Billet de reconnaissance (I)

Reconnaissance

J’ai commencé à blogger ici au 13 janvier 2020. Je me suis fixé que chaque semaine, au lundi, je propose un article sur ce blog, sans chercher à me limiter à une thématique. Avec cet article de bilan, j’en suis donc à 16 articles et 4 pages fixes.

Après une première catégorisation un peu bordélique, je les ai organisé pour l’instant en quatre domaines thématiques : Eglise, Spiritualité, Prédication, Doctrine. Ce sera aussi sans doute amené à évoluer, peut avec une classification par “genre”.

Motivation

Au départ de ce blog il y a un double mouvement : (i) les interpellations insistantes de Nicolas Friedli pour la constitution de contenus stables pour le web protestant ; (ii) la conviction que la spiritualité et la théologie impliquent une pratique consciente de communication.

Après ces premiers mois de pratique, je peux y rajouter les éléments de motivation suivant :

  • Être acteur d’une communauté de blogger et d’un réseau protestant francophone.
  • Exercer régulièrement mon écriture théologique. Je manque autrement de lieux pour une exposition publique de cette écriture.
  • Acquérir des compétences dans l’utilisation de wordpress. Je me sens maintenant capable de produire d’autres sites – ce qui est en cours.
  • Travailler une thématique sur la durée.

Ceci m’a amené à la constitution d’une page d’action de grâce amenée à évoluer avec le temps.

Perspective

Pour la suite de ce blog les perspectives suivantes sont en cours :

Conserver le rythme d’une publication par semaine (pas plus). Le fait de me limiter me semble un facteur important pour la réussite de ce blog. La limite organise la créativité et la liberté. Elle donne de la valeur

Publier des choses que j’ai écrites pour d’autres supports. Il y a pas mal de choses que j’écris, mais qui restent “privés”. Soit ce que j’écris pour ma thèse, qui sera éventuellement publié un jour, soit ce que je travaille pour des cours, des animations, des prédications, des messages, etc. Les publier ici leur donner accès à une autre temporalité : Ici et maintenant. Ou une fois, quelque part… Je ne compte pas me mettre pour l’instant au podcast ou à la vidéo, même si grâce à Philippe Golaz on a une belle boîte à outils – qui serait chouette à rebaptiser après la crise? Je pense continuer à publier sous forme d’articles pour l’instant.

Publier une série d’articles sur ma recherche et la notion de “communication pascale”. J’arrive gentiment dans la seconde moitié de mon travail de thèse et c’est le moment que je m’attaque un peu à la partie constructive. Le centre de ma thèse est de comprendre la “spiritualité” comme “communication pascale”. Cette série pourrait être un peu le laboratoire pour la rédaction de ma partie finale.

Faire un prochain bilan au 14 septembre 2020. C’est la prochaine limite que je me fixe. J’aurais à ce moment la matière sur Google Analytics pour aussi voir comment évolue ce blog. Si je me tiens au rythme actuel, je devrais avoir à ce moment 37 articles. Je compte aussi avoir terminé une première mouture de la série sur l’Ecriture théologique à ce moment.

Merci à vous qui me lisez jusque là dans ce bilan, et merci à Dieu

Merci à vous que me lisez jusque là ! Dieu vous bénit et vous garde

Formule de bénédiction reprise de Marc Pernot


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L’utilisation des media par l’Eglise

Ce n’est pas parce qu’on découvre l’usage ecclésial d’internet qu’on est pour autant une meilleure Eglise du Christ. Elle a une responsabilité énorme dans l’utilisation des media.

Il y a quelques jours Nicolas Friedli a posté un article un peu piquant. Il traite de l’utilisation d’internet par les acteurs ecclésiaux. Celle-ci est beaucoup plus intense en ce moment à cause de la pandémie.

L’article pose une alternative : media ou communauté?

Il y aurait un contraste entre entre deux utilisations. d’internet. L’une comme media afin de communiquer des contenus fermés. L’autre comme outil communautaire, notamment sous la forme du blog.

Ce qui me pose problème dans cette analyse, c’est la qualification de la notion de media et la vision de la “communication” qui la sous-tend. Le media ne serait que le moyen pour faire passer une information entre un émetteur et un récepteur. Nicolas lui oppose le blog qui suscite et crée de la communauté.

