Avent I Obscurité

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L’Avent est un cheminement. Une fois dans l’année, mais pour toute la vie, dans l’attente que Dieu vienne et accomplisse ce qu’il a promis.

La première étape, c’est de dire là où l’on se trouve.

Assis dans l’obscurité

Avent I – Obscurité

Psaume 137

Assis, perdus, détruits, en pleurs, nous nous souvenons de la vie des temps heureux avec Dieu.

Nous avons pendu nos instruments de musique aux saules pleureurs. Ceux qui nous ont mis là nous réclament des chansons entraînantes. Ils nous disent : “Allez! Chantez-nous un gospel qui donne la pêche!”

Comment pourrions-nous le faire alors que nous ne savons plus où nous en sommes?

Si je t’oublie ma patrie spirituelle, alors que j’oublie aussi tout le reste ! Que je devienne muet si je t’efface de mes pensées, si je ne te fais plus passer avant tout le reste.

N’oublie pas mon Dieu, ceux qui voulaient tout détruire de ce que nous avons construit avec toi.

Mais éliminer autrui, c’est se mettre en posture d’être éliminé à son tour. Comment ne pas nous réjouir de la destruction future de ceux qui nous ont détruits? Et la loi du plus fort finit par avoir raison des fruits qu’elle a elle-même engendrés.

Heureux qui en fera table rase!

Christian Vez, Les Psaumes comme je les prie, 2019

Merci à Céline Jaillet pour la lecture de ce psaume !

Une reprise parmi une autre…

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Libérer le langage ?

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Dans l’Evangile, j’entends que je suis infiniment plus que ce que l’on a projeté sur moi. Je suis aussi infiniment plus – et autre – que ce que j’ai moi-même pu dire de moi. Mon langage s’en trouve libéré. Je peux créer et inventer. Mais cela n’a rien d’évident.

26 Car vous êtes tous enfants de Dieu par la foi qui vous lie à Jésus Christ. 27 Vous tous, en effet, vous avez été unis au Christ dans le baptême et vous avez ainsi revêtu la manière d’être du Christ. 28 Il n’y a plus ni Juif ni païen, il n’y a plus ni esclave ni citoyen libre, il n’y a plus ni homme ni femme ; en effet, vous êtes tous un, unis à Jésus Christ.

Galates 3,26-28 (NFC)

L’explosion du langage

Cette affirmation de l’épître aux Galates témoignent d’une libération. Les codes qui m’assignaient une certaine place, une certaine identité, une certaine fonction, etc. sont explosés par l’identité que je reçois de la part de Dieu lui-même.

Je pense que cette libération n’est pas seulement une affirmation de principe un peu abstraite. Elle vient se glisser au coeur de notre langage.

Les chrétiens et chrétiennes, portent avec eux une force subversive immense, par le simple fait de parler de “Jésus-Christ”. On le fait peut-être avec une certaine innocence. On n’a pas besoin réfléchir bien loin à ce que l’on dit quand on dit ce nom. Mais il s’agit pourtant bien du “nom au-dessus de tout nom” (Philippiens 2,9b)

L’association en un nom, “Jésus-Christ” de la figure historique “Jésus de Nazareth” et du titre divin de “Christ” ou “Messie” – sans même parler du fait qu’on lui attribue le titre impérial “Seigneur” – est déjà une modification fondamentale de la langue – et ainsi une modification fondamentale de la vie.

Que cet homme, mort sur une croix, soit le sauveur de l’humanité, cela devrait imposer un mutisme général. Et pourtant, ce n’est pas ce qui s’est passé : la parole a été libérée et s’est répandue dans le monde.

La voie formelle

Dans un post précédent, j’ai voulu parler de la figure de “Dieu, le Père“. Je crois que dans ce nom de Dieu, il y a plus que simplement une assimilation de Dieu au sexe et au genre masculin. En conséquence, j’ai souhaité couper dans ce qui, à mon avis, voile la richesse d’une connaissance de “Dieu” comme “Père”.

