Le motif de la conversion

Message pour la capsule La paroisse vous rend visite

24.04.2020 révisé le 28.06.2020


Au tournant

Le monde semble un peu différent

Cela fait un petit moment que l’on peut entendre des personnes affirmer la chose suivante : « il y aura un avant et un après Covid-19 ». 

  • Avant le COVID-19 nous travaillions d’une certaine manière, après le COVID-19 nous travaillerons d’une autre manière. 
  • Avant le COVID-19 nous passions peu de temps à la maison, après le COVID-19 nous ferons autrement. 
  • Avant le COVID-19 nous subissions une certaine routine, après le COVID-19 nous nous sommes réinventés.
  • Avant le COVID-19 nous ne prêtions pas attention aux gestes d’hygiènes, après le COVID-19 nous le faisons.

Chacun peut certainement trouver pour soi des exemples de ces différents avant/après.

Je dois vous avouer que cette manière de parler du changement me laisse un peu songeur. Quel en est la cause ?

Une conversion

Il y a un avant et un après « Covid ».

Si on le prend à la lettre, c’est le virus qui aurait provoqué ce changement. Après la confrontation avec le virus, on se tourne vers autre chose, on regarde la vie autrement, on souhaite agir autrement.

On pourrait presque parler de conversion.

Le mot est trop fort ?

Pour certains.es, le virus, ou la situation imposée par le virus, a ouvert sur une autre vie, une vie transformée, une vie qui semble « meilleure », où l’on voit les choses différemment et où l’on agit autrement.

En ce qui me concerne, j’ai constaté que je ne souhaitais plus m’engager dans des activités qui pouvaient être annulées d’un claquement de doigts. Quel est le sens d’une activité dont l’annulation ne semble porter conséquence à quoi que ce soit?

Après le COVID-19, j’engagerai mon énergie dans des activités dans lesquels je trouve un sens pour lequel je suis prêt à m’engager, au-delà du fait de simplement faire ce qui semble être attendu.

Mais qu’est-ce qui est à la source de cette conversion ?

La motivation

Ce qui me questionne dans ce discours sur le changement c’est d’identifier le COVID-19 comme la cause du changement. Dans ce discours, il apparaît comme le facteur de motivation.

Si on considère que c’est le COVID-19 qui a provoqué le changement, alors nous nous sommes convertis sous la contrainte.

Quelle durabilité aux changements consentis sous la contrainte ?

On le sait : une fois que la pression est passée, les souhaits de changement passent aussi.

De plus, nous sommes inégaux face à la contrainte. Certains changements semblent agréables. D’autres ont un goût amer : ceux qui étaient à la limite de la précarité y entrent franchement. Ceux dont le travail repose sur la stabilité sociale sont sur la sellette (monde de la culture et tourisme).

Je crois par contre qu’une conversion est possible et réelle : la conversion qui vient du contact avec Dieu.

Pas n’importe quel Dieu, celui qui se rend présent dans le monde, dans notre humanité.

Converti par Dieu

Pour ma part j’espère qu’une conversion réelle est possible parce qu’il y a un avant/après Jésus.

Encore faut-il comprendre ce que l’on veut dire par là…

Vous avez entendu parler de la façon dont je me comportais quand j’étais encore attaché à la Loi et aux coutumes juives.

Vous savez avec quelle violence je persécutais l’Église de Dieu et m’efforçais de la détruire. Dans la pratique de la Loi et des coutumes juives, je surpassais la plupart de ceux de mon âge appartenant à mon peuple ; j’étais beaucoup plus zélé qu’eux pour les traditions de nos ancêtres.

Mais Dieu, dans sa grâce, m’a choisi dès le ventre de ma mère et il m’a appelé à le servir.

Epître aux Galates 1,13-15 NFC

Avant de rencontrer le ressuscité sur le chemin de Damas, Paul persécutait ses disciples. Après l’avoir rencontré, il devient lui-même porteur de la Bonne Nouvelle.

Cette conversion on ne peut pas la provoquer. Elle nous tombe dessus, à un moment donné dans notre vie. Une personne peut l’attester.

Si à un moment on atteste d’un changement, disant « maintenant ce ne sera plus comme avant », on est invité à se mettre à la recherche de ce qui a provoqué ce changement.

Plutôt que de choisir la facilité et de mettre le focus sur la contrainte, approfondir le moment du changement et identifier ce qui l’anime.

Chercher non pas le mal qui a tué, qui tue et qui tuera encore, mais la personne, la rencontre, l’événement qui vous fait sentir la vie dans ce changement, qui aura mis la vôtre en mouvement, qui l’aura transformée.

