La repentance, c’est oser demander à Dieu de marcher avec nous, malgré nos ombres, pour que sa lumière devienne notre chemin.
Lectures bibliques
Exode 34,4-9
Moïse tailla deux tablettes de pierre, semblables aux précédentes. Tôt le lendemain matin, il monta sur le Sinaï, conformément à l’ordre du Seigneur ; il emportait les deux tablettes. Le Seigneur descendit dans la colonne de nuée et se tint là, à côté de Moïse. Il proclama son nom : « Le Seigneur ». Puis il passa devant Moïse en proclamant encore : « Je suis le Seigneur ! Je suis un Dieu plein de tendresse et de bienveillance, lent à la colère, riche en bonté et en vérité. Je manifeste ma bonté envers les êtres humains jusqu’à mille générations, en supportant les péchés, les désobéissances et les fautes ; mais je ne tiens pas le coupable pour innocent, j’interviens contre celui qui a péché, contre ses enfants et ses descendants jusqu’à la troisième ou la quatrième génération. » En toute hâte, Moïse se jeta à terre pour adorer le Seigneur, puis il s’écria : « Seigneur, puisque tu m’accordes ta faveur, je t’en supplie, accompagne-nous. Je sais bien que ces gens sont rebelles, mais pardonne nos péchés et nos fautes, et considère-nous comme ton peuple. »
2 Corinthiens 13,11-13
Et maintenant, frères et sœurs, adieu ! Soyez bien affermis dans la foi, encouragez-vous les uns les autres, mettez-vous d’accord, vivez en paix, et le Dieu d’amour et de paix sera avec vous ! Saluez-vous les uns les autres avec affection, comme des frères et sœurs. Tous les croyants vous adressent leurs salutations. Que la grâce du Seigneur Jésus Christ, l’amour de Dieu et la communion de l’Esprit saint soient avec vous tous !
Jean 3,16-18
Car Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que toute personne qui croit en lui ne périsse pas mais qu’elle ait la vie éternelle. Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. Celui qui croit au Fils n’est pas jugé ; mais celui qui ne croit pas est déjà jugé, parce qu’il n’a pas cru au Fils unique de Dieu.
Prédication
Cette prédication a été prononcée pour la première fois au temple réformé de Vaux-sur-Morges, le 31 mai 2026 pour le dimanche de la Trinité.
Nous vivons dans l’élan de Pentecôte
Jésus-Christ est assis à la droite de Dieu – Lui, et lui seul, est Seigneur. Et Dieu a déversé son esprit dans le monde, le souffle de vie. Et par son esprit nous nous sommes au bénéfice de la même puissance, de la même autorité, de la même vie que celle qu’a vécu Jésus de Nazareth.
Et nous sommes aussi au bénéfice du même soutien : comme le Père n’a pas laissé tomber son Fils, de même il ne nous lâchera pas face à tout ce qui veut tuer la création de Dieu, à tout ce qui hait cette création, à tout ce qui s’y oppose.
Voici la promesse qui se trouve à la base de notre vie, de notre communauté, de tout ce que nous faisons et vivons comme Église, comme corps du Christ – ici, dans nos villages, nos familles, là où nous nous engageons. Ce n’est pas quelque chose qui est relégué à plus tard : c’est quelque chose qui est vrais et réel déjà ici et maintenant.
Et Dieu ne se lasse pas de nous le redire. Il revient constamment vers nous, avec cette promesse.
En Jésus, Dieu a fait cette offre au monde, à présent et pour tous les âges : on a pu le voir dans le visage de Jésus, on a pu le sentir par la force de ses mains, on a pu l’entendre dans ses paroles.
Et comme on a pu le voir chez lui, de même on a pu le voir dans la communauté de ses disciples, dans ce mouvement coloré, divers, pluriel, foisonnant, contradictoire, qui a changé la face du monde – le mouvement de la foi chrétienne.
Une communauté dans laquelle la vie n’est pas un fardeau qu’il faut subir, mais un cadeau à partager. Dans laquelle « faiblesse » ne rime pas avec « échec », mais avec « soins » et « soutien ». Une communauté qui refuse les frontières qui tuent et qui cherche les gestes qui réconcilient. Une communauté qui ne s’oppose pas au puissance de la mort avec la force brute, mais par la légèreté d’un souffle.
Voilà ce que nous sommes, nous qui avons reçu l’Esprit de Vie, nous qui croyons que Jésus est bel et bien le Christ, le messie, de Dieu – qu’il est l’Emmanuel, Dieu qui a marché avec nous.
Mais …
Et maintenant il faudrait poser un « mais ». Il faut marquer une hésitation. Peut-être que ces paroles vous enthousiasment – peut-être qu’elles vous mettent mal à l’aise. Dans les deux cas, ça devrait poser question…
Ces paroles vous mettent mal à l’aise ? Mais pourquoi ? C’est une offre gratuite. Il n’y a pas de condition pour accéder à cette promesse : ce que je viens de dire, c’est ce que vous êtes réellement, que vous êtes dans tous les cas. Vous êtes au bénéfice de cette promesse surabondante de Dieu. Dieu vous aime réellement à ce point, qu’il vous donne tout cela, que vous l’avez déjà reçu. Ce n’est pas du marketing. Il n’y a rien à acheter. C’est donné. Pourquoi douter de ce que Dieu vous a donné ?