Du coup j’ai produis des phrases, comme la suivante : “Le Père ici, c’est celle qui donne son Nom.” Ce genre de geste va de paire avec l’utilisation de nouveau pronoms, comme “ielle ou celleux “. On trouve un bon exemple de cette écriture dans ce conte écrit par la théologienne Noémie Emery.

C’est une manière de mettre en évidence un travail de notre langue à un niveau formel. Dans d’autres contextes, ce travail formel a une dimension militante – voir par exemple cet article d’Alex Benjamin sur la création de pronoms neutres.

La création de nouveaux pronoms permet à toute personne de trouver une voix pour exprimer son identité, par-delà les codes de la langue que nous recevons. Ce geste fonde sur l’affirmation que notre identité n’est pas enfermé par le pronom que nos parents nous ont assigné à la naissance.

Créer de nouveaux pronoms ou altérer l’organisation de notre langue a un effet non seulement pour celleux qui, ainsi, trouvent une nouvelle manière de s’exprimer. Ces changements formels mettent en évidence notre part de responsabilité dans la manière de “nommer”.

Il n’y a pas d’évidences qui tiennent. Il n’y a que des choix et des possibles.

Ou… ?

Hésitations

Lorsque j’ai écris mon article, j’ai eu le droit à quelques réactions, que je redonne en résumé.

  • Cette manière de faire dé-range. (en bien ou en mal)
  • L’écriture pollue et masque la potentielle richesse du propos
  • La création de pronoms “neutre” contient une tentation, un désir de fusion. Elle masque la séparation et la différenciation.

Ces différentes réactions me font hésiter.

Il y a effectivement une facilité dans l’approche formelle : pour moi il me semble assez simple d’effectuer quelques modifications d’usage dans un langage qui grosso modo reste le même dans sa structure.

Il y a également une autre tentation : celle de maîtriser le langage. Je ne sais pas si c’est à cela qu’on a affaire en ce moment, mais comme toute entreprise systématique, une refonte des pronoms contiendra cette tentation de maîtrise.

Le “il ‘n’y a plus ni… ni…” de Ga 3,28 a quelque chose de formel, et de puissant dans sa formalité. En revanche, l’affirmation du nom de “Jésus-Christ” ouvre encore à une autre direction. Elle ne se laisse maîtriser par aucune systématisation, même le mieux attentionnée.

Il y a deux affirmations qui ensemble font des étincelles : (i) l’identité que je reçois de Dieu seul dépasse et fait exploser toute identité assignée ; (ii) dans cette identité reçue, je ne m’appartiens pas.

Si le langage est appelé à être libéré, c’est par le nom “Jésus-Christ” et non par un autre. Cette libération est l’oeuvre de Dieu et non la notre. Elle peut avoir lieu au travers de la création de nouveaux pronoms. Mais elle n’a pas lieu là où l’être-humain maîtrise son langage.

La voie poétique

Il y a aussi une voix “poétique” pour exercer cette libération du langage. Celle-ci travaille autrement que la voie “formelle”. L’enjeu ici n’est pas de modifier ou d’inventer des pronoms, ou d’introduire des modifications graphiques dans l’écriture.

Le problème de la voie “formelle” c’est qu’elle risque de masquer le fait que, même si l’on introduit de la créativité dans notre grammaires, celle-ci reste une loi – appelée à être reçue et transmise. La Loi nous est inévitable et nécessaire. Mais la seule loi qui est bonne est celle qui est exécutée selon la volonté de Dieu. Et cette volonté n’est pas réductible à la loi qu’elle donne : elle est créatrice et restauratrice.

Dans la poésie, il y a un renoncement à la maîtrise dans le travail sur le langage. La créativité de la langue, des associations d’images et métaphores font bouger les lignes du sens que nous recevons au-delà de ce que nous pouvons anticiper lorsque nous écrivons.

Cette voie est plus exigeante je pense. Elle me semble moins immédiatement efficace. Mais c’est celle qui est le plus immédiatement à l’oeuvre dans le nom “Jésus-Christ”.

C’est pourquoi je vais terminer ici en citant une prière, dans laquelle je crois percevoir de cette force poétique qui se trouve dans le nom de Jésus-Christ.