Ce qu’on trouvera dans cet approfondissement ne peut être prédit par avance. Ce sera différent pour chacune et chacun. Mais ma foi y espère quelque chose.

Rencontrer le Vivant

Pour la foi chrétienne, à chaque fois qu’une telle chose arrive, un changement favorable, une conversion, c’est Jésus-Christ qui nous rencontre.

L’histoire de Jésus qui est annoncée dans les évangiles : sa naissance, sa vie, sa mort et sa résurrection, tout cela nous sert de guide pour discerner cette rencontre avec le Vivant dans notre propre vie.

Une conversion aux effets durables vient de la rencontre en chair et en os du Dieu vivant, celui qui assume de mourir comme nous, mais qui nous relève de toutes nos morts.

Pouvoir accompagner Dieu dans cette mort, c’est la condition pour le changement durable, qui dépasse toute contrainte, qui dépasse les angoisses de l’opposition entre la vie et la mort.

Celui qui voudra garder sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie à cause de moi la trouvera

Evangile selon Matthieu 10,39 NFC

Alors dans mes manières de parler de cette rupture entre un « avant » et un « après », je souhaite discerner la présence du Vivant, et pas simplement la contrainte d’un virus un peu plus fort que notre économie ou que notre système de santé.


Seigneur,

Merci de faire de chaque instant l’occasion de te rencontrer, même dans la mort.

Merci, parce que tu en fais l’occasion pour nous transformer, nous changer, nous mener vers une vie meilleure, une vie pleine pour laquelle on a envie de s’engager. 

Esprit-Saint soutiens-nous,

Inspire-nous des mots qui témoignent de la vie et non de la mort,

Inspire-nous des gestes libres et généreux, non des gestes contraints et obligés

Inspire tous les gens de ce pays et de ce monde, viens les rencontrer et les faire rayonner de ta vie, comme tu le fais pour nous.

Amen  


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Communication pascale (III) – Cellui qui nomme

§ Dans le mystère pascal, le Père se communique pleinement à la personne humaine en lui donnant son nom

Préambule

Suivant ce que j’ai écris sur le langage trinitaire, ici je vais évoquer la personne du Père. Mais dans ce cadre je parle bien d’ielle, de il, de elle. De Dieu.

“Père”, “Abba” est le nom que Jésus donne à cellui auquelle il prie, à cellui auquelle il se remet entièrement, ainsi que tout le reste. C’est aussi le nom que présente la prière du “Notre Père” enseignée par Jésus à ses disciples (Matthieu 6,9-13 ; Luc 11,2-4). C’est le nom retenu par la tradition pour sa confession de foi “Je crois en Dieu, le Père tout-puissant…”.

Mais celle que le Père est ne se définit par d’abord par notre expérience de la paternité ou de la maternité biologique, sociale, relationnelle ou culturelle. Non pas qu’iel en est absent, mais iel l’est à sa manière. C’est cette manière qui est déterminante et non l’inverse.

Le mystère pascal

Cette notion vise à ramasser une histoire, ainsi que la réalité vivante et inépuisable de cette histoire.

En bref, c’est qu’il y avait un être-humain qui s’appelle Jésus, un membre du peuple d’Israël, qui a vécu une vie rayonnante et libératrice.

Il a été mis à mort par son espèce, par son propre peuple, par ses disciples, par les forces politiques.

Mais suivant une foule de témoins, celui-ci est vivant maintenant : celui a qui il a tout remis, celui qu’il appelait son “Abba” l’a relevé d’entre les morts.

Cet humain vit en, avec et pour tous ceux qui ont mis, qui mettent et qui mettront leur confiance en lui: ceux qui sont saisis par l’Esprit-Saint.

C’est de cela que je vis, c’est en cela que je place ma confiance. C’est dans cette lumière que j’aime.

Et c’est plus qu’un cela : c’est un.e personne, parce qu’elle se communique à moi, que je peux me communiquer à elle, qu’ensemble nous nous communiquons au monde dans le monde. C’est en iel que j’espère.

Le mystère pascal, c’est tout cela, et plus que je ne puis dire moi-même. Mais d’autres l’on dit, le disent et le diront encore.

Le Père ici, c’est celle qui donne son Nom.

Mon nom

Avant que je sache qui je suis, quelqu’un m’appelait par mon nom, m’ouvrant le chemin à cette connaissance de qui je suis.

Mon identité résonnait dans le creux de la voix de mes parents.

Mais c’était plus et autre chose que leur voix qui était à la source de cette résonnance.

Ils nomment d’une certaine manière, mais ils n’ont pas de pouvoir sur mon nom. Parce qu’ils n’ont pas de pouvoir sur qui je suis. Un.e autre me donne mon nom.

Celle qui me nomme se manifeste dans le fond général de l’univers. Celle au-delà du tout – le grand point d’interrogation dont aime me parler un ami, où “ça” en l’appuyant de ce geste :

Photo de Darwis Alwan provenant de Pexels

C’est ce “plus” qui accompagne toute mon existence, qui me rappelle que je ne suis pas seul, que je ne me suis pas créé moi-même, que je proviens de quelque part, que je suis quelque part et que je vais quelque part.

Le théologien réformé Friedrich Daniel Ernst Schleiermacher (1768-1834) parlait du “sentiment de dépendance absolu” pour situer l’indice dans la vie humaine de cette expérience fondamentale.

Mais c’est plus qu’un ça : je peux me tenir devant iel, je peux lui parler.

C’est toi qui a créé ma conscience, qui m’a tissé dans le ventre de ma mère

Psaumes 139,13 NFC

Ce nom qu’iel me donne dit qui je suis, et il dit plus que mon prénom ou mon nom de famille.

Le baptême d’enfants, la circoncision : ce sont des rites qui me donnent une place et une histoire.

Traditionnellement, c’est au jour du baptême que l’on officialisait le nom de l’enfant pour la société chrétienne. La circoncision signifie que l’enfant fait bien partie de la grande famille d’Israël.

Mais si la tradition chrétienne effectue ce rite du baptême, c’est pour dire que le nom de cet enfant, de cette personne, n’appartient pas à la famille qui l’accueille et que son prénom n’a pas encore tout dit de ce qu’elle est : ce n’est que son pré-nom.

Dans mon baptême, en définitive, c’est un autre qui me nomme. Dans le baptême, c’est un autre qui fait que je suis qui je suis en vérité. C’est un autre qui me crée.

Son Nom

Mais comment vais-je appeler en retour cellui qui me nomme ?

Je pourrais en rester au “ça” ; mais à ce moment je ne donne pas de réponse à cellui qui m’appelle par mon nom.

Quand iel m’appelle par mon nom au-travers de la vallée, que vais répondre ?

Cellui qui me donne mon nom ne se cache pas au moment où il me le dit. Au contraire : me donner mon nom et me dire qui iel est, iel le fait d’un même geste.

Iel ne retient pas quelque chose caché de moi. Il ne retient pas une part de secret et de pouvoir.

Iel me connait. Iel pourrait avoir du pouvoir sur moi, car iel sait qui je suis.

Mais iel me donne son nom, iel se donne entièrement à moi au moment où iel me donne à moi-même. Iel ne retient rien de iel-même dans son nom, lorsqu’iel donne son nom à son enfant.

C’est pourquoi Dieu l’a élevé à la plus haute place et lui a donné le nom supérieur à tout autre nom. Il a voulu qu’au nom de Jésus, tous les êtres, dans les cieux, sur la terre et sous la terre, se mettent à genoux, et que tous reconnaissent publiquement : « Le Seigneur, c’est Jésus Christ, pour la gloire de Dieu le Père. »

Philippiens 2,9-11 NFC

Ici, la dignité donnée au nom de Dieu (le tétragramme) est comme déplacée vers la personne de Jésus lui-même, au moment où celle-ci reçoit la dignité de son propre nom.

C’est pour cela que les enfants de Dieu sont de Dieu, qu’au moment de recevoir le nom de cellui qui nous le donne, c’est iel qui se donne entièrement à eux, jusqu’à être tout à eux.

Ainsi, il nous a accordé les biens précieux et si importants qu’il avait promis, afin que grâce à eux, le dos tourné à la destruction que les mauvais désirs provoquent dans le monde, vous ayez part à la vie divine.

2 Epîtres de Pierre 1,4 NFC

Le mystère du Nom

Dans le mystère pascal, le nom peut être dit par une paraphrase :

« Tu es mon fils, ma fille, bien-aimé.e ; en toi je trouve toute ma joie. »

Evangile selon Marc 1,11 NFC (adapté)

Cette phrase me dit mon nom, elle me dit qui je suis : Je suis fils.fille de Dieu.

Voilà mon nom, voilà mon identité, voilà ce que je suis, voici la vérité de ce dont mon nom courant n’est que le préambule, le prénom.

Mais elle dit aussi qui est cellui qui dit ce nom :

  • cellui qui donne à son fils, sa fille, le pouvoir de guérir, de libérer, de transformer, de faire croître, de soigner, d’aimer ;
  • cellui qui n’infantilise pas son enfant, mais qui le, la, laisse vivre sa vie jusqu’au bout. Jusqu’à la mort sur une croix ;
  • cellui qui en définitive ne tait pas le nom de son enfant, alors qu’il a sombré dans la mort, qui le, la rappelle : le ressuscite d’entre les morts ;
  • cellui qui n’est pas exclusif, mais inclusif, qui appelle ses enfants par-delà toute frontière.

