeux pour voir – pour donner à boire et à manger. 

Et même là où il n’y aura plus de contacts possibles, il y aura cette présence, parfois vive, parfois discrète – cette source dans lequel l’humanité a puisé des ressources inespérées, même dans ses heures les plus sombres. 

C’est une promesse que Dieu a placée au commencement de toute vie – et qui fait qu’aucune vie n’est hors de portée de la joie. Une promesse qui nous accompagne au fil notre vie. Pour nous – et au-travers de nous, pour les autres.

« Les enfants sont comme les marins : où que se portent leurs yeux, partout c’est l’immense. » (Christian Bobin, La part manquante)

Amen


Sur ce site vous trouverez d’autres messages dans la rubrique Prédications, messages et exégèses

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *