Communication pascale (XI) – Identité narrative

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Spiritualité et identité

C’est dans la “spiritualité” que l’identité trouve son accomplissement et sa constitution et c’est par la “spiritualité” que l’identité est transformée.

L’identité c’est en somme la définition de ce que je suis dans les variations de mon corps et de mon esprit dans le temps. L’identité de “Elio”, c’est ce qui me définit entre mon plus jeune et mon plus vieil âge.

L’identité est composée d’éléments biologiques (l’ADN léguée par mes parents et la sphère écologique dont ils participent), sociaux et culturels (le contexte et les conditions sous lesquelles j’évolue).

Mais aucun de ces aspects ne peut définir définitivement mon identité. Cela vaut aussi pour les identités collectives. Il y a un moment de spontanéité et de liberté propre à mon existence et à celle d’autrui qui fait que “je” ne peux être réduit à une quelconque forme de détermination causale.

C’est dans la “spiritualité” qu’a lieu cette articulation entre les déterminations objectives de mon identité et la liberté qui se manifeste en et par moi. Pour la foi chrétienne, cela signifie que c’est l’Esprit de Dieu qui me détermine dans mon identité.

Identité et narration

De nombreux travaux en philosophie, en psychologie, en sociologie et en sciences sociales ont souligné l’importance du récit dans la constitution de l’identité.

D’une part, on peut dire à un premier niveau que par notre participation au milieu culturel ambiant, nous participons aussi aux récits qui le traverse. Par exemple, aujourd’hui la crise environnementale forme l’un de ces récits et en génère d’autres – par exemple des récits de fin du monde. Ce récit rentre en friction avec ceux qui sont liés au progrès de l’humanité – soit celui du capitalisme industriel et numérique, soit celui du trans-humanisme.

Sous cet angle, notre identité est en partie déterminée par des récits. Mais plus loin, c’est aussi par notre interactions avec des récits – mais aussi avec des symboles, des métaphores – que nous constituons notre identité, que l’individu ou le collectif donne forme à son “Soi”, formant “son” monde de vie.

Le récit offre des potentialités qui viendront informer l’agir de la personne. Les possibilités qui s’offrent au lecteur ou à l’auditeur dans le récit sont tant de possibilité pour ses propres actions. Ses actions et le récit qu’il y lie rendront témoignage de la personne que lui-même est.

L’identité narrative implique donc la liberté du soi. Le récit n’est pas simplement un schéma auquel se plie l’individu : il offre une ouverture et une réouverture constante pour la configuration de l’identité, dans laquelle se forge le soi, à l’épreuve de la liberté.

L’identité par Pâques

La notion d’identité narrative permet de penser la dimension dynamique de l’identité. C’est particulièrement précieux pour la foi chrétienne, qui affirme précisément l’identité comme étant déterminée par l’Esprit de Dieu : la formulation objective que l’on peut donner de l’identité n’épuisera jamais ce que l’Esprit peut faire d’une personne.

La thèse que je défends, c’est que c’est la communication pascale par laquelle l’Esprit constitue la personne dans son identité. Avec la notion d’identité narrative et la compréhension de “Pâques” comme récit, il devient possible d’expliciter le rapport entre activité et passivité dans cette communication.

Pâques est un récit que la foi chrétienne reçoit : par les Ecritures Saintes, par sa liturgie, par sa tradition. Ce récit lui-même est le fruit du témoignage que Jésus-Christ rend de lui-même et que Dieu lui rend en le ressuscitant et en donnant son Esprit aux apôtres.

Ce récit est un récit qui invite la personne qui l’entend à la recevoir. Mais cette réception ne peut se faire indépendamment de l’implication de la personne elle-même, au-travers de son action, de ce qu’elle en dit et de ce qui la fonde. “Pâques” est structuré autour d’une ouverture qui ne peut pas ne pas impliquer celui à qui se récit est adressé – que cela se manifeste dans le “oui” de la foi, ou le “non” de l’incrédulité.

Le “oui” donné à ce récit prend forme dans la vie de la personne et ne sera confirmé qu’avec sa propre mort, dans l’espérance de sa résurrection. De cette manière, l’exposition constante à Pâques est l’ouverture constante sur la configuration de l’identité personnelle dans l’action de l’Esprit-Saint.

Cette action ne se passe pas sans moi, mais elle me précède dans le récit, tout en m’amenant à porter ce récit ailleurs que là où je l’ai reçu et peut-être selon une autre forme, que celle dans laquelle je l’ai reçu.

Ma propre vie devient le récit pascal, dans un autre lieux et dans un autre temps, mais liant tout temps et tout lieux à Jésus-Christ, à son histoire et à sa vie. C’est de cette manière qu’en Pâques Dieu constitue et reforme l’humanité comme son vis-à-vis.

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Cet article fait partie de la série Communication pascale où je traite de ma thèse de doctorat en théologie protestante. 

(In)certitudes

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Des questions

Cette semaine je me suis senti interpellé par plusieurs situations.

Récemment, le pasteur retraité Pierre Farron a réagit au projet de législature du Conseil Synodale de l’Eglise Evangélique Réformée du canton de Vaud. Cette intervention s’inscrit dans un contexte de polémique à l’égard de ce projet. Le groupe Pertinence a également pris positions à l’égard de ce projet. Suite à cela, quelques-uns de mes proches et amis se sont fait interpellés par le pasteur résident de Crêt-Bérard, Alain Monnard. Quelle est la voix de la jeune génération dans cette discussion?

Sur Facebook, j’ai aperçu un post de la pasteure Nathalie Capo, relayé par le pasteur retraité Armin Kressmann. Ce post dit : “Les ‘jeunesses protestantes’ ont fondé Crêt-Bérard et Vaumarcus. Est-ce qu’il y a une relève?”

Ces deux questions font échos à d’autres situations.

Dans les facultés de théologie que je fréquente, on s’inquiète du manque d’inscrits en début d’études. Dans les lieux de directions et de gouvernances que je fréquente on se réjouirait de voir des jeunes.

Pourquoi répondre ?

D’abord, est-ce que j’ai même à me sentir concerné ?

Je vais vers ma trentaine. Je rentre dans le no-man’s land entre la vie de jeune adulte et la retraite. Suis-je la jeune génération ?

Mais quelque chose d’autre encore me gêne profondément dans la nature des questions et des interpellations. C’est très difficile de mettre des mots dessus.

  • impression de rentrer dans un piège si je réponds.
  • impression que d’emblée je n’aurais pas de légitimité dans ce que je peux dire.
  • impression que ceux qui interpellent ne savent pas ce qu’ils demandent.
  • Du vent

Eclatement

Je veux prendre ce qui se présente à moi au sérieux – ce qui implique que je ne dois pas le faire.

Là où il y a des affirmations, je vois et je sens de la dispersion, un fond qui se dérobe.

Là où il y a des interpellations, des demandes, des questions, je vois de l’arbitraire, des réflexes de survie.

Que quelqu’un pose quelque chose et il sera tout de suite renversé, à grand coup de légitimité.

Alors autant s’évader, profiter, faire autre chose, rêver un moment parce que le reste est déjà assez stupide comme ça.

Je ne veux pas être cynique. Je ne peux pas ne pas l’être. C’est ce que je porte avec ce que j’ai vécu.

L’écologie peut être unifie à nouveau. Mais là aussi, on ne doit pas être naïf : tout repose sur toi. Et tu seras jugé coupable, sans concessions.

Que Dieu convertisse mon coeur !

Désirs

Est-ce que ça veut dire que je n’ai pas de rêves, ou que ma génération n’aspire à rien? Sommes-nous nihilistes ?

Je ne crois pas.

De l’équité, de la véridicité, de la justice, de la cohérence et de la conséquence. Je tiens à ces termes. Comme je tiens avant tout au respect de la personne et plus loin au respect des réalités qui me sont mises entre les mains.

Je tiens à la collaboration et à ce que les personnes puissent s’épanouir et croitre dans leur personnalité et dans leur vie.

Je ne veux pas non plus être naïf. Je sais que la réalité est exigeante, qu’elle est le lieu d’une lutte. Je sais qu’elle est traversée de drames. Et c’est aussi pour cela que je me tiens où je me tiens – et je sais aussi que c’est insuffisant, que c’est partiel, que d’une manière ou d’une autre, c’est à côté de la plaque.