Mais peut-être que c’est l’inverse : ces paroles vous enthousiasment. Vous vous sentez prêts à partir au combat, à tout donner, tout lâcher pour suivre la voie que le Christ étend sous vos pieds. Mais avez-vous concrètement pris le temps de vous examiner ? Cette communauté est-elle si débordante de vie, de joie et d’espérance ? Les morts ressuscitent-ils autour de vous ? La grâce du royaume est-elle la boussole de votre cœur et de tout ce que vous faites ? Vous avez donc atteint la perfection que l’apôtre Paul appelle de ses vœux ?
Dans tous les cas, vous ne pouvez rester tranquilles. Et – « et » pas « mais » – Et Dieu ne vous lâche pas, il continue de tenir à vous. Il continue à vous offrir son Esprit.
Une contradiction persistante
Lorsque j’ai commencé à préparer cette prédication, en lisant les textes, je me suis heurté à cette thématique de la repentance, de la conversion du cœur. Repentance : ce mot si lourd, au passé si chargé et problématique.
Le récit que nous avons entendu de l’Exode se passe juste après à l’épisode du veau d’or. Un moment de rupture, où le peuple trahit sa confiance envers Dieu. Le texte de Paul, la finale de cette lettre, fait suite à un conflit qui l’oppose lui et cette communauté. Si Paul leur écrit cette lettre, c’est que ça se passe mal. Et le texte de Jean, ce texte magnifique, si connu « Dieu a tant aimé le monde… » est suivi d’une obscurité étrange, qui divise à nouveau le monde en deux – alors que Dieu veut la vie du monde, au bout du compte, il y a une division entre celles et ceux qui croient et suivent Jésus, et celles et ceux qui ne le suivent pas, qui le refusent Lui et son enseignement. Les premiers sont dans la lumière, les seconds dans l’obscurité – un texte qui reflète les conflits et les contradictions, auquel les premières communautés chrétiennes, l’Église naissante, fait face.
Dans les trois cas, l’amour débordant de Dieu, s’accompagne d’une exigence, d’une attente – et d’une forme d’échec ou de refus. Oui : la vie vous est donnée gratuitement, inconditionnellement. Et en même temps, il y a une exigence, une orientation, un chemin à suivre. Oui, je vis de la vie éternelle, déjà ici et maintenant – oui, je constate à quel point elle semble encore éloignée de moi.
Dieu nous a tout donné : tout est entre nos mains, pour répondre à son appel, pour vivre la vie de Dieu. Nous n’avons pas besoin d’autre chose, nous n’avons pas besoin de plus. Et en même temps, vraiment en même temps, Dieu parait encore devoir aller mourir sur une croix, parce que nous regardons ailleurs, parce que nous donnons notre cœur à d’autres puissances, parce que nous ne sommes pas parfaits, parce que nous ne suivons pas les commandements de Jésus.
La repentance
C’est pour cela qu’il faut parler de repentance. Nous devons apprendre à le faire à nouveau. La repentance, ce n’est pas s’imposer une flagellation morale – ce qu’on fait toujours, en cherchant une faute à se faire pardonner, en cherchant à se mettre au propre devant Dieu, etc. Non : la repentance ce n’est pas ça.
Je reprends ici l’exemple de Moïse : Dieu vient de dire que son amour surabonde. « Je suis un Dieu plein de tendresse et de bienveillance, lent à la colère, riche en bonté et en vérité. Je manifeste ma bonté envers les êtres humains jusqu’à mille générations, en supportant les péchés, les désobéissances et les fautes » Et en même temps il dit qu’il n’oublie pas le mal commis, et qu’il y aura des conséquences. « Je ne tiens pas le coupable pour innocent, j’interviens contre celui qui a péché, contre ses enfants et ses descendants jusqu’à la troisième ou la quatrième génération »
Moïse devrait avoir bien compris : c’est un avertissement. Dans l’épisode du veau d’or, il fait partie, lui, de la génération des coupables. Il est celui qui entend la promesse de Dieu, son amour abondant, et qui entend en même temps son accusation, et la menace à peine voilée qu’elle contient.
Et Moïse se tourne vers Dieu : et il lui dit. Oui : je sais, nous sommes ce peuple à la nuque raide, nous sommes ce peuple qui n’arrive pas à faire juste. Et pourtant nous te le redemandons, marche au milieu de nous, soit présent avec nous, considère-nous comme ton peuple.
En fait la repentance c’est un affront, quelque chose de complètement insolent. Oui, avec toutes nos peines, nos misères, nos erreurs, nos fautes, nos hésitations, nos doutes, nous nous tournons vers Dieu et lui demandons : tiens-toi auprès de nous, marche avec nous, soutiens-nous dans ce labeur qui est le nôtre. Fais ce que tu as promis de faire. Que nous soyons bénis ou que nous soyons punis, là n’est pas la question : tiens-toi près de nous.
La repentance, c’est prendre Dieu au sérieux, encore plus que nous-mêmes, en lui apportant avec clarté nos hésitations, nos dilemmes, nos incertitudes. La repentance c’est se tenir devant Dieu avec tous ces doutes, ces incertitudes, en les assumant : c’est cela se tenir dans la lumière, c’est cela grandir en perfection. Parce que Dieu nous a déjà tout donné – et qu’il continuera à le faire.
Amen
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