Dieu est assise et pleure. La merveilleuse tapisserie de la création qu’elle avait tissée avec tant de joie est mutilée, déchirée, en lambeaux, réduite en chiffons, sa beauté saccagée par la violence.

Dieu est assise en pleurant mais, voyez, elle rassemble les morceaux pour tisser à nouveau. Elle rassemble les lambeaux de nos tristesses, les peines, les larmes, les frustrations causées par la cruauté, l’écrasement, l’ignorance, le viol, les tueries.

Elle rassemble les chiffons du dur travail, des essais de plaidoyer, des initiatives pour la paix, des protestations contre l’injustice, toutes ces choses qui semblent petites et faibles, les mots et les actions offertes en sacrifices, dans l’espérance, la foi et l’amour.

Et voyez, elle retisse tout cela avec les fils d’or de l’allégresse, en une nouvelle tapisserie, une création encore plus riche, encore plus belle que ne l’était l’ancienne !

Dieu est assise, tissant, patiemment, avec persistance, et un sourire qui rayonne comme un arc-en-ciel sur son visage baigné de larmes.

Et elle nous invite non seulement à continuer à lui offrir les lambeaux et les chiffons de notre souffrance et de notre travail, mais bien plus que cela : à prendre place à ses côtés, devant le métier de l’allégresse et à tisser avec elle la tapisserie de la création nouvelle.

Prière de M. Riensiru (Rienstra?), théologienne du COE – repris du site Je Cherche Dieu.

Demande : on retrouve assez facilement cette prière sur internet. Mais impossible de retrouver la source exacte (apparemment un livret du Conseil Oecuménique de Eglises). Je ne sais pas qui est “M. Riensiru” : si quelqu’un peut me renseigner sur ce point, je lui en serai reconnaissant !


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Karl Barth et l’amour de soi

Karl Barth

Je pense fondamentalement que l’écoute et l’obéissance à la Parole de Dieu est compatible avec l’écoute de soi-même, de ses pensées et émotions, ainsi qu’avec l’expression de soi. Mais je pense aussi que cela ne va pas de soi.

Interpellation

Dans le cadre de mon travail de doctorat, je me spécialise notamment dans l’étude de l’oeuvre et de la pensée du théologien réformé Karl Barth (1886-1968).

Celui-ci est connu notamment pour avoir “recentré” la théologie sur la Parole de Dieu, avec une attention particulière portée sur le rôle structurant du texte biblique.

Récemment un ami pasteur à la retraite, m’écrivait la question suivante :

[C]omment concilier les choses ou supporter la tension entre le soucis de Barth de centrer les choses sur Dieu et sur le corps du Christ et d’autre part l’extrême attention portée aujourd’hui sur “ce que je pense au fond de moi-même”, sur “comment je me sens”, sur “mon moi profond“, sur l’individuel etc.

Une question d’un frère en Christ

Une vie centrée sur la Parole

La pensée de Barth est puissante : elle vise à remettre Dieu au centre, là où l’être-humain tend à se “replier sur soi”. Dans la foi, Dieu requiert la personne toute entière et demande à ce qu’elle s’oriente sur lui comme son seul Seigneur. Dans sa révélation, Dieu appelle l’être-humain a une vie excentrée, guidée par le témoignage qui lui est rendu dans l’histoire de la foi – celle des prophètes d’Israël et des apôtres, ainsi que de la prédication ecclésiale.

L’être-humain a pour tâche de contribuer à sa manière à l’annonce de la Parole de Dieu dans le monde, parce que Dieu lui-même s’est révélé, se révèle et se révélera en Jésus-Christ. Il est appelé à le faire en engageant toute son existence.

[La vie des chrétiens et des chrétiennes] est ainsi en fait une annonce de l’Évangile.

Karl Barth, Dogmatique, vol. 25, Genève, Labor et Fides, 1974, p. 167

Forte affirmation où nous voilà tout de go impliqué dans l’événement de la révélation elle-même! Mais y a-t-il de la place dans cette perspective pour une attention portée sur nos émotions, sur notre personnalité, etc. ?

Une anthropologie holistique

De manière caricaturale, on a pu présenter Barth comme un théologien opposé à l’expérience. Je pense que c’est trop réducteur.