C’est pour ça que je tiens aussi au mot “sagesse” : qui ne renonce pas à rêver et à créer, à agir et à approfondir, même si tout lui dit de ne pas le faire.

Exigences

Alors,

je refuse le silence porté sur les inconséquence. Les réflexions, les actes et les paroles qui ne vont pas jusqu’au bout de la réalité qu’ils engagent m’insupportent au plus haut point.

je refuse ce qui entretient le flou. Les règles non-dîtes, les implicites et les assurances manipulatrices. Ce qui n’est pas dit écrase et étouffe les personnes qui veulent servir. J’abhorre la culture de l’implicite.

je refuse l’humiliation. Je l’ai trop subie. Je veux prendre le temps de comprendre, sans rabaisser. Je veux que la personne qui prend la parole soit respectée et préservée dans sa dignité. Je ne veux pas mettre les personnes face à des échecs programmés. Je hais celles et ceux qui font de l’humiliation un outil pour leurs propres intérêts.

je refuse la loi de la jungle. Nous n’y sommes pas contraints, nous n’avons pas à nous plier à cela et nous n’avons pas à la subir de la part de celles et ceux qui s’y sont soumis-es. Nous pouvons collaborer, nous pouvons construire, nous pouvons et devons expliciter, sans renoncer à réviser !

Qui est nous ? moi en tout cas, et je suis prêt à le croire pour les autres. Je vais me battre contre et pour tout ceux qui tournent la loi de la jungle à leur bénéfice quotidien – et que ce soit le combat de Dieu et non le mien, que j’aime mes ennemis et non que je les haïsse.

Et souvent j’échoue à refuser.

Pardonnes-moi mes offenses, comme je pardonne aussi à celleux qui m’ont offensé.

Des réponses

Pour l’instant je ne peux que répondre cela. Plus je n’en serai sans doute pas capable. Moins non plus.

Trop de pathos, trop d’égo, pas d’arguments. Tout ce que tu veux…

D’autres pourront parler je l’espère, librement. Et répondre sans répondre.

Et ailleurs, faire ce qui est à faire.


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Premier jeûne

Jeûne en marche

Presque au terme de ma première expérience de jeûne, je veux témoigner de ce vécu, sous ses différents aspects.

Contexte

Du 5 au 20 mars, j’ai fait un jeûne alimentaire. L’absence d’alimentation solide a commencé le 8 au soir et s’est terminé le 16 au matin. Je l’ai fait dans le cadre d’un projet oecuménique, Détox’ la Terre. J’ai donc pu vivre ce jeûne avec un groupe, avec des personnes de mon âge et un peu plus âgé.

Mon menu journalier était : 2.5dl de jus de fruit le matin, 2.5dl de bouillon fait maison à midi, de l’eau et des tisanes.

Motivation

Cela fait déjà quelques années que je me posais la question de vivre un jeûne alimentaire. Ce projet m’en a donné l’occasion.

Dans ma réflexion sur la “spiritualité” je mets en avant l’implication du vécu corporel. La “spiritualité” n’est pas qu’une affaire du mental, mais aussi du corps et des émotions.

Ce jeûne me donne donc l’occasion d’approfondir personnellement cette dimension.

Je m’interroge et m’inquiète aussi de nos modes de consommation.

La consommation fait partie de la relation à Dieu – la Cène est un moment de consommation. Mais il ne s’agit pas de n’importe quelle consommation : c’est une consommation qui me fait vivre pour glorifier Dieu et le servir.

Au regard de l’impact de mon mode de vie sur l’environnement, ce jeûne me donne aussi l’occasion de me recentrer et de discerner mes prochains pas par rapport à cet enjeu : une consommation pour vivre et non pour moi.

Petit bonus : il me donne l’occasion de ralentir un peu dans mon rythme quotidien – ce qui ne veut pas forcément dire que je fais moins, mais que j’écoute plus mon corps dans ce que je fais.

Vécu corporel

Je n’ai jamais fait de jeûne, mais j’étais serein et confiant au moment d’y entrer. Le premier jour était facile : j’avais la pêche, j’ai pu faire du sport. Les deuxième et troisième jours étaient un peu plus difficiles : des crampes à l’estomac et quelques vertiges. La suite s’est déroulé comme sur des roulettes.