L’opposition est trop simple

Media veut dire “moyen” ou “intermédiaire”. Il n’y a pas de communication sans media et la manière d’utiliser le media a une grosse influence sur la communication.

La critique doit être plus radicale. L’utilisation du media “internet” par les acteurs ecclésiaux rend est-elle réellement présent le corps du Christ ? Ou bien ne fait-elle que conserver des relations aliénantes, paresseuses et mensongères ?

Oui, il faut aller dans la stratosphère !

Le problème identifié par Nicolas est le même que celui des sacrements. La cène, la prédication, le baptême, le service du prochain, etc. sont les media de la communication de Dieu à nous. En tant que tel ils sont bien des outils communautaires. Selon les situations, il y a une manière de les investir qui est fidèle à l’évangile et il y en a qui ne le sont pas.

Le repas par le media

Certaines utilisations des media produisent une communauté aliénée et aliénante. À ce moment il y a une crise des sacrements. Ce n’est pas autre chose que ce que Paul accuse dans l’épître aux corinthiens :


17 En passant aux remarques qui suivent, je ne vous féliciterai pas, car vos réunions vous font plus de mal que de bien. 18 Tout d’abord, on m’a dit que lorsque vous vous réunissez en assemblée, il y a parmi vous des groupes rivaux, et je le crois en partie. 19 Il faut bien qu’il y ait des divisions parmi vous pour que l’on reconnaisse ceux d’entre vous qui sont vraiment fidèles. 20 Quand vous vous réunissez, ce n’est pas le repas du Seigneur que vous prenez : 21 en effet, dès que vous êtes à table, chacun se hâte de prendre son propre repas, de sorte que certains ont faim tandis que d’autres s’enivrent. 22 N’avez-vous pas vos maisons pour y manger et y boire ? Ou bien méprisez-vous l’Église de Dieu et voulez-vous humilier ceux qui n’ont rien ? Qu’attendez-vous que je vous dise ? Faut-il que je vous félicite ? Non, je ne vous féliciterai vraiment pas à ce sujet !

33 Ainsi, mes frères et sœurs, lorsque vous vous réunissez pour prendre le repas du Seigneur, attendez-vous les uns les autre. 34 Si quelqu’un a faim, qu’il mange chez lui, afin que vous n’attiriez pas le jugement de Dieu sur vous dans vos réunions. Quant aux autres questions, je les réglerai quand je serai arrivé chez vous.

1 Corinthiens 11,17-24.33-34 (NFC)

Dans cette situation, c’est bien la manière d’utiliser le media qu’est la Cène qui produit une communauté inégale. Pourtant, c’est bien le media institué par le Seigneur lui-même :

23 En effet, voici l’enseignement que j’ai reçu du Seigneur et que je vous ai transmis : Le Seigneur Jésus, dans la nuit où il fut livré, prit du pain 24 et, après avoir remercié Dieu, il le partagea et dit : « Ceci est mon corps, qui est pour vous. Faites ceci en mémoire de moi. » 25 De même, il prit la coupe après le repas et dit : « Cette coupe est la nouvelle alliance, qui est conclue grâce à mon sang. Toutes les fois que vous en boirez, faites-le en mémoire de moi. » 26 En effet, jusqu’à ce que le Seigneur vienne, vous annoncez sa mort toutes les fois que vous mangez de ce pain et que vous buvez de cette coupe.

1 Corinthiens 11,23-26 (NFC)

Dieu juge sa communauté dans la manière qu’elle a d’investir ce media. Pourquoi ? Parce que la manière d’utiliser le media rend réelle une certaine communauté. Et au fond il y a deux types de communautés :

  • La communauté qui se satisfait d’elle-même.
  • La communauté qui cherche à communiquer le corps du Christ.

L’une va mourir, l’autre a la vie éternelle.

27 C’est pourquoi, celui qui mange le pain du Seigneur ou qui boit de sa coupe de façon indigne, se rend coupable de péché envers le corps et le sang du Seigneur. 28 Que chacun donc s’examine soi-même et qu’il mange alors de ce pain et qu’il boive de cette coupe ; 29 car si quelqu’un mange du pain et boit de la coupe sans reconnaître leur relation avec le corps du Seigneur, il attire ainsi le jugement sur lui-même. 30 C’est pour cette raison que beaucoup d’entre vous sont malades et faibles, et que plusieurs sont morts. 31 Si nous commencions par nous examiner nous-mêmes, nous éviterions de tomber sous le jugement de Dieu. 32 Mais nous sommes jugés et corrigés par le Seigneur afin que nous ne soyons pas condamnés avec le monde.