Le mystère de mon identité se trouve dans le mystère du nom de Dieu. Ce n’est pas une énigme à décoder. C’est un nom à recevoir. C’est se recevoir soi-même et c’est quelqu’un d’autre à recevoir.

Le “Père” c’est celle qui, fondamentalement et avant toute chose, initie cette donation du nom, qui initie la communication pascale, en se donnant iel-même.


Cet article fait partie d’une série sur la “communication pascale”


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Prier, toucher

Photo de Juan Pablo Serrano Arenas provenant de Pexels

Message pour la capsule La paroisse vous rend visite

15.04.2020 révisé le 14.06.2020


Sans toucher

Certains disent que dorénavant l’on ne se serrera plus la main, que l’on ne se fera plus la bise, que l’on ne se prendra plus dans les bras – en tout cas en dehors du cercle familial.

Se toucher est devenu dangereux. On garde ses mains dans les poches, on les nettoie, on les purifie, on hésite à rentrer en contact ! 

Cette interdiction est très violente. Nos mains, et notre peau en général, sont lieux de tellement de contacts !

Aujourd’hui, avec ma main, je rechigne à serrer votre main, je me retiens de mettre ma main sur votre épaule. Je ne vous prends pas dans les bras.

En nous interdisant de nous toucher, on se retrouve amputé d’une partie de notre humanité. Nous ne sommes pas que des purs esprits, mais bien des personnes en chaires et en os : nous existons aussi parce que nous sentons les choses. Et le toucher est un sens fondamental dans notre existence – avec l’odorat, le goût, l’ouïe, la vue, la kinesthésie.

Touché par Dieu

La Bonne Nouvelle, c’est que même si on est amputé de ce bout d’humanité, on n’en est pas amputé avec Dieu.

On peut exister entièrement devant Dieu, aussi dans cette dimension des sens. Parce que si on vous interdit de « toucher », Dieu lui vient déjà à nous et nous touche ! 

C’est l’expérience que fait le prophète Ezéchiel. Dès les premier verset, on y dit que la « main du Seigneur est posée sur lui ».

La trentième année, le quatrième mois, le cinq du mois, j’étais au milieu des déportés, près du fleuve Kebar ; les cieux s’ouvrirent et j’eus des visions divines. Le cinq du mois – cette année-là était la cinquième de la déportation du roi Yoyakîn – il y eut une parole du SEIGNEUR pour Ezéchiel, fils du prêtre Bouzi, au pays des Chaldéens, près du fleuve Kebar. Là-bas, la main du SEIGNEUR fut sur lui.

Ezéchiel 1,1-3 T.O.B.

C’est une image bien sûr. Des traductions plus récentes traduisent “main” par “puissance”. Cette image de la “main du Seigneur” renvoie peut-être à des phénomènes d’extase ou de possession prophétique. Mais c’est une image qui évoque clairement certaines sensations.

Dans la suite du texte d’Ezéchiel, cette main du Seigneur va se faire assez bousculante, voire violente. Mais, on sait aussi que cette main de Dieu fait d’autres choses : c’est une main qui relève, une main qui guérit, une main qui bénit.

Un lépreux s’approche de lui ; il le supplie et tombe à genoux en lui disant : « Si tu le veux, tu peux me purifier. » Pris de pitié, Jésus étendit la main et le toucha. Il lui dit : « Je le veux, sois purifié. » A l’instant, la lèpre le quitta et il fut purifié. 

Evangile selon Marc 1,40-42 NFC
Image par Free-Photos de Pixabay

Jésus prend la main de l’enfant et lui dit : « Talitha qoum », ce qui veut dire : « Jeune fille, je te le dis, réveille-toi ! » Aussitôt la jeune fille se leva et se mit à marcher, – car elle avait douze ans. Sur le coup, ils furent tout bouleversés. 

Evangile selon Marc 5,41-42 NFC.

Même coupé de tout contact, Dieu lui, peut nous toucher, où que nous soyons. Et ce n’est pas qu’une vue de l’Esprit.

Prier et toucher

Prier Dieu, c’est rencontrer Dieu.

Quand on prie Dieu, on ne le prie pas seulement avec son cerveau, mais avec tout son corps.

Je vous invite à vous poser cette question : que faîtes-vous de vos mains quand vous prier ? 

Image par Pexels de Pixabay

On a l’habitude de voir des mains fermées, pour la prière.