Tous les jours j’ai pu faire une activité physique (marche ou sport) et me suis levé systématiquement à 7h30 et couché entre 22h et 00h. Les jours les plus “difficiles” n’étaient de loin pas insurmontable : il m’a juste fallu m’adapter à ce que mon corps vivait. Marcher plus lentement, prendre un peu de temps avec une bouillotte.

Physiquement je me sens mieux. Je souffre habituellement de reflux gastriques assez gênant, ou de lourdeurs à l’estomac. Tout cela était diminué dans cette période.

J’ai pu travailler normalement.

Vécu psycho-relationnel

On dit que le jeûne fait de la place à l’esprit. L’estomac travaillant moins, l’énergie du corps peut être plus investie ailleurs. Dans mon cas, je pense que c’est assez vrai. Les idées fusent, mais aussi la perception des choses.

C’est du coup aussi une tentation de faire plus de choses – mais si je vais trop vite dans des activités cérébrales, alors mon corps me rappelle à un moment donné à l’ordre. Je l’écoute et je me calme.

Sur le plan des émotions j’étais serein. Globalement, de la joie et de la paix, parfois un peu de tristesse et de mélancolie.

Relationnellement j’ai vécu de belles choses durant ce jeûne, notamment avec mon épouse. Je trouve que la qualité de l’attention que je peux porter à autrui est augmentée. Moins d’impatience, moins d’amertume – par contre j’ai aussi eu plus de peine à être focus.

Vécu spirituel

Je dirais que je prends conscience à quel point Dieu est déjà présent avec moi dans mon quotidien – cela confirme une certaine perception de ma conscience de cette relation.

Chez moi il ne s’agit pas de quelque chose de très expressif. Je ne pense pas qu’on va “voir” cette relation sur moi – en tout cas pas directement. Mais il s’agit pour moi d’intégrer Dieu dans l’ensemble des choses que je fais – aussi (surtout?) celles dont j’ai honte.

C’est aussi dans ma perception de la nature qui m’entoure : dans la présence de Dieu, les stimulations que je reçois par mes sens m’ouvrent à une dimension supplémentaire qui me lie à cet ensemble dont je participe – que ce soit du vivant ou de l’inerte.

J’ai déjà mon temps de lecture biblique quotidien et des temps de prière au fil des semaines. Avec l’équipe de jeûneur nous avons suivi un carnet de prière pour accompagner le jeûne. C’était un chouette complètement à ma pratique quotidienne.

J’ai l’impression que cette semaine de jeûne a augmenté sensiblement ces aspects, mais pas non plus significativement – c’est peut-être juste le contexte du jeûne qui m’a donné cette impression. Par contre elle m’encourage à discerner les prochains pas à faire avec Dieu dans ma vie et à faire de ce discernement un acte quotidien.

Au moment où j’écris ces lignes je ne suis pas encore arrivé au bout du discernement : il faudra que je le mette par écrit. Mais cela concerne en partie mon utilisation de matériel électronique (ordinateurs, consoles, etc.), ainsi que ma manière de préparer à manger – le fait de faire des bouillons maison m’ouvre des perspectives.

Interrogations

En amont de ce jeûne, dans le temps qui annonce Carême, j’ai vu passer un certain nombre de messages et de publications dénonçant le jeûne, de la part de protestant réformé.

Il y avait quelque chose d’une forme de mépris dans leur langage qui m’a interpellé – aussi parce que je me préparais à la perspective de ce jeûne. Il y avait aussi des voix pour – mais forcément pas aussi véhémente (en tout cas celles que j’ai perçu).

Je ne crois pas “faire de la justification par les oeuvres” avec ce que j’ai fait. Je ne crois pas non plus être quelqu’un de meilleur par le fait de jeûner. J’avais le désir de ce jeûne et je ne recommanderais à personne de faire un tel jeûne s’il n’en a pas le désir.

Je n’ai pas non plus cherché à faire “comme les catholiques”. Que cette affirmation au sujet du jeûne ressorte dans la discussion protestante m’a d’ailleurs profondément étonné, tant le jeûne n’est pas une pratique réservée au catholicisme (de loin pas!).