1 Corinthiens 11,27-32 (NFC)

La communauté communiquée

La “communication” n’est pas juste un moyen pour attirer plus de gens. Le chrétien, la chrétienne est par le fait même d’être chrétien-chrétienne, acte de communication. Le chrétien lui-même, par son existence, est media de la gloire de Dieu sur terre et produit une communauté. Il n’y a pour lui, pour elle, pas d’utilisation des media qui ne soit pas signifiante. Toute communication chrétienne est chargée de l’exigence évangélique et de la communauté vivante.

Tout ça sonne très lourd.

Il ne faut pas s’illusionner : qu’on le veuille ou non, quand on fait usage d’un certain media on communique quelque chose et on produit une certaine communauté.

La proclamation de l’Evangile me libère de l’angoisse de devoir le faire parfaitement. Par contre, j’ai une certaine responsabilité dans ma communication.

Il y a en conséquence un discernement à opérer.

Quel type de vie et d’existence mon usage du media encourage-t-il ?

Quel type de communauté est instaurée par mon utilisation du media?

Cela vaut dans mon utilisation d’internet, mais aussi pour le culte dominical, pour les visites, pour les animations diverses et variées, pour toute prise de parole en public, pour tout article publié, etc.

C’est un discernement absolument crucial. C’est dans ma manière d’investir les media que la gloire de Dieu est ou non rendu manifeste sur terre. Il en va de la tâche de l’Eglise, la présence du corps du Christ vivant dans le monde.


Pour poursuivre

  • Philippe Golaz propose un excellent bilan de son expérience de culte en streaming. C’est une exemplification du discernement que j’indique à la fin de l’article.
  • Sur le rôle d’internet comme media parmi d’autres media je recommande l’article Et les personnes qui n’ont pas internet – à nouveau de Nicolas Friedli.

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Dire le Dieu tout-puissant

What's your story

Pâques c’était hier. Maintenant c’est la vie avec le Dieu, un Dieu confessé comme tout-puissant.

En lisant l’édition avril 2020 du journal Réformés (Vaud, Gros-de-Vaud – Venoge), j’ai eu le plaisir de lire un petit encart (p. 32) de la pasteure Emmanuelle Jacquat. Sur le thème de la toute-puissance de Dieu.

Une phrase m’a laissé songeur, à la fois par ce que je la trouve forte et en même temps parce qu’elle appelle à développement : “La toute-puissance de Dieu se trouve dans nos fragilités”.

Dans mon travail de mémoire de master (théologie), j’ai travaillé le thème de la toute-puissance de Dieu. J’y avais été motivé par la lecture de l’oeuvre du philosophe américain John D. Caputo, et son ouvrage The Weakness of God (Indiana University Press, 2006). On le trouve traduit chez Labor et Fides, La Faiblesse de Dieu (2016).

La faiblesse de Dieu
Labor et Fides, 2016

Ce qui m’avait surtout fasciné, c’était le point de contact que cette philosophie théologique entretenait avec la pensée postmoderne – généralement, le post-structuralisme. Une pensée ouverte à la créativité et à l’ambiguïté, ouverte sur la pluralité qui correspond à ma propre expérience du monde.

À la fin de mon travail, je n’étais pas contre plus convaincu de l’option radicale mise sur la “faiblesse de Dieu” – c’était une réflexion qui avait sa prenait racine plutôt dans la philosophie et qui touchait vite à certaines limites en théologie (notamment face à l’exégèse et à l’éthique).

Non pas que la notion de “faiblesse de Dieu” n’aurait aucun sens (cf. 1 Co 1,25), mais que ce n’est pas elle qui provoque le plus de sens.

Mais ce que ce travail m’a donné à repensé, c’est la manière de parler de la toute-puissance de Dieu. C’est bien la manière qui est décisive si l’on veut parler théologiquement du Dieu tout-puissant.

L’habitude de la toute-puissance

Dans la doctrine traditionnelle, la toute-puissance est l’un des attributs du Dieu unique, avec l’omniscience, l’omniprésence, la perfection, etc. Cette notion accompagne la théologie chrétienne depuis longtemps, mais a subi une crise importante durant la période contemporaine.