On contrôle son corps, on intériorise, on se recentre sur soi.

Image par mohamed Hassan de Pixabay

Des fois on peut aussi voir des mains ouvertes.

Peut-être une manière de tendre la main vers ce Dieu de l’invisible ?

Certaines fois, on voit des prières où l’on prie avec des objets entre les mains, là aussi une manière d’atteindre une certaine concentration intérieure.

Image par ikolotas0 de Pixabay

On peut aussi prier avec des mains qui touchent. Soit un autre, soit soi-même.

Image par 坤 张 de Pixabay 
Image par Michal Jarmoluk de Pixabay 

Toucher en posant, sans contenir ou contrôler, juste en sentant. C’est aussi s’ouvrir à Dieu, c’est aussi une manière de le rencontrer et qu’il a lui de nous rencontrer.

Je l’évoquais au début, dans certaines situations, le contact avec autrui est réduit au minimum. On ne peut plus se toucher, parce qu’on nous l’interdit, parce que c’est dangereux.

Ou bien, l’expérience que l’on a du contact avec autrui n’est que violence, coups et blessures. On a appris que toucher, c’est être violenté.

Face à Dieu, il y a une liberté qui est offerte. Celle d’un autre contact : c’est d’être touché, d’avoir ce contact bienveillant, posé sur vous, rencontrer Dieu. 


Seigneur, 

Même loin de tout, même interdit de contact, toi tu viens près de moi. Tu poses ta main sur nous. 

Merci.

Je te prie pour tous ceux qui, enfermés, loin de tout contacts, ne peuvent plus entrer en contact avec les autres.

S’il te plait, n’oublie pas d’aller rejoindre ceux à qui tu manques, ceux qui sont loin de toi, ceux ont besoin que tu les touches.

Au nom de notre frère Jésus,

Amen


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À la maison

Lorsque tu fais usage d’internet, que tu produis du contenu et que tu le mets en ligne, imagine que tu es en train d’aménager une maison. Ton site internet mérite à peu près autant de soin.

Ce que j’ai envie d’encourager c’est à penser la création d’un site internet, l’investissement d’une plateforme de diffusion (Youtube, Soundcloud, etc.) ou d’un réseau social (Instragram, Facebook, etc.) comme l’habitation d’une maison. Cela vaudrait par ailleurs pour toute activité dite “d’Eglise”.

Cette image m’est venue au cours d’une formation proposée par l’Office Protestant de la Formation sur la création de contenu vidéo durant la période de crise du COVID-19. Tu peux aller voir les deux articles de Diane Friedli à ce sujet :

Quand un.e individu ou une communauté met sur place un site internet, qu’iel utilise une plateforme, un réseau social, ou autre, qu’iel investit un espace privé ou un espace public par sa présence et par son activité, il serait bon qu’elle prenne conscience de la maison qu’iel amménage en faisant cela.

J’ai tenté l’exercice pour mon propre site.

Une maison

Je pense ici avant tout à la notion de “maison” telle qu’on la retrouve dans le Nouveau Testament : l’oikos – dont provient un certain nombre de termes comme économie et écologie.

C’est un espace structuré et délimité qui remplit une fonction (accueillir, abriter, rassembler, isoler, etc.) et qui présente une organisation (famille, entreprise, communauté, service, ermitage).

Dans le monde de l’Ancien Testament la “maison” a également une signification théologique / religieuse. La “maison de Dieu” est le lieu de la célébration cultuelle, du sacrifice, etc. Mais cette “maison” ne s’identifie pas par le fait d’avoir quatre murs et un toit. C’est avant-tout le lieu que Dieu habite et que ses serviteurs administrent ou visitent.

Je n’ai d’ailleurs jamais habité dans un temple, depuis le jour où j’ai fait sortir d’Égypte le peuple d’Israël, jusqu’à aujourd’hui. Au contraire, j’ai accompagné les Israélites, en n’ayant qu’une tente comme demeure.

2 Samuel 7,6-7 (NFC)

L’intérêt de l’image de la maison est qu’elle permet de discerner les aspects structurants de la communauté que l’on crée par les media que l’on utilise en Eglise, à titre individuel ou collectif. Un créant un site, en créant une vidéo, j’investis et j’aménage un certain espace qui va avoir un rôle structurant dans la constitution de la communauté que le media va susciter.

Que fait-on dans la maison ?

Il y a différents types de maison. Elles vont se distinguer par les fonctions et les organisations qu’elles favorisent, concrètement : ce qu’on y fait et ce qu’on y vit.

On a pas besoin du même espace ou des mêmes règles lorsque l’on veut rassembler pour faire la fête ou lorsque l’on veut s’isoler des autres.