J’aimerais pouvoir rentrer en discussion avec ces personnes : pourquoi l’expérience que j’ai faîte semble si problématique, si abjecte, voire condamnable ? Il y a peut-être quelque chose que je ne vois pas, et pour l’instant je ne comprends pas la véhémence.

Ce qui est certain pour moi, c’est que le jeûne n’est bénéfique que s’il est un acte d’obéissance à la volonté de Dieu donnée dans l’Esprit. S’il est un acte d’obéissance à la loi des hommes, alors il manque sa cible.

Et pour vous, le jeûne c’est quoi ? Un pieux fourvoiement, une partie essentielle de l’hygiène spirituelle ?

N’hésitez pas à partager votre expérience!


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Communication pascale (X) – Communication pascale

La communication pascale est entre nos mains

Ce que je défends dans ma thèse, c’est qu’en théologien-ne protestant-e on gagne à comprendre la “spiritualité” comme étant la “communication pascale”.

Dieu se communique en “Pâques”

Dans notre réalité, Pâques fait signe vers l’action de Dieu à l’égard de l’humanité. Son action est créatrice, réconciliatrice, libératrice. “Pâques”, c’est la manière dont la foi a de témoigner de cette action, en tant qu’elle se poursuit encore aujourd’hui et qu’elle est promise pour demain.

En “Pâques” Dieu se révèle comme “amour”, comme le Dieu qui se rend présent auprès de sa création, de son peuple, de ses enfants. “Se donner”, “se communiquer” ou “nourrir la relation” font fondamentalement partie de l’être de Dieu. La foi chrétienne, sur la base du témoignage scripturaire, reconnaît Dieu comme étant “Père, Fils et Saint-Esprit”. La doctrine de la Trinité est une manière de témoigner du Dieu qui est amour.

Dans ma manière de le comprendre, “Pâques” est avant tout un récit, que l’on peut raconter par des images, par des textes, par des discours. Mais c’est surtout un récit qui se présente dans nos vies.

La personne constituée par la communication

L’être humain est un être constitué par la communication. Les interactions, le langage, les actes symboliques, les engagements, etc. tout cela fait partie de ce qui fait d’une personne la personne qu’elle est. Il en va de même pour les collectifs – quelle que soit leur nature.

Une approche systémique peut partir de la biologie, voir de la cosmologie et de la physique, pour montrer cela : le vivant et le monde est constitué de relations et d’interactions manifestes ou discrètes. Le fonctionnement de nos cellules témoigne a minima de cela.

En disant cela, on ne dit encore rien du bien ou du mal. Mais celui-ci est également présent par la communication. Dans notre liberté – ce que nous disons et faisons en tant que personne – se dit le bien et le mal. Nos actions comme nos paroles participent de la communication du monde et du vivant. Mais au sein de cette communication, elles témoignent d’une spontanéité qui ne se laisse pas réduire à une explication du système. La personne est fondamentalement “libre”.

Cette dernière affirmation est indissociable d’une affirmation théologique : l’être humain est imago dei. Affirmer que l’être humain est libre, c’est affirmer quelque chose sur Dieu – même si on ne sait pas encore de quel Dieu il s’agit.

Dieu nous fait participer à sa communication

Pour la foi, la communication humaine – celle de toute création – est fondée et constituée par la communication de Dieu lui-même. Pour la foi des disciples de Jésus, c’est en lui que cette communication se (re)présente dans le monde et s’étend à sa totalité. Les disciples participent de cette communication : parce qu’en Jésus, Dieu se montre et montre qu’il a toujours désiré nous faire participer.

“Pâques” est cet acte de communication de Dieu à l’égard de sa création, de ses enfants, de son peuple. Par cet acte Dieu veut constituer la communication humaine, l’orienter, la mener à son accomplissement. De fait, il transforme la communication humaine telle que nous la connaissons et la mène sur des voies inouïes : qui sont toujours des voies de la liberté. Cet acte de Dieu, c’est la “communication pascale”. Et c’est de ça que l’on parle quand on parle de “spiritualité”.