Il y a quelques passages de sa Dogmatique où Barth laisse apparaître les traits d’une anthropologie qui essaie de comprendre la personne humaine dans sa totalité.

Par exemple, au moment de traiter de l’écoute humaine de la Parole de Dieu, Barth accorde un long développement à la notion d’expérience. (Dogmatique, vol. 1, 1953, pp. 192-220) Lorsque l’être-humain fait l’expérience de la Parole de Dieu, c’est la personne humaine dans sa totalité qui en fait l’expérience. Sous cet aspect, Barth comprend tant les dimensions conscientes qu’inconscientes, les dimension intellectuelles et affectives, sociale et culturelles.

Ce qui est particulièrement frappant ici, c’est que cette écoute inclus également un moment de liberté du côté humain : c’est cet être-humain, dans sa particularité irréductible qui écoute et qui se laisse affecter par la Parole de Dieu. Il n’y a pas d’expérience universelle de la Parole de Dieu, mais à chaque fois des expériences personnelles, où la personne humaine se trouve saisie dans sa totalité.

S’il s’agit, lors de l’expérience de la Parole de Dieu, de la détermination de l’existence humaine, donc de l’auto-détermination de l’homme par la Parole de Dieu, il faut entendre par auto-détermination l’activité de l’ensemble des facultés de l’homme, activité qui fait de l’homme cet homme, sans qu’aucune faculté soit en principe privilégiée ou exclue. 

Dogmatique, vol. 1, p. 198.

On peut également voir apparaître cette anthropologie holistique dans le volume 12, de la Dogmatique (Labor et Fides, Genève, 1961, pp. 1-120). Ici Barth développe l’articulation de l’être-humain dans la différence/unité entre l’âme et le corps.

Au sujet de l’expérience chez Barth, je recommande la lecture des pages du théologien et philosophe Anthony Feneuil, Le serpent d’Aaron, Lausanne, L’Âge d’Homme, 2015, pp. 39-233. Vous pouvez le commander directement aux éditions L’Âge d’Homme.

Ce qu’il faut dire dans tous les cas, c’est que Barth ne rejette pas les dimensions “affectives” de l’existence humaine. Elles ont une place dans sa compréhension théologique de l’être-humain – et de manière générale, il y a à parier qu’elles ont clairement une place devant Dieu.

Une existence expropriée

Mais y a-t-il une place pour l’écoute et l’expression de soi ?

Cet élément est plus délicat. Chez Barth, l’être-humain, dans la vie chrétienne, est appelé à rendre témoignage à Dieu, c’est-à-dire : à servir Dieu et le monde, l’un et l’autre et l’un pour l’autre. Mais il ne semble pas y avoir de place là pour l’attention que l’on pourrait porter à soi-même.

L’homme qui est appelé, dans la Bible, se trouve placé sous le commandement qui lui ordonne d’aimer Dieu et le prochain ; quant à l’amour de soi-même, fût-il le plus haut et le plus raffiné, il n’en n’est pas du tout question.

Dogmatique, vol. 24, Genève, Labor et Fides, 1973, p. 246.

Barth parle ici à partir du texte biblique. Mais indépendamment de savoir si sa lecture des Ecritures est la plus pertinente, il me semble que l’on voit poindre ici un trait général de la réflexion barthienne sur la vie chrétienne : elle est toujours centrée sur autre chose qu’elle-même.

Au sujet de l’expérience que l’on peut faire de la Parole de Dieu, si c’est bien la personne dans sa totalité qui en fait l’expérience, celle-ci ne peut pas dire qu’elle l’a possède. De même, la personne humaine comprise de manière holistique, ne peut pas non plus dire qu’elle se possède. L’expérience de la Parole de Dieu dépend de la foi, se donne comme toujours plus qu’une expérience et l’existence humaine dépend de l’action souveraine de l’Esprit-Saint, qui est Dieu lui-même.