Sur mon site : on peut lire des articles, on peut commenter (mais je concède que je ne fais pas grand chose pour y encourager). Par les liens disséminés à gauche à droite, on peut passer à d’autres sites, d’autres articles et d’autres media accessibles sur internet.

Les règles sont imposées par la structure de mon site. Ce n’est pas un wiki, c’est un blog. A priori, la règle c’est que c’est moi qui produit du contenu. Ce contenu peut être influencé par les commentaires et réactions qu’il suscite, ou mes réflexions ultérieures. Dans sa forme actuelle, mon site n’insiste pas sur la collaboration, mais invite plutôt à la consommation.

Par contre il se veut participer d’une dynamique de partage et de réseau : j’essaie (tant bien que mal) de faire du lien avec d’autres sites, d’autres maisons, en mettant en valeur d’autres contenus que le mien.

Qui peut rentrer dans la maison ?

Une maison va inclure et exclure.

Si tu me dis que ta maison accueille tout le monde, tu mens ou tu es aveugle. Tu peux le désirer, mais ce n’est pas de ta force de le réaliser. Il y a bien un lieu où tout le monde est accueilli, mais ce n’est pas chez toi : c’est la maison du Père (Evangile selon Jean 14,2). Par contre tu peux t’interroger sur ta capacité à accueillir l’imprévisible (Apocalypse 3,20), le visiteur inattendu (Genèse 18).

Sur mon site : n’importe quelle personne qui a une connexion internet peut accéder à mes contenus. Il n’y a pas besoin de s’inscrire, ni d’avoir un ordinateur ultra-performant. Il est par contre possible qu’il ne soit pas optimisé en terme d’accessibilité, ou a11y. Je n’ai pas encore pris le temps de faire le test.

J’écris en français et mes textes vont se limiter a priori à un lectorat francophone. Cela veut aussi dire que je dépasse potentiellement un lectorat qui se limite à la Suisse.

On peut interroger la devanture de ma maison. Celle-ci aussi participe des conditions d’accès à mon site.

Le référencement que j’essaie de soigner permet à mon site d’être lisible sur les moteurs de recherche (Google). Pour l’instant je me contente de faire du partage par Facebook, à chaque fois que je publie mon article hebdomadaire. L’audience est plus ou moins limitée à mon propre réseau pour l’instant.

Mon style peut aussi avoir un effet dans l’accessibilité : ça peut ou ça peut ne pas donner envier de visiter – j’ai tendance à penser de mon écriture qu’elle n’est pas des plus digestes…

Qui accueille dans la maison ?

Le “maître de maison” est une figure importante pour certaines paraboles de Jésus. (p. ex. Evangile selon Mathieu 20,1-16 ou Evangile selon Marc 13,34-36)

C’est aussi une figure importante pour les premières communautés chrétiennes. Iels fournissaient le lieu pour se réunir ou pour abriter les membres de la communauté (cf. Actes des Apôtres 16,15, Epître aux Romains 16,23).

Est-ce une personne, un règlement, une phrase, une image, une porte, un son ? Quel sera le point de référence pour celui qui arrive dans la maison ? Qui m’informe sur le cadre ?

Sur mon site : celui qui ouvre une page de mon site tombe en premier sur la bannière avec le titre “Journal d’un théologien vaudois éclectique”, et le #Zerstreuter Doktorand : un article tous les lundi. Ensuite il tombe sur les menus avec différents onglets qui mènent à des pages fixes qui informent sur le site en général, sur le réseau duquel il participe et sur qui je suis.

L’accueil n’est pas très personnalisé. Il est peut être aussi un peu cryptique. Une phrase en allemand, le terme “théologien” et “éclectique”. En même temps il informe directement sur ce à quoi l’on a affaire : un journal composé d’articles, avec un rythme de publication fixe.

Dans mes articles j’assume mon Je, et il y a des fois des références à ma vie personnelle, mais dans l’ensemble je pense que ma présence est relativement effacée dans mes articles.

Résultat du discernement

Ces quelques éléments de réflexion m’amènent à comparer mon site à la cellule d’un bâtiment plus large qui rassemblerait différents ateliers. Voir par exemple ce qui se fait à la Bottolière (Vevey).

Mais à la différence de la Bottolière, ma maison a ses portes tout le temps ouvertes. Il ne faut pas de clef. Cependant mon atelier présente peut être une marche à l’entrée, ou un éclairage insuffisante pour certains.

On peut se déplacer librement dans ma maison. Parfois je suis là, parfois pas. Il y a en tout cas quelques informations sur la porte d’entrée et dans le local.