L’idée de toute-puissance se retrouve premièrement dans le Symbole des Apôtres, au premier article :

Je crois en un seul Dieu, le Père Tout-Puissant, Créateur du ciel et de la terre

Symbole des Apôtres

La notion de toute-puissance traduit ici le terme grec παντοκράτωρ (pantokratôr), que l’on trouve utilisé dans le livre de l’Apocalypse, mais aussi en 2 Co 6,18 – une référence aux Ecritures juives.

Dans la Septante, ce terme grec traduit le titre de YHWH Tseba’ot (יהוה צבאות) – ce qui se traduit par Yhwh des armées, ou Yhwh-armées. On connaît peut-être plus habituellement ce terme comme “Le Seigneur des armées”.

Christ Pantocrator – Cathédrale de Cefalu, Sicile, 12e siècle

Le terme “pantocrator” s’applique aussi au Christ en gloire, précisément celui qui est présenté dans l’Apocalypse. L’art byzantin aura fait de cette figure l’une de ses marques de fabrique.

Par la suite, attribuée à la figure trinitaire du Père, la tradition théologique latine au début de la modernité pouvait voir dans ce terme l’idée d’un Dieu qui contrôle tout et maîtrise tout. Dieu comme “cause” de toute choses. Autant dire que l’histoire de l’humanité et de la nature met régulièrement en crise cette vision des choses.

Ce discours n’était-il pas que le reflet d’un esprit humain craintif, un esprit en manque de contrôle et de pouvoir sur son existence? Peut-on concilier la connaissance de Dieu issue de la croix, l’affirmation que Dieu est amour, et l’idée du Dieu tout-puissant ?

Raconter le tout-puissant

Le danger est d’avoir une conception abstraite de la “toute-puissance”. Là toute-puissance, ce n’est pas que Dieu fait ce qu’il veut comme il veut, quand il veut et qu’il contrôle tout.

La “toute-puissance” de Dieu, c’est ce que Dieu a fait, fait et fera dans son histoire avec nous. Je ne peux pas dire par avance ce que ce sera, mais je peux seulement croire que ce sera comme ce qui s’est passé avec Jésus-Christ.

C’est une puissance sur laquelle je n’ai pas prise, une puissance qui n’est pas la mienne. Mais a un moment où un à un autre, elle se manifeste. Et pour la foi chrétienne, elle s’est définitivement manifestée dans la personne et l’histoire de Jésus de Nazareth, celle qui raconte sa vie, sa mort et sa résurrection.

Une des conclusions de mon travail, c’était que l’on ne pouvait pas dire le Dieu tout-puissant autrement que par les récits qui la mettent en scène. La libération d’Egypte, le Royaume d’Israël et l’Exil, le récit de Création, les Actes des Apôtres, les évangiles. Et Pâques.

La toute-puissance de Dieu ne se postule pas. Elle se raconte et se met en scène. Elle peut être dite par des récits, par des gestes et la poésie, par le témoignage.

Ce n’est pas le caractère “incroyable” de tel ou tel prodige ou miracle qui fait la toute-puissance de Dieu – tant et tant sont capables de prodiges (cf. Mt 24,24). C’est la signification que tel ou tel événement prend dans un vécu, dans tels gestes ou dans telles paroles qui importent : sont-ils ou ne sont-ils pas les actes du Dieu vivant ? La narration a cette capacité de rappeler que cet événement n’est pas terminé.

Je ne peux pas vous dire ce que c’est que la toute-puissance de Dieu. Mais je peux vous raconter l’histoire de Pâques… la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ. Mais alors il faut commencer par le commencement :

“Dans le livre du prophète Esaïe, il est écrit…”

Evangile selon Mc 1,2ss

Et toi, quelle histoire raconteras-tu ?


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La doctrine face au COVID-19

Lever de soleil

1. Dire la foi chrétienne en contexte de crise

La mise en lumière de nos habitudes par la crise du COVID-19 est une occasion pour revisiter la doctrine chrétienne.

La doctrine, ce n’est rien d’autre que ce que l’on dit et enseigne à un moment donné, à partir d’une certaine perspective et à un auditoire circonscrit.

En protestantisme, la doctrine a pour thème central la révélation de Dieu en Jésus-Christ, telle qu’elle a eu lieu, telle qu’elle a lieu maintenant. Telle qu’elle a lieu selon la perspective de Dieu et pour notre perspective.