Barth ne dit pas non plus que l’être-humain doit se haïr lui-même. Seulement que l’existence humaine n’est pas centrée sur elle-même, mais centrée sur Dieu et sur le monde. Dieu, le Seigneur, en Jésus-Christ, s’est révélé comme le Serviteur. “Car le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir” (Marc 10,45a)

Le triple amour

Dans la pensée de Barth, l’expérience que l’on peut faire de soi-même n’est qu’un moment dans un mouvement plus important et plus excessif. Je pense qu’en nous rendant attentif à ce mouvement, il vise à garder l’attention éveillée sur l’amour que Dieu est, donne et ordonne au moment où il se révèle en Jésus-Christ. Cet amour est à la fois promesse et exigence.

Cependant, à l’aune de la tradition chrétienne et de la Bible, il me semble qu’il ne faille pas autant dévaloriser le pôle de l’attention à soi. Il y a peut-être ici des accents que l’on peut placer un peu différemment.

La théologienne luthérienne Corinna Dahlgrün insiste dans son ouvrage Christliche Spiritualität (Berlin/Boston, 2018) sur le triple amour comme structure fondamentale de la vie chrétienne. Dans le monde, le chrétien, la chrétienne est appelé·e à aimer Dieu et son prochain, comme il s’aime soi-même (pp. 55-57 // Cf. Mt 22,36-40 ; Lc 10,25-37 ; Dt 6,5 ; Lv 19,18)

Ecouter ses émotions, observer ses pensées, respirer et méditer, c’est écouter ses propres contradictions, tout comme ses propres cohérences (tant rigides que structurantes). Cette écoute est appelée à se faire dans un dialogue avec Dieu. Laisser cette sphère de notre existence être mise en lumière par la Parole de Dieu fait partie de l’appel lancé à l’être-humain. “Tu es mon fils bien-aimé ; en toi je trouve toute ma joie” (Marc 1,11).

C’est bien la personne humaine dans sa totalité qui est appelée à communiquer l’Evangile dans le monde. Cette communication est appelée à être une communication responsable. Se mettre à l’écoute de soi – pour un temps – c’est travailler et engager cette responsabilité.

Lorsque l’on répond à la Parole de Dieu par nos actes et nos paroles, nous le faisons de manière entière et totale – que nous le voulions ou non. C’est toute la personne qui est engagée dans cette démarche, parce que c’est toute la personne qui est renouvelée par l’action de Dieu.

Pour le témoignage et le service qu’il, elle, est appelé·e à rendre dans le monde, le chrétien, la chrétienne, doit s’exposer à la Parole de Dieu. Cela va de paire avec une attention portée à soi-même à la lumière de cette Parole : même là où la concentration semble se détourner de Dieu pour ce concentrer sur soi, on le retrouve déjà à l’oeuvre. Parce que ce soi n’existe pas sans que Dieu le veuille et le soutienne.

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Fille et Fils de Dieu

Baptême du Fils de Dieu

Car vous êtes tous enfants de Dieu par la foi qui vous lie à Jésus Christ. 

Galates 3,26 (NFC)

Cette affirmation est fondamentale pour moi. Elle fait écho à une autre affirmation, que l’on retrouve dans les évangiles : “Tu es mon fils bien-aimé ; en toi je trouve toute ma joie” (Marc 1,11).

Peut-être connaissez-vous ces phrases comme liées au contexte du baptême. C’est là qu’on aura sans doute le plus de chance de les entendre. Les deux versets que je viens de citer renvoient d’ailleurs à ce contexte. Mais ces mots ne sont pas enfermés dans cette fête et dans cet événement : ils mettent en lumière l’ensemble d’une vie, ils lui donnent une orientation très précise.

Un écho dans ma vie

Dans un article précédent j’écrivais “Récemment j’ai découvert en profondeur ce que ça veut dire que d’être enfant, ou fils de Dieu.” (De Heal à Tank)

Dans une bonne partie de mon récit de vie, je suis quelqu’un de profondément angoissé : peur de décevoir, peur de déplaire, peur d’être rejeté, peur de ne pas être aimé ou aimable. Il faut “faire juste”, il faut que ce soit “parfait” du premier coup – pas le droit à l’erreur.