Je me rends régulièrement au marché du coin pour annoncer lorsque de nouvelles oeuvres son dans mon atelier, mais je n’y ai pas de stand fixe pour mon site.

Pour l’instant cela correspond à ce que je souhaite pour mon site, mais cela me donne aussi matière à réfléchir un peu plus loin à ses objectifs et à son ergonomie.

Si cette manière d’analyser ta propre production internet te parle et si tu as tenté l’exercice sur tes propres productions, n’hésites pas à me le partager en commentaire. Je t’encourage à partager le résultat de ton discernement sur tes propres lieux de publications !


Pour lire plus loin :

Ce(tte) création est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Paternité 4.0 International.

Spiritualité protestante – 5 ressources pour s’orienter

Le mot spiritualité est à succès dans le monde protestant en ce moment. Dans le cadre de ma thèse je travaille notamment sur la compréhension dogmatique de ce terme.

Dans ce qui suit je propose une liste de cinq ressources pour s’orienter de manière constructive dans cette thématique aujourd’hui, ainsi qu’un article que je recommande chaudement.

Une autre liste proposera peut-être quelques ouvrages marquants qui nourrissent le travail théologique sur la “spiritualité” en théologie protestante contemporaine.

Base

1. La Bible

Mettre la Bible en première place peut paraître surfait.

Pourtant elle reste la source principale à laquelle s’abreuvent les membres de la tradition chrétiennes.

Son contenu forme et modèle le vécu, le langage, la compréhension de soi, l’expression culturelle et religieuse des membres de la famille chrétienne.

L’interaction avec ces textes est une partie centrale de la spiritualité chrétienne. Pour la tradition protestante, elle en est la toile de fond.

Le contenu biblique n’est pas toujours facile d’accès. Je recommande de suivre le travail par l’équipe du Bibleproject. Leurs vidéos, outre d’être belles, s’inscrivent dans une perspective théologique qui met en relief le sens du texte pour la constitution et l’habitation de la spiritualité chrétienne.

2. Les travaux du Conseil Oecuménique des Eglises

Depuis l’assemblée générale de Nairobi (1975), le terme “spiritualité” fait partie du langage du Conseil Oecuménique des Eglises. À cette époque, le terme est fortement lié avec les remous qui secouaient l’Amérique latine. “Jésus Christ libère et unit”, tel était le thème de la conférence. C’est aussi l’expérience qui se trouve à la source de la confession de foi chrétienne.

Les textes issus de ces assemblées générales font sentir le pouls des croyants au-travers du monde, et ouvrent une fenêtre sur les préoccupations des chrétiens hors du monde réformé francophone occidental. Ils élargissent l’horizon de l’expérience chrétienne et la sensibilité spirituelle des expressions locales de la foi chrétienne.

Cet horizon plus large est essentiel au développement d’une spiritualité chrétienne : fondamentalement orientée sur l’autre, dans son altérité irréductible. D’une certaine manière, on pourrait placer les conciles et les confessions de foi traditionnelle, ainsi que celles du 20e siècle, aussi dans ce domaine. Mais elles ne thématisent pas directement la “spiritualité”, alors que le C.O.E. le fait.

Sites

3. Ethikos – Armin Kressmann

La spiritualité était pendant longtemps le domaine de recherche du pasteur Armin Kressmann. Il aurait pu le développer plus loin dans une thèse en bioéthique. Heureusement pour nous, il l’a fait sur son blog Ethikos. (voir tout particulièrement la section “spiritualité” dans l’onglet “dossier”).

Son travail d’aumônier en institution spécialisée, sa rencontre avec les personnes à handicap l’ont mené à travailler en profondeur ce qui fait la spiritualité pour tout être-humain, la spiritualité comprise comme une dimension de toute personne – comme le dit la constitution vaudoise.

Les développements sur son blog son parfois un peu déroutant, tant la forme change du discours policé et usuel du théologien, de la théologienne. Mais c’est une mine qu’il faut aller creuser. La démarche est résolument non-fondationaliste.

Armin Kressmann

Le blog d’Armin Kressmann est particulièrement intéressant pour la spiritualité protestante, du fait qu’il prend au sérieux la composante institutionnelle. Une institution a une spiritualité qu’elle est appelée à expliciter.

Il me semble ici qu’on touche au coeur de ce qui fait le projet de la tradition réformée. L’Esprit transforme non seulement le coeur de l’individu, mais tout le corps humain – donc aussi son corps social, et aujourd’hui on est aussi conscient qu’il transforme son interaction avec sa maison (écospiritualité).

Depuis quelques temps, l’expression de sa propre spiritualité est passée du discours à la peinture. On peut observer son travail dans l’Atelier 302 de la Bottolière (Vevey).