Dieu non seulement agit à notre égard, mais nous rend actif nous-mêmes en nous permettant de participer à sa communication. C’est cela que veut dire être une “personne”. Être une personne, c’est existe comme Dieu, dans la communication, se donnant librement au sein de cette communication. Nous devenons “personne” dans la réponse que nous donnons à l’appel que Dieu, en personne, nous adresse.

Le récit présenté en “Pâques” constitue notre identité, l’ouvre et la renouvelle encore et encore. De cette identité fait partie le fait que nous témoignons (ou non) du récit qui nous constitue, de ce que dans nos paroles et nos actions nous prenons part à la communication pascale.

Pour lea théologienne, lorsqu’ielle parle de “spiritualité” c’est sa participation à la communication pascale est en jeu. Ce qu’ielle dit de la “spiritualité” rend-il témoignage de la communication de Dieu, le poursuit-elle ? Etait-ce le souffle de vie ? Ou n’était-ce que du vent ?

Cette question est celle de la foi, toujours relancée par la communication pascale.

Un témoignage scripturaire

15 Le Christ est l’image visible du Dieu invisible. Il est le Fils premier-né, supérieur à tout ce qui a été créé. 16 Car c’est par lui que Dieu a tout créé, dans les cieux et sur la terre : ce qui est visible et ce qui est invisible, les puissances spirituelles, les dominations, les autorités et les pouvoirs. Dieu a tout créé par lui et pour lui ! 17 Il existait avant toutes choses, et c’est par lui qu’elles sont toutes maintenues à leur place. 18 Il est la tête du corps, qui est l’Église ; il est le commencement, le Fils premier-né, le premier à avoir été ramené d’entre les morts, afin d’avoir en tout le premier rang. 19 Car Dieu a décidé d’être pleinement présent en son Fils 20 et, par lui, il a voulu réconcilier l’univers entier avec lui. C’est par le Christ, qui a versé son sang sur la croix, qu’il a établi la paix pour tous, sur la terre comme dans les cieux.

21Vous aussi, vous étiez autrefois loin de Dieu, vous étiez ses ennemis, à cause de tout le mal que vous pensiez et que vous commettiez. 22 Mais maintenant, par la mort que son Fils a subie dans son corps humain, Dieu vous a réconciliés avec lui, afin de vous faire paraître devant lui saints, sans défaut et irréprochables. 23 Cependant, il faut que vous demeuriez dans la foi, fermement établis sur de solides fondations, sans vous laisser écarter de l’espérance qui vient de la bonne nouvelle que vous avez entendue. Cette bonne nouvelle a été annoncée à tout ce qui a été créé, et qui se trouve sous le ciel, et c’est de cette bonne nouvelle que moi, Paul, je suis devenu le serviteur.

Epître aux colossiens 1,15-23 – Nouvelle Français Courant

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Cet article fait partie de la série Communication pascale où je traite de ma thèse de doctorat en théologie protestante.

Communication pascale (IX) – Pâques comme récit

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Dans “communication pascale”, il y a “Pâques”. La “spiritualité” c’est la poursuite de “Pâques” dans notre communication et dans ce que cette communication a de constitutif pour les personnes que nous sommes.

Dans cet article je développe ma compréhension de “Pâques” comme récit ressourçant de la vie chrétienne.

L’histoire de l’action de Dieu avec et pour nous

“Pâques” présente l’histoire de Dieu avec et pour nous. Que ce soit sous forme de fête, dans l’iconographie ou dans la littérature : pour la foi chrétienne “Pâques” présente l’action de Dieu à l’égard de l’humanité dans l’humanité. L’être humain peut participer de cette action. Il en fait partie, parce que Dieu lui donne d’en faire partie.

Mon hypothèse est que nous gagnerions à comprendre toute spiritualité chrétienne comme une “communication” de “Pâques”, telle qu’elle a eu lieu en Jésus-Christ.

La manière la plus pertinente pour présenter “Pâques” aujourd’hui est, je pense, celle du récit.

Schéma quinaire

Il s’agit d’une grille d’analyse des récits narratifs formalisées par Paul Larivaille. Vous vous en souvenez peut-être de vos années d’écoles sous le nom de “schéma narratif“.