Comment faire preuve d’initiative ? Comment dire “non” à quelque chose que je n’accepte pas, qui ne me semble ni juste, ni bon, ni beau? Sous ces conditions, je n’ai pas non plus le droit de renoncer à une tâche, à un engagement qu’on me propose. C’est quelque chose d’assez handicapant – surtout si par ailleurs j’ai des pulsions de créativité, un désir de cohérence et de justice, ainsi qu’un désir de compréhension des personnes et des réalités qui se présentent à moi.

Il y a deux ans encore, dans le contexte de l’organisation d’un colloque et de mon engagement dans divers choses pour la théologie, ces dispositions me tourmentaient fortement.

Mais je n’avais, je n’ai et je n’aurai pas à y rester enfermé.

Au tournant

Je veux remercier ici les personnes qui m’ont accompagné dans la découverte de ma propre capacité d’action et de ma dignité fondamentale. Mais je suis aussi fondamentalement reconnaissant de pouvoir faire mon travail en théologie, de me frotter continuellement à des textes qui annoncent un autre message que celui de mon enfermement dans l’angoisse.

Par la foi au Dieu révélé en Jésus-Christ, je découvre que je suis encore tout autre chose que ce que j’ai pu expérimenter de moi-même jusque là. Et je découvre aussi que je suis fondamentalement tout autre chose que ce que j’ai pu penser de moi, que ce que je peux penser de moi, que ce que je pourrai encore penser de moi à l’avenir. Je suis infiniment plus digne que toute la dignité que moi-même ou une autre personne peut m’attribuer.

Par la foi, je peux entendre que je suis Fils de Dieu, que je participe de l’héritage de Jésus-Christ.

Ce que ça ne veut pas dire

C’est une grosse affirmation qui peut prêter à passablement de confusion. “Être Fils de Dieu”, ce n’est pas quelque chose que l’on possède – c’est quelque chose que l’on entend et que l’on reçoit à vivre, parce qu’un autre nous l’a dit, nous le dit et nous le dira.

Être Fils de Dieu,

  • ne me rend pas immortel. Je vais aussi mourir.
  • ne légitime aucun orgueil. Ma dignité ne surpasse pas et ne surpassera jamais celle des autres.
  • ne veut pas dire que “je fais ce que je veux”. Je suis soumis au triple commandement d’amour (Matthieu 22,36-40) et au service qu’il implique.
  • ne me rend pas “intouchable”. Je suis responsable de mes erreurs, du mal que je fais – que ce soit consciemment ou non.
  • ne fait pas de moi autre chose qu’un être-humain. Je ne suis pas “Dieu”.
  • n’annule pas le fait que j’ai grandis dans une famille précise, dans une culture précise, dans un pays particulier, etc. Je ne peux pas nier mon contexte.

Ce que ça veut dire

D’un autre côté, cette affirmation – ce don ! – a un impact très concret. Croire que cette parole est vraie – ce qui veut dire, croire que Dieu s’est révélé, se révèle et se révélera en Jésus-Christ – ça change tout.

Être Fils de Dieu veut dire que

  • J’ai une sphère de responsabilité qui m’est propre. Dans cette sphère je n’ai pas besoin de la validation d’autrui pour agir et décider. Je peux poser des actes et des décisions, parce que Dieu me le permet.
  • L’identité contextuelle qui m’est donnée à la naissance n’a pas le dernier mot sur qui je suis. Il en va de même pour celle qui m’est donnée dans mon parcours de vie Dieu et personne d’autre a le dernier mot sur mon identité personnelle.
  • J’ai toujours la possibilité de dire “non” à quelque chose. Ce qui veut dire que j’ai aussi la possibilité de dire authentiquement “oui” à quelque chose. Parce que Dieu a clairement dit son “non” et son “oui” en Jésus-Christ.
  • Je suis intrinsèquement aimé et aimable. Je peux aimer, parce qu’en Jésus-Christ il m’est dit et que je vois que Dieu m’a aimé, m’aime et m’aimera.
  • Je peux vivre et accueillir mes émotions, la complexité et les contradictions de ma personnalité. Parce que Jésus-Christ les a vécu et qu’il est Fils de Dieu.

Ces éléments me portent et m’accompagnent dans ma vie de tous les jours.