La doctrine n’est pas figée : elle est prise dans un processus de reformulation – de réforme – constante. Son élaboration se fait au contact de la Parole de Dieu. Il s’agit de la prédication actuelle de l’Evangile, en relation avec le témoignage des prophètes et des apôtres (le canon des Ecritures) et de l’Eglise (la Tradition).

2. Un exemple : une théologie à l’ombre de la crise du COVID-19

Günther Thomas
Günther Thomas

Il y a quelques temps j’ai reçu un mail du théologien allemand Günther Thomas. Il enseigne la théologie systématique, la théologie fondamentale et l’éthique à la faculté de théologien protestant de l’université de Bochum (Ruhr-Universität).

Dans ce mail il transmettait un article qui répondait à des pasteurs-es ayant la demande d’une réflexion théologique sur la situation actuelle, face au COVID-19.

Cela a donné l’occasion d’une Dogmatique en bref intitulée “La Theologie à l’ombre de la crise du COVID-19”. L’article a été publié en allemand dans le magazine protestant Zeitzeichen. On en trouve une version anglaise sur Cursor_. Vous le trouverez en version originale ici : Theologie im Schatten der Coronakrise ; Theology in the shadow of the Corona Crisis.

J’ai trouvé l’exercice intéressant. Je me suis dis que je pouvais partager dans les grandes lignes les éléments centraux du texte.

Ce qui suit n’est donc pas de moi, mais reprend les éléments de l’article du professeur Thomas, sans être exhaustif.

a. La création

La Création n’est pas parfaite. La Bible la déclare bonne, mais pas parfaite. Dieu ne s’identifie pas comme tel avec la “Vie” ou la “nature”. La puissance de la vie prise pour elle-même, c’est la victoire de l’expression de vie la plus forte.

La Création comme acte de Dieu selon le premier chapitre de la Genèse, doit être comprise comme une victoire constante sur le chaos. La dimension chaotique n’est pas effacée avec l’acte de Création, mais ordonnée ou contenue. La Création n’est pas parfaite. Au mieux on peut dire qu’elle est “bonne”, sans effacer le conflit qui la traverse :

La Création se déploie par le biais d’une liberté abyssale, qui se manifeste également dans les mutations de virus qui ont la capacité de détruire des vies.

Günther Thomas, p. 2.

Face à cela, la foi chrétienne espère une création qui attend encore son accomplissement final. Elle espère une vie qui n’existe pas que par la violence – à l’image d’un lion qui peut se nourrir de paille (Isaïe 11,7).

b. La providence

Traditionnellement, la doctrine de la providence présente le monde comme un théâtre dont Dieu assure la mise en scène.

Ce qu’il s’agit de penser, c’est le fait que cette création qui a la liberté de produire le COVID-19 est aussi accompagnée par Dieu. Non pas que Dieu détermine tout, mais que Dieu tient le cap de ses décisions – ce qu’on appelle la “patience de Dieu”.

Une reformulation de la doctrine de la providence devrait d’une part commencer avec l’intention de Dieu à l’égard de chaque vie, de l’Eglise et du monde, mais se déployer ensuite concrètement comme doctrine de l’impatience de l’espérance.

Günther Thomas, p. 3

La situation actuelle ne doit pas mener au rejet doctrinal de l’action souveraine de Dieu, mais au contraire à orienter le regard sur l’espérance concrète. Une espérance qui en veut et en attend de Dieu : que sa promesse à l’égard de la création se réalise concrètement.

Si Dieu est patient à l’égard de la Création, nous avons à nous montrer impatient face à la réalisation de la promesse de Dieu.

c. Le péché

On ne peut pas détacher la souffrance et le péché. En même temps, il ne faut pas les identifier. C’est le rôle de la doctrine du péché.

La tradition doctrinale a mis en place des liens problématiques entre la “souffrance” et le “péché”. Autrement dit : si tu souffres, c’est que tu as dû le mériter. On fait bien de se révolter contre une telle tendance, comme l’a fait récemment Jean-Marc Leresche dans son billet Coronavirus ou les amis de Job.