5. Glaube und Gesellschaft

Ce projet abrité par la faculté de théologie de l’université de Fribourg, est issu de membres de la communauté ecclésiale Jahu (Eglise réformée bernoise), avec le docteur en théologie Walter Dürr à sa direction. Cette communauté présente plutôt une sensibilité évangélique dans le paysage réformé.

Le centre d’étude pour la foi et la société est un projet pour le moins dangereux ! Avec une ouverture oecuménique et internationale, il cherche à encourager une théologie qui nourrisse les trois pôles que sont l’université, la société et l’Eglise. Une des convictions fondamentales pour l’activité de ce centre, c’est la nécessité d’une alliance forte entre une théologie publique et une théologie ancrée dans le vécu de la spiritualité.

La force de cette alliance, telle qu’elle se réalise là ne devrait pas être minimisée. Le sérieux intellectuel, l’ouverture et la profondeur de l’engagement des membres de ce centre porte des fruits féconds pour toute réflexion théologique de sur la spiritualité, et particulièrement en milieu protestant. Ils provoquent le quasi-miracle de faire se rencontrer des horizons théologiques du milieu protestant qui habituellement se méprisent joyeusement les uns les autres. Toutes les vidéos du cycle “Veillez et priez” sont accessibles en ligne (allemand et anglais).

En 2020 plutôt que d’annuler leurs journées d’études annuelles face à la crise du Coronavirus, ils ont décidé de les continuer et de tout passer en ligne, en adaptant complètement le format. C’est un témoignage certain de la conviction qui anime cette petite équipe et de la valeur qu’ils accordent à leurs activités.

Manuel

3. Handbuch Evangelische Spiritualität

Il s’agit là d’une oeuvre monumentale et fondamentale que l’on doit à l’engagement du théologien luthérien Peter Zimmerling.

Ce manuel est constitué en trois épais volumes qui présentent :

  1. L’histoire de la spiritualité protestante (ses grands courants et ses grandes figures) / Vol. 1
  2. La doctrine et les thématiques théologiques propres à la spiritualité protestantes / Vol. 2
  3. Les pratiques propres à la spiritualité protestante / Vol. 3

On ne dispose tout simplement d’aucun autre manuel d’une telle ampleur au sujet de la spiritualité protestante. Il offre une présentation générale et transversale que je dois moi-même encore digérer et explorer.

L’existence de ce manuel montre à quel point la théologie protestante germanophone est beaucoup plus avancée que la théologie protestante francophone dans le développement d’un discours théologique autour de la “spiritualité”. C’est lié notamment à l’attention portée aux courants piétistes, mais aussi au étude approfondie en théologie pratique sur le développement pratique de la foi.

En théologie anglophone on trouvera aussi d’importants travaux, mais plutôt du côté de la théologie catholique.

BONUS

Cartographie des formes de spiritualités chrétiennes – Olivier Keshavjee

Olivier Keshavjee est pasteur dans l’EERV. Sa passion de la foi s’allie à une passion geek qui s’est exprimée pendant longtemps sur son blog théologeek.

L’article auquel je renvoie ici me semble particulièrement intéressant pour le protestantisme francophone. Il est une tentative de présenter la pluralité des expressions spirituelles propres au protestantisme contemporain, dans leur unité en Christ.

Ce qui est très intéressant dans cet article, c’est le carré sémiotique qu’il offre et l’usage qu’il en fait. Non pas des cases pour isoler les personnes, mais une carte pour cheminer et se situer dans son propre cheminement. En ce sens il est proche d’un autre projet que je trouve tout aussi intéressant : le site contactgps, entretenu depuis des années par Michel Kocher. Les types qui se dégagent du carré sémiotique favorisent une meilleure conscience de soi et la rencontre d’autrui dans son altérité.

Ce qui me semble particulièrement profitable dans cet article, c’est la dynamique qu’il promeut : en route, Christ au centre, la célébration comme milieu, une attitude de curiosité et d’humilité.

Je vous laisse avec cette citation à laquelle je consonne fortement.

Je rêve donc d’une paroisse qui soit à l’aise pour explorer différentes formes de spiritualités chrétiennes.

Qui n’ai pas besoin de descendre les pratiques spirituelles des autres pour élever les siennes.

Qui cherche à vivre des choses avant d’en parler.

Qui critique d’abord la poutre dans son œil avant la brindille dans l’œil du voisin (les dangers et limites de sa propre pratique).

Olivier Keshavjee

https://www.theologeek.ch/2019/01/26/cartographie-des-formes-de-spiritualites-chretiennes/


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