  1. La situation initiale – état d’équilibre (i).
  2. L’élément déclencheur – perturbation de l’équilibre.
  3. Le déroulement – série d’action, de pensées et d’événements qui font avancer l’état de déséquilibre vers un état d’équilibre.
  4. Le dénouement – événement ou action qui mène à l’équilibre.
  5. La situation finale – état d’équilibre (ii).

Cette proposition d’analyse du récit vise une situation d’équilibre. En ce sens elle n’est pas représentative de l’ensemble des possibilités de récit, qui ne terminent pas sur un équilibre ou qui n’offrent pas de résolution.

“Pâques” ne se laisse évidemment pas réduire à ce schéma. En même temps, il permet de mettre en évidence certaines spécifiâtes de “Pâques” comme récit.

“Pâques” comme récit

Je propose la structuration suivante de “Pâques” comme récit. Avec cette proposition de structure, j’indique que “Pâques” peut se raconter concrètement de différentes manières. Mais l’identité de structure est ce qui établirait le lien entre ces différentes formes.

(i) Situation initiale : la vie dans l’Esprit

Au départ se trouve toujours une vie vécue dans le don de l’Esprit de Dieu. Il n’y a pas de récit de vie sans que l’Esprit n’ait déjà été donné. Dans les évangiles, cela correspond à l’idée que Jésus a été conçu par l’Esprit-Saint ou qu’il reçoit l’Esprit-Saint lors de son baptême.

(ii) Elément déclencheur : l’appel de Dieu.

Ce qui met cette vie en mouvement, c’est que Dieu appelle la personne, le protagoniste. Avant que Dieu ne fasse résonner son appel, il n’y a que la vie dans l’Esprit, mais il n’y a pas encore d’histoire de cette vie.

(iii) Déroulement : réponse de la personne appelée

Ici beaucoup de choses peuvent se passer. La vie humaine est formée par la réponse qu’elle donnera à l’appel que Dieu lui adresse. On ne peut savoir par avance quelle forme prendre le contenu de cet appel.

(iv) Dénouement : croix

Ce moment est significatif pour la compréhension du récit pascal. Le fait que la “croix” opère comme dénouement du récit pascal le lie irrémédiablement à l’histoire de Jésus. Il est et restera le Crucifié. Tout récit pascal se termine avec la croix et pas sans elle. Quand on se sait engagé dans le récit pascal, on sait que le terminus en est la croix.

(v) Situation finale : la vie éternelle

Il s’agit là de la vie avec Dieu. La réponse de l’être humain à l’appel de Dieu qui se clôture avec la croix débouche sur la vie éternelle. La “vie éternelle” c’est ce que “Pâques” représente dans son état final et c’est ce que Dieu vise dans son action à notre égard.

Quelques remarques

(i) “Pâques” en tant que récit donne forme à la “spiritualité” comme “communication”. En “Pâques” l’identité de la personne est formée et transformée. Ce récit qui lui est d’abord offert à lire est appelé à devenir la forme de son propre récit de vie. “Pâques” se redit et se communique dans la vie de chaque personne qui lui fait crédit. La notion d’identité narrative est fondamentale pour comprendre ce processus.

(ii) Vous aurez remarqué que la “résurrection” semble être absente de ce schéma narratif. Etrange alors que Pâques est la fête du Crucifié-Ressuscité ! C’est que la “résurrection” ne peut être enfermée dans un schéma. Elle est le passage insaisissable d’un récit qui se termine sur une croix et qui débouche sur la vie éternelle. En ce sens, la résurrection est toujours-déjà la “Pentecôte”, le don de l’Esprit qui nous ramène au début du récit.

(iii) La situation finale de “Pâques” n’est pas à proprement parlé un état d’équilibre. Les évangiles nous le présentent systématiquement comme l’occasion d’une relance, d’un appel qui se répercute à un deuxième niveau : celui du lecteur.

(iv) “Pâques” ne doit pas être dissocié de ses origines dans l’histoire commune d’Israël et de son Dieu. Elle est et reste premièrement la commémoration de la libération des chaines de l’esclavage (Ex 12,1-14).

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Cet article fait partie de la série Communication pascale où je traite de ma thèse