Mais la fonction de la doctrine du péché est plutôt d’ouvrir un champ de discernement. En tant qu’être humain, nous participons aussi de cette liberté abyssale de la Création, et sommes aussi sous la patience de Dieu – c’est comme ça que l’on peut comprendre le verset de Romains 6,23 : “Le salaire du péché, c’est la mort ; mais le Don que Dieu accorde gratuitement, c’est la vie éternelle dans l’union avec Jésus-Christ notre Seigneur”.

Quelles manifestations de la finitude ou des limites humaines sont-elles à reconnaître comme des aspects de la création bonne ? – de la création entièrement bonne. Mais quels sont les aspects qui manifestent la fragilité mortelle de la création, contre lesquels il faut opposer un combat décidé à la faveur de la vie? Celui qui maintenant dirait que c’est le destin des vieux que de mourir, celui-ci abandonne simplement le combat. Il hausse les épaules en disant: il en va ainsi de la vie dans sa finitude. Mais où se trace la frontière entre ces deux aspects ? Est-ce la disponibilité d’un appareil respiratoire qui en décide?

Günther Thomas, p. 4

d. L’être-humain

Actuellement, la théologie utilise volontiers les termes de “fragilité” et de “relationalité” pour parler en un sens positif de l’existence humaine dans sa finitude.

La crise du COVID-19 met en évidence l’ambivalence de ces termes: la fragilité humaine se concrétise dans la mort biologique ; la relation est ce qui participe de la propagation du virus et de la mort qu’il véhicule. Il y a un combat à mener contre ces forces de mort, et il est celui qui est mené actuellement notamment par le personnel soignant.

Ceci nous réengage encore une fois dans un discernement à l’égard des manières concrètes de réaliser la communion et la communauté, dans l’ambivalence dans laquelle prend place la fragilité et la relationalité humaine.

e. Le Christ

Le Christ est le miracle de la présence de Dieu dans le combat de la vie. Pour la doctrine, c’est l’événement de Pâques qui donne la clef pour approcher théologiquement l’ambivalence de l’existence dans la création, confrontée à sa liberté abyssale

La résurrection du crucifié est la protestation de Dieu à l’égard de tout processus de victimisation et de l’absence de justice

Günther Thomas, p. 6.

Les récits de guérisons rendent manifestent que Dieu ne se tient pas à distance de sa Création, mais qu’il y a une intranquilité de Dieu, que Dieu ne se repose pas encore, qu’il guérit. Si Dieu entre dans la violence du monde, c’est pour guérir. Le miracle n’est pas tant la guérison physique, mais que Dieu se trouve là, à cet endroit – ce qui se donne à voir en Jésus-Christ.

f. L’Eglise

Dans son existence, l’Eglise participe de la mission du Christ. Elle se fait témoins de ce qui lui a fait. En ce sens, elle participe aussi de la guérison du monde : elle l’a fait concrètement par les réseaux d’aides et de soins qu’elle a mis en place au fil de son histoire, et par la prière qu’elle porte devant Dieu.

Face à la crise actuelle, l’Etat national et sa force propre redevient une réalité effective. Des frontières se ferment, des décisions sont prises pour préserver la communauté locale, à l’encontre de l’intérêt d’une communauté plus globale.

L’Eglise a pour tâche dans cet espace de renvoyer à la “grenzüberschreitende Zuwendung Gottes”… le fait qu’en se tournant vers sa création, Dieu lui-même transgresse les frontières.

L’Eglise a pour tâche de prier pour un esprit de consolation, de miséricorde. Elle porte plainte pour la souffrance, elle rend grâce pour l’exercice concret de l’attention, de la solidarité et de l’amour. La communauté de foi est vicaire de ceux qui ne peuvent plus, ou n’ont jamais pu, prier. Elle fait silence, car elle-même doute qu’elle puisse faire cela.

En tout cela, l’Eglise apparaît comme l’espace d’une polyphonie de la foi.

Dans la polyphonie de la foi, l’Eglise devient un espace dans lequel on peut croire sous la forme de la plainte sincère et furieuse, de l’attente épuisée, de la reconnaissance courageuse et de la louange téméraire

Günther Thomas p. 6.

g. L’Esprit

L’Esprit de Dieu n’est pas l’Esprit de la vie. Il est la présence de Dieu dans la souffrance : il amène de la joie, mais accroit la perception de la souffrance. Il se manifeste dans des actions et des paroles concrètes.

Les communautés peuvent, face à la crise du COVID-19 devenir des lieux de développement et de découverte de l’Esprit. On peut y découvrir des charismes, des dispositions à s’engager, un amour qui est prêt à prendre des risques.

Günther Thomas p. 8

Cet Esprit transgresse toutes frontières. Les chrétiens peuvent témoigner de son action par delà les frontières de leur communauté. Là où il y a de la solidarité, de l’attention, de l’amour, le chrétien peut croire la présence de l’Esprit et remercier ceux qui s’engagent de telle manière.

h. L’Espérance

L’existence chrétienne a quelque chose d’entêté dans son attitude. Par son espérance, elle se rebelle contre tout fatalisme et contre tout attentisme. Elle espère parce qu’elle croit en la résurrection du crucifié : la révolte de Dieu lui-même à l’égard du mal qui traverse sa création.

C’est une espérance têtue qui attend le renouvellement de la création, aussi parce qu’elle attend quelque chose de Dieu :

J’ai la certitude que c’est aussi un lieu où Dieu est soumis à interrogation et à justification. Pourquoi cette souffrance? Est-ce que le prix de la liberté de l’évolution n’était pas trop élevé? Pourquoi cette patience abyssale? Combien de fois un Dieu guerrier n’aurait-il pas répondu à nos attentes? C’est pour cela que nous souffrons aussi de la patience de Dieu.

Günther Thomas p. 8

L’espérance est ici source d’engagement et non de désengagement. Elle ne fait pas l’économie des questions légitimes.

i. L’Ethique

Ce que la crise du COVID-19 met en avant c’est à la fois la force et l’ambivalence des “groupe de solidarité”. Dès qu’une crise intervient, ce sont ces groupes d’affinités, liés par une proximité locale qui permettent l’action et la solidarité. Le revers, c’est que ces groupes sont exclusifs de ceux qui n’en participent pas. Cela se reflète dans la force de l’Etat Nation au sein d’une Europe qui peine à en contre-balancer l’action.

L’auteur renvoie ici au fait qu’en Allemagne on refuse maintenant d’exporter des appareils respiratoires afin de favoriser le bien de la propre population.

Face à cela, l’Eglise reconnaître à la fois la force de solidarité locales et circonscrites, mais témoigne d’un Dieu qui transgresse les frontières. Un investissement local doit se manifester comme l’expression d’une oecuméné mondiale.

Au regard des Etats qui n’ont pas de système de santé fonctionnel pour faire face à la crise du COVID-19, il faudra plus d’un bateau de sauvetage. L’Eglise fait inévitablement partie de groupes de solidarité en croissance, mais elle participe de la sollicitude de Dieu, celle qui transgresse les frontières.

Günther Thomas, p. 10.

J. Confession de foi

Le texte se termine par une confession de foi que je redonne en entier ici :

En tant que chrétiens, nous croyons en un Créateur, qui a crée ce monde bon, mais pas parfait. Cette bonne création se déploie selon une liberté abyssale, mais Dieu l’accompagne. De nombreux chrétiens, avec de nombreuses personnes, travaillent ensemble aux côtés de Dieu à la limitation du chaos et de l’obscurité que cette création, ainsi que notre propre vie, contient. Même sans culte, à Pâques nous fêterons un nouveau monde de Dieu, sans cri, sans souffrance, sans mort. Têtue et téméraire, l’Eglise espère un nouveau monde de Dieu, dans lequel les nuits de la maladie ne seront plus. Mais, en tant que chrétiens, et bien plus, en tant qu’Eglise, nous sommes renvoyé à la Lohsung de 2020 : “Seigneur, je crois. Viens en aide à mon incroyance!” Face aux exigences de ces dernières semaines, en tant qu’Eglise nous vivons de la promesse de Dieu, qu’en ces temps de détresse il ne se détourne pas du monde et qu’avec son Esprit, il se tient parmi nous.

Günther Thomas p. 10.

3. Continuer

Le but de l’exercice n’est pas de formuler une doctrine “définitive”. Il s’agit plutôt de stimuler et de provoquer le discours et les pratiques chrétiennes.

Faîtes-vous mêmes votre propre Dogmatique en bref!

On peut absolument ne pas être d’accord avec ce qui est formulé ici : mais le défis est de ne pas rester silencieux, de ne pas se contenter de hausser les épaules et de passer son chemin.

Que vas-tu dire toi, de ta foi, en ce temps de crise?


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